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5 mars 1946, discours de Fulton et début de la Guerre froide : 70 ans après, où en est le trio infernal Russie, Etats-Unis, Europe ?

Les Etats-Unis et l'Europe ont gagné la Guerre froide mais ont perdu la paix. Aucune véritable normalisation des relations n'a eu lieu entre le camp occidental et la Russie depuis la fin de la Guerre froide. En conséquence, les grilles de lecture et idéologies de l'époque bipolaire continuent à s'appliquer un quart de siècle après l'effondrement de l'empire soviétique.

A quand la fin ?

Publié le - Mis à jour le 11 Mars 2016
5 mars 1946, discours de Fulton et début de la Guerre froide : 70 ans après, où en est le trio infernal Russie, Etats-Unis, Europe ?

Atlantico : Le 5 mars 1946, alors qu’il n’est plus Premier ministre de l'Angleterre, Winston Churchill évoquait, lors du discours de Fulton, le rideau de fer qui séparait le monde libre de l'Ouest de l'Europe de l'Est soviétique. Ce discours marque historiquement l'officialisation de l'entrée du monde dans la Guerre froide. Cette dernière durera jusqu'en 1991. 70 ans après le début de la Guerre froide, dans quelle mesure les relations entre l'Occident (Europe et Etats-Unis) et la Russie se sont –elles normalisées ?

Quels sont les principaux domaines de coopération et de dialogue ?

Florent Parmentier : La tonalité offensive du discours de Churchill s’explique par le fait qu’il était en dehors des affaires depuis juillet 1945. Contraint de s’allier à l’URSS de Staline pour gagner la guerre, ce partisan de la Realpolitik n’en demeurait pas moins un anti-communiste viscéral, inquiet de la domination soviétique possible en Europe, reprenant la ligne traditionnelle des Britanniques qui ont souhaité éviter l’émergence d’une quelconque puissance hégémonique en Europe au moins depuis Napoléon. 

Cette manifestation officielle de la Guerre froide ne fait donc qu’officialiser un état de fait : les Etats-Unis comme l’Empire britannique se méfient grandement de l’URSS, à la vue notamment des développements des démocraties populaires. Alors que les Soviétiques pensent être dans leur bon droit en constituant un glacis protecteur contre l’Allemagne et les puissances occidentales, les Occidentaux constatent avec inquiétude ce qu’ils considèrent être l’appétit grandissant des Soviétiques. André Fontaine, l’ancien directeur du journal le Monde, considérait pour sa part que la Guerre froide avait en réalité commencé en 1917 dans la mesure où ce régime trouvait sa légitimité dans son hostilité aux valeurs occidentales ; le cordon sanitaire décidé par les alliés en 1919 pour bloquer l’expansion du communisme semble s’inscrire dans sa perspective. 

La date de 1991 que nous retenons comme la date de la fin de la Guerre froide est elle aussi contestée : on peut la retenir pour l’Europe avec la chute de l’URSS, mais les démocraties populaires ont commencé à s’effondrer dès 1989. En outre, on peut considérer que la Guerre froide continue en Asie, comme en témoigne l’absence de réunification entre les deux Corées, ou les tensions autour de la Chine aujourd’hui.

La Russie indépendante en 1991 a alterné plusieurs phases dans ses relations avec les Etats-Unis et les Européens : la volonté initiale de rapprochement était forte, la Russie souhaitant alors rejoindre le club des pays occidentaux. Malheureusement, l’effondrement économique et politique du pays, combiné à une politique perçue comme hostile à l’égard des intérêts russes ont gâché cette occasion historique de rapprochement à Moscou. Dès avant Poutine, la Russie a commencé à se raidir sur la question de sa puissance internationale. Les mandats de Vladimir Poutine ne sont pas non plus unanimes : le rapprochement après le 11 septembre a laissé place à une montée des tensions après la Guerre en Irak. La présidence Medvedev et l’arrivée d’Obama ont pu faire croire au redémarrage (le "reset"), mais celui-ci n’a pas résisté aux incompréhensions multiples, et encore moins à la guerre en Ukraine. 

De fait, depuis 2014, les relations ne sont pas normalisées entre les Etats-Unis et la Russie, même si des coopérations existent, en matière de contrôle des armements nucléaires, sur la question iranienne ou de lutte contre le terrorisme. 

 
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  • Par Lafayette 68 - 05/03/2016 - 13:02 - Signaler un abus 12 mars 1947

    Discours de Truman , doctrine du "containment" , vrai début de la "Cold war"

  • Par Lafayette 68 - 06/03/2016 - 08:37 - Signaler un abus suite : dates de la guerre froide

    Je rappelle aux auteurs que lors de ce discours de Churchill de Fulton du 5 mars 1946 , les alliés sont encore en plein procès de Nuremberg qui va durer jusqu'au 1 octobre 1946 ...relative entente mais encore entente entre les vainqueurs . C'est le discours du 12 mars 47 qui déclenche la guerre froide qu'on peut décomposer en différentes phases : 47-61 (mur de Berlin) ce sont les pires heures de la première guerre froide mais de 62 à 73 ( jusqu'au premier choc pétrolier ) il y a une certaine détente toute relative (Viet Nam ), de 74 à 85 une seconde guerre froide éclate ( missiles SS20 , Pershing 2 , Afghanistan...). La perestroika -glasnost de Gorbatchev et la politique de Reagan vont permettre une fin de cette cold war avec la chute du mur et la fin de l'URSS.(89-91)

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Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective.

Twitter : @florentparmenti

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Jean-Bernard Pinatel

Général (2S) et dirigeant d'entreprise, Jean-Bernard Pinatel est un expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique.

Il est l'auteur de Carnet de Guerres et de crises, paru aux éditions Lavauzelle en 2014.

Il anime aussi le blog : www.geopolitique-géostratégie.fr

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