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Atlantico Green
Toutes ces nouvelles maladies que nous réserve le dérèglement climatique
Publié le 02 décembre 2018
Une étude parue dans The Lancet fait l'inventaire des conséquences sanitaires et médicales du changement climatique sur la santé, prenant en compte toutes les conséquences probables du bouleversement climatique.
Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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Une étude parue dans The Lancet fait l'inventaire des conséquences sanitaires et médicales du changement climatique sur la santé, prenant en compte toutes les conséquences probables du bouleversement climatique.

Atlantico : Une étude parue dans The Lancet fait l'inventaire des conséquences sanitaires et médicales du changement climatique sur la santé, prenant en compte toutes les conséquences probables du bouleversement climatique. A quoi la population mondiale devrait-elle se préparer ?

Stéphane Gayet : La position dite « climato sceptique » est de plus en plus difficile à tenir. Des scientifiques s’y sont essayé il y a quelques années, mais on ne les entend pratiquement plus aujourd’hui. Seuls quelques politiques s’obstinent dans ce point de vue, mais manifestement par stratégie nationaliste et court-termiste, empreinte de mauvaise foi et de cynisme.

Il apparaît donc certain que l’atmosphère terrestre se réchauffe très lentement et l’on peut déjà en constater des effets qui nous sont majoritairement défavorables. Parmi ceux-ci, une fréquence accrue de vagues de forte chaleur et de tempêtes de tous types, ainsi que la réduction de volume de la banquise et des glaciers. Il s’agit là de phénomènes objectifs mesurables.

Nous n’en sommes plus aux scénarios catastrophes qui délibérément exagèrent beaucoup les perspectives à craindre, afin d’affoler un maximum de personnes. Non, il s’agit à présent de prendre le taureau par les cornes : d’estimer de façon aussi rigoureuse que possible l’évolution du climat terrestre afin de s’efforcer de l’atténuer, tout en anticipant ses conséquences négatives, en particulier sur la santé et l’économie.

Jusqu’ici, on pouvait surtout lire ce que l’on pourrait appeler des essais scientifiques sur le sujet, souvent assez discordants dans leurs conclusions en fonction de la formation, de l’expérience et de la sensibilité des auteurs. Ici, il s’agit d’une étude qui rend compte de projections crédibles, s’appuyant sur des données objectives.

Selon cette étude, si la hausse des températures devait se confirmer, la population devrait se préparer à une élévation de la morbidité (nombre de malades) et de la mortalité liées à certaines pathologies qui dépendent effectivement du climat.

Les vagues de fortes températures provoquent des coups de chaleur chez les personnes fragiles (jeunes enfants, personnes âgées, malades chroniques) : forte fatigue, mal de tête intense et nausées ; c’est une déshydratation associée à un œdème cérébral provoqué par l’échauffement du crâne exposé directement aux rayons solaires. Le coup de chaleur est une menace pour des dizaines de millions de personnes ; il peut entraîner la mort. L’exposition répétée à une forte chaleur, en raison de l’élévation de température du corps et de la déshydratation prolongée, expose à l’insuffisance rénale chronique et à divers troubles cardiovasculaires. On parle de stress répété lié à la forte chaleur : ce serait l’un des plus grands dangers pour l’être humain dans un contexte de réchauffement climatique ; c’est l’occasion de préciser que, sur le plan physiologique, le corps humain est beaucoup plus armé pour lutter contre le froid qu’il ne l’est pour lutter contre la chaleur.

De plus, l’intensification de l’effet de serre contribue à la concentration des polluants atmosphériques ; de plus en plus de personnes respireront un air à la limite de la salubrité, à l’origine de maladies respiratoires, chroniques comme aiguës.

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en 2017, 157 millions de personnes de plus qu’en 2000 ont été exposées aux risques sanitaires liés à une forte chaleur et c’était avant les fortes chaleurs de l’été 2018.

L’étude a révélé que les effets sanitaires de l’élévation de la température seraient plus marqués dans le Nord-Est des Etats-Unis que dans les autres parties du pays : d'ici le milieu du siècle, il pourrait y avoir 50 à 100 décès supplémentaires par million d’habitants en raison de la chaleur, particulièrement dans cette partie des Etats-Unis.

En Angleterre et au pays de Galles, durant une période de températures exceptionnellement élevées de 15 jours cet été, il y a eu 700 décès de plus par rapport à une période comparable les années précédentes.

Enfin, il y a un aspect que l’on oublie souvent : la climatisation destinée à abaisser la température des locaux d’habitation et de travail consomme plus d’énergie que le chauffage, et c’est exclusivement de l’énergie électrique.

On assiste à une augmentation des sécheresses et inondations. Quel serait leur impact sanitaire ?

Les sécheresses et les inondations extrêmes touchent des populations déjà particulièrement fragiles, en particulier en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud.

La sécheresse diminue les rendements agricoles, ce qui augmente le risque de faim, de malnutrition infantile et de décès prématuré. Elle est en général à l’origine de plus de poussière, ce qui peut aggraver les maladies respiratoires, telles que l'asthme, et favoriser la dispersion des spores de champignons microscopiques dont certains sont nuisibles, en particulier pour les cultures et les réserves de céréales.

Des précipitations extrêmes pourraient endommager les réseaux d’eau et d'égouts, et contribuer ainsi à un manque d'eau potable et de ce fait à un risque accru de maladies gastro-intestinales infectieuses. L’accroissement des précipitations est également à l’origine de la multiplication de réservoirs d’eau douce stagnante ; or, ces réservoirs d’eau stagnante sont des facteurs de prolifération de certains insectes, tout particulièrement les moustiques, vecteurs de maladies infectieuses.

Les inondations peuvent emporter les terres agricoles et les maisons, ainsi qu’augmenter le risque de propagation des maladies infectieuses d'origine hydrique.

Le changement climatique entraîne-t-il une baisse de la qualité des nourritures ?

Bien que le monde produise dans son ensemble suffisamment de nourriture pour ses besoins, l’élévation des températures et les phénomènes météorologiques extrêmes ont un impact sur la production alimentaire.

Les rendements agricoles sont en baisse : on observe que les rendements des cultures diminuent dans 30 pays, inversant la tendance à la hausse de la productivité agricole et menaçant la sécurité alimentaire dans l’ensemble du monde.

La qualité de certains aliments devrait s’altérer : l'augmentation du niveau de dioxyde de carbone (gaz carbonique ou CO2) contribuera à réduire la disponibilité d'éléments nutritifs essentiels – tels que fer, zinc et protéines - dans les cultures.

Les températures plus élevées peuvent aussi réduire la capacité de travail des personnes, en particulier dans l'agriculture, entraînant des dizaines de milliards d'heures de perte de capacité de travail chaque année. Ce phénomène touche surtout les fermes. En 2017, 153 milliards d'heures de travail ont été perdues dans le monde entier, à cause de la chaleur, la plus grande partie étant concentrée dans les populations rurales fragiles de pays comme l'Inde. Ce sont au total 64 milliards d'heures de travail perdues de plus qu'en 2000. Il est évident que cela a un impact sur la productivité de la nourriture qui provient de la culture.

Les maladies et virus pourraient-ils migrer vers de nouveaux pays pour s'adapter au climat ?

Sur le plan des malades infectieuses, il faut rappeler que les moustiques dépendent de réservoirs d’eau douce stagnante et tempérée où ils se multiplient. Or, on observe un élargissement des zones de transmission des virus qui sont responsables de la dengue, du Zika, du chikungunya et de la fièvre jaune, notamment aux Etats-Unis, et plus particulièrement dans les états les plus chauds, comme la Floride et le Texas. C’est surtout pour la dengue que le phénomène est assez net : les zones géographiques se sont considérablement étendues.

Par ailleurs, depuis 1950, les zones de choléra se sont étendues au littoral de la mer Baltique et le risque de paludisme s'est étendu à des altitudes plus élevées en Afrique subsaharienne.

En conclusion, quels sont les domaines de la médecine qui risquent d'être les plus sollicités par les conséquences du changement climatique ?

Si l’on pense d’abord aux maladies infectieuses vectorielles (moustiques) et d’origine hydrique, on se rend compte qu’une élévation de la température de l’atmosphère, associée aux dérèglements climatiques qu’elle provoque, aura en réalité un impact sur l’ensemble de la santé. Aucun organe du corps ne sera épargné, hélas. Car, non seulement le corps humain est bien plus vulnérable à la chaleur qu’au froid, mais l’environnement dont il dépend également.

La chaleur excessive use le corps, le déshydrate, l’expose au décès par coup de chaleur et diminue la capacité de travail. Les modifications de l’environnement liées à la chaleur favorisent de surcroît certaines maladies infectieuses et diminuent la productivité agricole, ce qui affaiblit encore davantage les populations.

Honnêtement, sans tomber dans l’excès du scénario catastrophe, c’est tout de même inquiétant. Une chose est à peu près certaine, l’homme n’aura pas le temps de modifier son corps pour s’adapter à la chaleur ; et malgré les discours rassurants des transhumanistes : il est plus que probable qu’aucune modification de notre génome ne viendra à temps nous protéger.

Souhaitez-vous nous faire part d'autres conséquences du changement climatique sur la santé ?

Il y a encore un autre phénomène que l’on ne prend pas assez en compte. On a vu que la chaleur diminuait la productivité humaine. Or, parmi les humains, il y a les professionnels de santé. Si eux-mêmes sont affaiblis par la chaleur, comment va-t-on faire pour soigner les personnes ? De plus, les violentes intempéries peuvent dégrader les bâtiments sanitaires et les voies de transport permettant de venir soigner les personnes dans le besoin. On peut aussi imaginer que des réserves de médicaments et d’autres produits de santé soient endommagées par des intempéries catastrophiques.

En somme, les fortes chaleurs, les inondations et tempêtes peuvent sérieusement altérer les structures et les personnels de santé sur lesquels on compte pourtant. C’est encore un facteur aggravant. Il faut donc se mobiliser efficacement, pour enrayer autant que possible cette progressive élévation de la température atmosphérique. Cela devient en effet urgent.

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Stéphane Gayet
- 09/12/2018 - 15:09
à JLH @JLH
Ces données chiffrées proviennent de l’OMS. Cette organisation ne fournit pas en général le détail de ses calculs. Il est certain que les pays tempérés ne sont pas concernés par ces simulations climatiques. Je puis tout de même vous assurer qu’actuellement, dans certains pays tropicaux, il est impossible de travailler pendant les heures les plus chaudes de la journée. Mais j’ignore ce qu’il en était il y a 10 ou 15 ans.
Deneziere
- 04/12/2018 - 21:39
La faiblesse du "raisonnement" réchauffiste encore démontrée
L'auteur démontre magistralement ce que font tous les réchauffistes : ils partent de preuves raisonnablement étayées (encore que), sans transition, comme on disait aux guignols, ils passent aux conjectures (en gros ce que disent des fichiers XL dont on change les variables comme on veut), et ils enveloppent le tout dans une conviction personnelle. Et, là; c'est reparti... "Je suis convaincu que..." nous dit-il. Bin oui, sans doute, mais convaincu ne veut pas dire convaincant.
cloette
- 04/12/2018 - 14:41
lutte contre la chaleur
A part tout climatiser comme dans les émirats, je ne vois rien d'autre , donc il faut davantage de nucléaire car les éoliennes , bof! et les mines de charbon à part A Merkel, personne n'en veut plus . Cette évolution du climat est-elle le fait de l'homme ? Sans doute que non .