Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 21 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

425 millions de dollars pour 500 ans d’espérance de vie humaine : ce que nous réserve le combat de Google contre la mort

Cette année, Bill Maris, l'homme à la tête de Google Ventures, le fonds de placement de l'entreprise chargé d'investir dans les jeunes start-ups digiales, disposera de 425 millions de dollars à placer où il veut. Son objectif : les start-ups qui travaillent sur des méthodes de prolongation de la vie. Le but : tuer la mort.

Salut éternel

Publié le
425 millions de dollars pour 500 ans d’espérance de vie humaine : ce que nous réserve le combat de Google contre la mort

Google cherche à prolonger l'espérance de vie à 500 ans.  Crédit Reuters

  • Après avoir investi, en 2011, dans Medicine Foundation, spécialiste de l'information moléculaire, Bill Maris a annoncé récemment qu'il consacrerait 425 millions de dollars à travers Google Ventures dans le ralentissement du vieillissement et la prolongation de la vie.
  • "Si vous me demandez si l'on pourra vivre 500 ans, la réponse est oui", a-t-il par la suite déclaré dans une interview.
  • Une affirmation qui n'est pas dénuée de sens, et qui est dans la continuité du processus d'allongement de l'espérance de vie que l'humanité connaît depuis 1750.
  • D'ailleurs, depuis le XVIIIème siècle, les Hommes vivent trois fois plus longtemps.
  • Du fait des limites du corps humain, deux voies non-exclusives sont à considérer : le transhumanisme, qui utilise l'ingénierie biologique, et le posthumanisme qui se fonde sur les prothèses.
  • Une alternative à l'homme d'aujourd'hui qui pose des questions hautement philosophiques, et d'adaptation dans un monde où être centenaire deviendrait la norme.

 

Atlantico : A  travers ce projet, quelles sont les véritables intentions de Google ? Comment la firme de Mountain View compte-t-elle s'y prendre pour allonger l'espérance de vie d'un humain à près de cinq siècles ?

Jean-Michel Besnier : "Tuer la mort" : c'est par cette expression lapidaire que les médias ont caractérisé le projet de Calico, la société fondée par Google pour lutter d'abord contre le vieillissement et les maladies dégénératives. N'est-il pas normal que l'investissement dans l'immatériel dans lequel l'entreprise Google est leader porte à en finir avec le corps qui est un frein à la dématérialisation ? Les objectifs de Google sont, sans doute, d'abord platement économiques : monopoliser les datas qui sont le gage de tout enrichissement dans l'avenir ; mais ils sont aussi métaphysiques : réaliser le projet d'en finir avec ce qui empêche l'humanité d'être l'égale des dieux. Quand on examine les sources de la culture numérique dont Google procède, on découvre l'influence de la Gnose de la haute antiquité qui annonçait que la Création, avortée du fait de puissances maléfiques, pourrait être achevée et pleinement réalisée grâce aux savoirs et aux techniques. Google s'inscrit dans ce programme inavouable aux communs des mortels mais révélé aux plus instruits...

Laurent  Alexandre : L’objectif de Google est effectivement de "tuer la mort", et c’est une démarche déjà ancienne. Pour autant, cette ambition n’est pas le seul apanage de Google : en réalité, toute la Silicon Valley s’intéresse à ce sujet.

Schématiquement, les transhumanistes ont 3 objectifs : l’euthanasie de la mort, augmenter les capacités humaines, et développer l’intelligence artificielle en l’interfaçant avec le cerveau humain. Ces objectifs relèvent d’une réalité à la fois idéologique et scientifique : notre espérance de vie a déjà triplé depuis 1750. L’euthanasie de la mort n’est alors que le prolongement naturel, et l’accélération de ce processus. 

Les enfants qui naissent aujourd’hui auront 85 ans en 2100, ce qui n’a rien d’extraordinaire aujourd’hui. Quelqu’un qui naît aujourd’hui a de fortes chances d’atteindre 2100, date à laquelle l’espérance de vie aura déjà beaucoup augmenté, ce qui lui permettra encore de jouir des progrès de cette époque future. Il est donc raisonnable de penser, suivant la même logique, qu’il atteindra 2150, 2200 et ainsi de suite. L’homme du futur serait ainsi comme un site Web, une "version béta", c’est-à-dire un organisme voué à se perfectionner en continu.

On voit donc bien que l’ambition n’est pas de tuer la mort en 2016, mais de permettre aux gens de vivre jusqu’aux prochains progrès qui permettront de vivre plus longtemps.

Fabrice Epelboin : L’objectif poursuivi par Google est de devenir le leader d’un courant philosophico-techno-politique pour le moment assez confidentiel mais appelé à un grand avenir : le transhumanisme.

Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel que l’on retrouve un peu partout sur la planète et qui remonte à l’antiquité. Il prône l'usage des sciences et des techniques, ainsi que de la spiritualité afin d'améliorer les caractéristiques physiques et intellectuelle des êtres humains. Le transhumanisme considère le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort comme inutiles et indésirables et se propose d’y remédier.

Ce courant de pensée est très populaire chez les geeks (les vrais, pas ceux qui se sont contentés de l’achat d’un iPhone pour mériter ce qualificatif). J’en veux pour preuve l’exhaustivité de la page Wikipedia qui lui est consacré.

Comment ces limites naturelles pourraient-elles, alors, être dépassées ? Concrètement, comment ce demi-milliards de dollars sera-t-il utilisé ?

Laurent Alexandre : Google et l’humanité ont une quinzaine de chantiers pour atteindre l’immortalité. Google a déjà lancé, fin 2014, un projet qui consiste à détecter les maladies 5 à 15 ans avant qu’elles n’apparaissent. Les recherches futures porteront sur l’ingénierie du vivant, sujet sur lequel nous commençons à avoir des résultats sérieux chez l’animal : on arrive déjà à augmenter la durée de vie des vers de terre et des souris. Chez l’homme, il est raisonnable d’imaginer que nous verrons les premiers résultats en 2030. La recherche devra aussi progresser sur des sujets comme les thérapies géniques, les cellules souches, les organes artificiels… Le cœur artificiel est encore en développement, mais sa durée de vie sans panne atteindra probablement plusieurs siècles dans le futur.

L’objectif est beaucoup plus ambitieux que de supprimer le cancer ce qui ne ferait gagner que deux ans et demi de vie supplémentaire à l’humanité. C’est donc un objectif marginal pour Google.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par cloette - 11/03/2015 - 08:40 - Signaler un abus Ce n'est pas de la science fiction

    Et il est certain que si i l'homme vit 1000 ou 500 ans , on ne pourra plus laisser les gens procréer , d'où la mise en place de ce que l'on a vu s'installer, les procréations nouvelles , début d'une ère qui sera faite de larmes et de sang

  • Par toupoilu - 12/03/2015 - 18:55 - Signaler un abus La première personne qui aura 1.000 ans est probablement déjà né

    C'est assez délirant, comme truc. Et ça pose un tas de question. Ce ne sera pas pour tout le monde, donc il y aura des inégalités terribles. Et devenir suffisamment riche pour se payer cette quasi immortalité deviendra un impératif, ce qui veut dire que l'on s'oriente vers une compétition encore plus féroce. Et les pays qui voudront sauvegarder leur système de protection pour tous resteront a l’écart de ces progrès. En tout cas, merci pour cet article qui ouvre des perspectives ahurissante. Je vais économiser pour mon prochain cœur, vivre mille ans, je veux en être :D

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et cofondateur de Yogosha, une startup à la croisée de la sécurité informatique et de l'économie collaborative.

Voir la bio en entier

Laurent Alexandre

Chirurgien de formation, également diplômé de Science Po, d'Hec et de l'Ena, Laurent Alexandre a fondé dans les années 1990 le site d’information Doctissimo. Il le revend en 2008 et développe DNA Vision, entreprise spécialisée dans le séquençage ADN. Auteur de La mort de la mort paru en 2011, Laurent Alexandre est un expert des bouleversements que va connaître l'humanité grâce aux progrès de la biotechnologie. 

Vous pouvez suivre Laurent Alexandre sur son compe Twitter : @dr_l_alexandre

 

Voir la bio en entier

Jean-Michel Besnier

Jean-Michel Besnier est professeur d'Université à Paris-Sorbonne, auteur de Demain les posthumains (2009) et de L'homme simplifié (2012) aux éditions Fayard.

Voir la bio en entier

Ari Massoudi

Ari Massoudi est docteur en biologie cellulaire et moléculaire à l'Université de Nice Sophia-Antipolis, après plusieurs années de recherche sur la biologie des cellules souches humaines, il est aujourd'hui consultant en stratégie auprès des start-up et des entreprises technologiques. 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€