En direct
Best of
Best of du 14 au 20 novembre
En direct
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Elon Musk est devenu le 2ème homme le plus riche au monde et voilà pourquoi la France aurait singulièrement besoin de s'inspirer

02.

Filmés en train de violenter un producteur de musique dans l'entrée d'un studio 3 policiers parisiens (qui l'ont accusé, à tort, de rébellion) suspendus

03.

Le veganisme bon pour la santé ? Pas pour les os en tous cas, une large étude révèle un risque nettement supérieur de fracture

04.

À la veille du Black Friday, des employés d'Amazon Allemagne se mettent en grève

05.

70.000 euros par mois en 2019, une Bentley, un bateau, des appartements et maisons, le ministre de la Justice dévoile son patrimoine

06.

« La France aimez-la ou quittez-la ». Et qui a dit ça ? Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale !

07.

Haro sur le nucléaire et l'hydraulique: l’Europe frappée d’imbécillité énergétique ?

01.

Julie Gayet tente de sauver son couple, Ingrid Chauvin liquide le sien, celui de Nabilla tangue; Sophie Marceau fait des câlins aux arbres, Aya Nakamura se la pète; Meghan Markle & Katy Perry, voisines et ennemies, Kylie & Kendall Jenner soeurs et idem

02.

Boycott de CNews : quand Decathlon veut faire du profit sur le dos de la liberté d’expression

03.

PSG-LEIPZIG : 1-0 Les Parisiens préservent leurs chances en remportant une victoire inquiétante

04.

Le veganisme bon pour la santé ? Pas pour les os en tous cas, une large étude révèle un risque nettement supérieur de fracture

05.

Carnage en vue sur les banques européennes ?

06.

Migrants de la place de la République : "damned if you do, damned if you don't"

01.

Quand Barack Obama démontre que Nicolas Sarkozy est juif

02.

Covid-19 : Emmanuel Macron annonce enfin (et sans en avoir l’air) un changement de stratégie

03.

Immigration : les dernières statistiques révèlent l'ampleur des flux vers la France. Mais qui saurait les contrôler ?

04.

Barbara Pompili et Eric Dupond-Moretti annoncent la création d'un "délit d'écocide"

05.

Aucun lien entre le terrorisme et l'immigration !

06.

Boycott de CNews : quand Decathlon veut faire du profit sur le dos de la liberté d’expression

ça vient d'être publié
light > Insolite
Aux décibels
Si le comptoir vous manque, vous pouvez toujours écouter le brouhaha des cafés en streaming
il y a 14 heures 42 min
pépites > Justice
Bavure
Filmés en train de violenter un producteur de musique dans l'entrée d'un studio 3 policiers parisiens (qui l'ont accusé, à tort, de rébellion) suspendus
il y a 15 heures 51 min
pépites > France
Justice
Quatre adolescents placés en garde à vue dans le cadre de l'enquête de l'assassinat de Samuel Paty
il y a 16 heures 50 min
décryptage > Economie
Atlantico Business

Macron : tout faire pour éviter une contamination de la grogne sociale et surtout une résurgence poujadiste.

il y a 19 heures 22 min
décryptage > France
Derrière les annonces

Ce qui se cache vraiment derrière "l'inégal sens des responsabilités" évoqué par Emmanuel Macron à propos des failles françaises face au Covid

il y a 20 heures 1 min
pépites > Style de vie
Cash
70.000 euros par mois en 2019, une Bentley, un bateau, des appartements et maisons, le ministre de la Justice dévoile son patrimoine
il y a 21 heures 11 min
décryptage > Religion
Enfin Allah devient sélectif

« La France aimez-la ou quittez-la ». Et qui a dit ça ? Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale !

il y a 21 heures 31 min
pépites > Politique
Communication
Voici ce qu'il faut retenir du discours de Jean Castex sur l'allègement du confinement
il y a 21 heures 49 min
décryptage > Environnement
Coeur de l'atome

Haro sur le nucléaire et l'hydraulique: l’Europe frappée d’imbécillité énergétique ?

il y a 21 heures 56 min
décryptage > France
Première vague

Immigration : les dernières statistiques révèlent l'ampleur des flux vers la France. Mais qui saurait les contrôler ?

il y a 22 heures 15 min
pépites > Politique
Bien installé
Selon un sondage, Laurent Wauquiez remporterait largement les régionales en Auvergne-Rhône-Alpes
il y a 15 heures 31 min
pépites > International
Problème Européen
À la veille du Black Friday, des employés d'Amazon Allemagne se mettent en grève
il y a 16 heures 30 min
rendez-vous > Politique
Revue de presse des hebdos
L’actualité grise Macron dans « sa vision romanesque de la vie »; Le PS clarifie sa ligne sur la laïcité, EELV s’embrouille sur la sienne; Hidalgo s’inquiète de l’impact du gauchisme des Verts (sur son image); Mélenchon peu présidentiable aux yeux des Fra
il y a 17 heures 10 min
décryptage > Environnement
Ecologie

Ecocide : entre impensés, mal-pensé et arrières pensées, un nouveau délit à l’application piégée

il y a 19 heures 34 min
pépite vidéo > Sport
R.I.P
Maradona s'en va, les Argentins célèbrent leur héros national
il y a 20 heures 48 min
décryptage > International
Les yeux ouverts

Le grand défi d’Aliyev

il y a 21 heures 22 min
décryptage > Politique
Fluctuat et mergitur

Et le navire de la gauche vint se briser sur l’écueil de l’Islam…

il y a 21 heures 39 min
décryptage > Sport
Dieu du football

Maradona, l’immortalité haut le pied

il y a 21 heures 50 min
décryptage > France
Aimons nous les uns les autres

Après la résilience, la bienveillance : peut-on gouverner efficacement un pays avec des objectifs de développement personnel ?

il y a 22 heures 6 min
décryptage > France
Génie

Elon Musk est devenu le 2ème homme le plus riche au monde et voilà pourquoi la France aurait singulièrement besoin de s'inspirer

il y a 22 heures 27 min
© Reuters
© Reuters
Politico Scanner

Pourquoi il est faux de penser que les catégories populaires seraient les plus enclines à redouter le programme économique et social de François Fillon

Publié le 02 décembre 2016
Alors que l'élargissement du corps électoral par rapport à la primaire devrait pousser François Fillon à tenter de s'adresser aux catégories dites populaires lors de cette présidentielle, les thématiques socio-économiques ne sont pas les seules à pouvoir intéresser ces électeurs. En outre, les récents événements (Brexit, Trump, référendum sur l'indépendance de l'Ecosse) témoignent de la tendance des plus démunis à voter pour les programmes les plus radicaux, quitte à n'avoir plus rien à perdre.
Laurent Chalard
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.
Voir la bio
Jean-Daniel Lévy
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Daniel Lévy est directeur du département politique & opinion d'Harris Interactive.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Alors que l'élargissement du corps électoral par rapport à la primaire devrait pousser François Fillon à tenter de s'adresser aux catégories dites populaires lors de cette présidentielle, les thématiques socio-économiques ne sont pas les seules à pouvoir intéresser ces électeurs. En outre, les récents événements (Brexit, Trump, référendum sur l'indépendance de l'Ecosse) témoignent de la tendance des plus démunis à voter pour les programmes les plus radicaux, quitte à n'avoir plus rien à perdre.

Atlantico : Le volet économique et social du programme de François Fillon est souvent critiqué car il serait incompatible avec les intérêts des classes populaires et moyennes. Dans quelle mesure cette analyse réduit-elle les personnes défavorisées à leur seule condition sociale ? L'économie est-elle vraiment la dimension qui détermine en priorité le vote de ces catégories ?

Laurent Chalard : Effectivement, les résultats des dernières consultations électorales dans plusieurs pays développés (Brexit, Donald Trump…) montrent qu'aujourd'hui la question économique n'est plus la question primordiale pour les classes populaires. C'est désormais la question identitaire, en particulier la question de l'immigration. Le premier élément qui détermine que les gens choisissent un candidat plus qu'un autre, c'est la position de ce candidat vis-à-vis de l'immigration. Les classes populaires sont plutôt hostiles à l'immigration, donc le candidat tenant le discours le plus ferme sur cette question migratoire est celui qui a le plus de chances de récupérer la majorité de leurs suffrages.

On l'a constaté de façon assez impressionnante aux Etats-Unis avec le vote Donald Trump et à travers les réactions post-électorales : ceux qui ont voté pour Donald Trump sont ceux qui ont voté avant tout contre l'immigration. C'est exactement la même chose pour le Brexit : on a très bien vu que le moteur principal du vote pour le Brexit n'était pas du tout la question économique ou le fait que le Royaume-Uni serait dupé par l'Union européenne, mais bien l'incapacité de l'UE à gérer la crise des migrants.

Une fois dit cela, au niveau du vote sur la question économique, il y a eu un certain basculement puisque traditionnellement les classes populaires étaient majoritairement favorables à l'Etat-providence et à un programme d'aides sociales. Aujourd'hui, elles le sont beaucoup moins pour la bonne raison qu'elles ont l'impression que les aides de l'Etat servent essentiellement les populations d'origine étrangère. Certains discours ultra-libéraux, qui au premier abord pourraient faire fuir l'électorat populaire, ne le font plus car finalement ça ne lui fait pas plus peur que cela. Quand François Fillon dit 500 000 fonctionnaires en moins, ce n'est pas un élément qui fera pencher l'électorat pour ou contre lui.

Penser qu'il n'y a que la question économique qui mobilise cet électorat est très réducteur. Mais cela a changé. Il y a 20 ans, on n'aurait pas dit ça…

Maxime Tandonnet : Il faut s'attendre bien sûr à ce que le programme économique et social de François Fillon soit caricaturé par ses adversaires et présenté comme "défavorable" à la classe moyenne et populaire. Le chiffon rouge qui sera agité à ce propos sera par exemple la suppression de l'ISF. Or, tout le projet du vainqueur de la primaire est axé sur une volonté de lutte contre le chômage et sur la relance de l'initiative privée et des créations d'emplois. Dès lors, il est bien dans l'intérêt des classes moyennes et populaires les plus touchées par ce fléau, en particulier les jeunes et les femmes. Pourtant, on ne peut pas nier que le projet économique et social de M. Fillon suscite des inquiétudes dans le pays, notamment sur les retraites, la sécurité sociale, la fonction publique. Le rejet du pouvoir socialiste est infiniment plus fort que cette inquiétude aujourd'hui. Mais jusqu'à quand ? Il ne faut jamais oublier que l'opinion est versatile. Dès lors, ce serait s'aveugler que d'ignorer cette inquiétude et de ne pas la prendre en compte. Qu'est-ce qui motive le vote des catégories populaires ? C'est l'attitude de l'Etat face à leurs situations personnelles ou familiales. Elles votent en fonction de leur perception de la manière dont l'Etat prend en compte leurs difficultés quotidiennes, leurs préoccupations et notamment leur angoisse sur l'avenir de leurs enfants. Elles attendent un Etat qui assume ses responsabilités en matière d'emploi, d'éducation, de retraites, de santé, de pouvoir d'achat, de logement, de sécurité, de cohésion nationale, de maîtrise des frontières. A l'inverse, elles condamnent des dirigeants qui, à leurs yeux, faillissent à cette mission de protection. Elles votent en fonction de leurs attentes à cet égard.

>>>> A lire aussi : Attention au vote "risque-tout" : après le Brexit et Trump… bientôt la France ? Pourquoi les électeurs qui n’ont plus rien à perdre choisissent les solutions les plus radicales

De la même façon, l'explication de l'adhésion des catégories populaires au discours du Front national peut-elle vraiment se réduire aux considérations économiques et sociales ? Quelles sont les autres dimensions entrant en jeu ? 

Maxime Tandonnet : N'exagérons rien. Une partie et une partie seulement des milieux défavorisés est sensible au discours lepéniste mais il ne faut surtout pas généraliser. Le chômage et le pouvoir d'achat ne sont que des aspects de cette sensibilité. Le fond du problème est lié à l'impression d'être délaissé par les milieux dirigeants. Une partie des habitants du pays ont le sentiment que la France dite "d'en haut" est soucieuse avant tout de préserver ses situations, ses mandats et ses fonctions, tout en se désintéressant de ses souffrances et inquiétudes quotidiennes. Selon le sondage Cevipof sur la confiance en 2016, "88% des Français pensent que les politiques ne s'intéressent pas à ce que pensent les gens comme eux". D'où le vote de protestation, anti-système, ou bien l'abstentionnisme aux élections. C'est une manière d'exprimer le sentiment d'abandon et de révolte. Mais ce n'est pas forcément, dans la majorité des cas, un vote d'adhésion. Les milieux populaires les plus touchés par le chômage, l'insécurité, l'échec scolaire, se sentent parfois victimes de la mondialisation, supposée saper les fondements de la solidarité nationale, des valeurs traditionnelles, de la nation protectrice. Nous voyons bien aujourd'hui que la mondialisation est considérée comme un bienfait par la France dite d'en haut, mais qu'elle est redoutée par les milieux populaires qui y voient un danger pour leur vie quotidienne. Parfois, ils l'expriment par le vote anti-système.

Au regard de la sociologie électorale du référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, du référendum sur le Brexit et de l'élection de Donald Trump, peut-on considérer que les catégories les plus défavorisées, considérant qu'elles n'ont plus rien à perdre, optent pour la solution la plus radicale ? 

Laurent Chalard : La question de la radicalité est une question importante pour les classes populaires. La plupart de ces classes considèrent que jusqu'ici, les hommes politiques optent pour un réformisme mou (demi-réformes, un pas en avant deux pas en arrière…). Ces individus ont donc l'impression que rien ne bouge avec ces "réformettes". Cela renforce l'idée du "bonnet blanc et blanc bonnet" : que ce soit la gauche ou la droite, les quelques différences qui existent sont assez peu importantes. Aujourd'hui, ces catégories considèrent que si elles veulent voir leur situation évoluer, il faut forcément des évolutions radicales.

Il y a donc une attirance vers la radicalité, assez logique quand on voit la situation de ces personnes. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que ce sont des populations au niveau d'éducation relativement faible, qui vivent dans une société consumériste et médiatique d'un niveau extrêmement bas, pour reprendre les propos de Michel Onfray qui parle souvent d'infantilisation de la société. Or, qui dit infantilisation dit séduction plus facile pour les discours radicaux. L'une des caractéristiques du discours radical, c'est sa simplicité. Quand vous n'avez pas trop envie de vous poser des questions et que vous voulez des réponses simples à des questions compliquées, vous êtes assez facilement séduits…

Les gens plus éduqués peuvent être tentés par la radicalité, mais se disent qu'ils risquent de perdre quelque chose : il y a donc une part de risque qu'ils ne sont pas prêts à prendre. Quand vous n'avez pas grand-chose à perdre, ou que vous avez la perception que vous n'avez pas grand-chose à perdre, vous êtes beaucoup plus susceptible de basculer dans la radicalité. On l'avait très bien vu (même si la comparaison est assez facile et pas forcément très pertinente) dans les années 1930. Dans cette période de crise économique, une partie de la population avait basculé assez facilement vers des discours extrêmement radicaux (extrême-droite ou extrême-gauche, d'ailleurs). La seule différence avec notre époque, c'est qu'aujourd'hui la radicalité est plutôt à droite. La radicalité de gauche est très minoritaire dans la société.

Maxime Tandonnet : Tous ces événements ont un point commun. Et on pourrait aussi parler, auparavant, du non à la Constitution européenne par la France et les Pays-Bas en 2005. Il faut y voir un geste de défiance envers le discours dominant des milieux dirigeants, une vision qui prône l'ouverture des frontières, la mondialisation, la société multiculturelle, la valorisation des minorités, l'individu roi, interchangeable, la table rase, et l'argent comme une valeur dominante. Il est clair que nous assistons dans le monde occidental à une réaction des milieux populaires, exclus des bienfaits de la mondialisation, contre ce mode de pensée dominant. Le drame du monde occidental tient au fait que les milieux dirigeants n'ont pas voulu entendre cette détresse. Cette indifférence ou cet aveuglement a donc favorisé des expressions extrêmes dominées par les provocations, un discours de haine ou de fuite dans la démagogie ou le nationalisme de repli. Nicolas Sarkozy, en 2007, a tenté d'y apporter une autre réponse. Aujourd'hui, le succès de François Fillon correspond de toute évidence à l'espérance d'un discours et d'une politique qui tiennent compte du malaise populaire, à travers notamment la réhabilitation de l'Etat, des frontières, de l'autorité, de la nation, une nation à la fois ouverte sur le monde et protectrice. Le défi est immense car il n'a pas le droit de décevoir.

Quelles leçons pourrait-on en tirer pour la France ? Alors que le Front national semble désormais défendre le modèle existant, François Fillon peut-il, d'une certaine manière, paraître aux yeux de l'électorat populaire plus radical que Marine Le Pen ? 

Laurent Chalard : François Fillon ne peut pas être perçu comme plus radical que Marine Le Pen selon moi, car ce qui prime c'est le discours identitaire vis-à-vis de l'immigration, et pas le discours économique. Or, sur la question identitaire, le Front national reste beaucoup plus radical que François Fillon et Les Républicains.

Il ne faut donc pas s'attendre à un basculement massif des classes populaires vers un vote François Fillon. Il peut y avoir plutôt selon moi le retour au bercail d'une partie de l'électorat éduqué, catholique, traditionnel, qui avait tendance à lorgner vers Marine Le Pen parce qu'il ne retrouvait pas ce qu'il souhaitait dans les programmes de la droite dite républicaine.

Maxime Tandonnet : La difficulté de l'expérience Fillon tient au fait qu'elle doit répondre à deux exigences d'apparence contradictoire : la libéralisation de l'économie française, pouvant être ressentie comme une variante de la mondialisation, et la défense des valeurs traditionnelles, y compris autour de l'identité de la France. Il me semble dangereux, pour cette raison, de vouloir imposer soudain par le haut des réformes économiques et sociales nécessaires mais difficiles. Leur réussite passe par l'explication, la communication, le dialogue et surtout le respect du travail parlementaire, donc forcément la prise en compte des réalités de terrain et de la sensibilité populaire. Le recours au "49-3" ou à des formules expéditives serait suicidaire. En voulant trop bien faire, trop vite, le risque est d'aboutir à l'effet inverse recherché, de gigantesques mouvements sociaux, une succession de reculs dans une situation de chaos, un désastre politique entre 2017 et 2022, débouchant sur l'arrivée au pouvoir d'une forme ou d'une autre d'extrémisme démagogique en 2022, c'est-à-dire la destruction de toute l’œuvre accomplie. Attention : cinq années passent si vite...

Pour de nombreux observateurs, le discours de François Fillon serait trop libéral et trop clivant économiquement parlant pour lui permettre de séduire les catégories populaires, qui ne se sont pas massivement déplacées lors de la primaire de la droite et du centre. Mais tenir un discours social est-il vraiment le bon moyen de parler à ces Français ? N'y a-t-il pas d'autres thèmes que la fracture sociale qui les intéressent ?

Jean-Daniel Levy : On peut déjà dire que dans le cadre de cette primaire, François Fillon n'a pas eu de difficultés particulières pour "séduire" les catégories populaires. D'une manière générale, nous avons eu un vote nettement plus important de la part d'électeurs âgés, diplômés et plutôt urbains. Globalement, les catégories populaires ne se sont pas vraiment déplacées.

Est-ce lié au projet particulier de François Fillon ? Pas forcément. On a pu remarquer que Nicolas Sarkozy, qui généralement réalisait ses bons scores au sein des catégories supérieures, n'est pas parvenu à ramener à lui cet électorat issu des catégories populaires. Les motivations de vote de l'électorat de François Fillon étaient clairement tournées vers des thématiques autour de la réduction de la dette publique et du déficit, du temps de travail (et notamment celui des fonctionnaires) et des impôts. Ce sont des catégories clairement associées à la droite, auxquelles les catégories populaires peuvent bien sûr être sensibles, mais ces dernières ne se sont pas senties investies ou légitimes à pouvoir participer à cette primaire.

Il y a toute une thématique générale de la sécurisation qui parle à cette population. Elle peut relever du domaine économique et social, mais aussi du contrôle des différentes populations présentes sur le territoire, etc. Dans ce contexte-là, plaider pour un Etat relativement fort constitue aujourd'hui l'une des aspirations des catégories populaires.

Historiquement, la droite française ne s'est pas toujours emparée de la question sociale, terrain souvent occupé par la gauche. Quels enseignements François Fillon pourrait-il tirer de Nicolas Sarkozy notamment, qui a pu s'approprier un discours social mais de droite, notamment avec le slogan "travailler plus pour gagner plus" ?

Jean-Daniel Levy : On peut peut-être remonter encore plus loin, puisque même si le Général De Gaulle ne se disait pas à droite, il y était tout de même classé sur le spectre politique, et il avait une politique à vocation sociale. En 1995, la thématique de la fracture sociale a été portée à l'époque par Jacques Chirac comme une dimension importante et structurante de son projet politique pour sa victoire à la présidentielle. "Travailler plus pour gagner plus", ce n'est pas uniquement une dimension sociale, c'est aussi une reconnaissance de l'investissement, une capacité à pouvoir récompenser les efforts fournis par les citoyens, avec dimension sociale qui venait à créer une identité qui n'était pas forcément "nationale". Parler d'une identité "sociale", cela peut permettre de faire basculer les catégories populaires. Est-ce qu'elles basculent uniquement là-dessus ? La réponse est "non". Il y a clairement une dimension d'identité, mais aussi de sécurité. C'est une aspiration forte de la part des citoyens : faire en sorte qu'on puisse garantir de ne pas être mis en danger de manière systématique…

La campagne de la présidentielle pourrait être différente de celle de la primaire. Peut-on s'attendre selon vous à voir François Fillon tenter de séduire ces catégories populaires dans les prochains mois ? D'un point de vue électoral, peut-il vraiment faire l'économie d'une telle démarche ? 

Jean-Daniel Levy : La campagne présidentielle sera à la fois différente et non différente. Elle sera différente car, forcément, les destinataires de la prise de parole de François Fillon seront beaucoup plus élargis que le corps électoral de la droite et du centre.

Mais elle sera quand même assez similaire, car à l'issue de la primaire, la thématique de campagne ne peut pas se renverser à 180°C. L'un des risques qui reposent sur les responsables politiques, c'est de ne pas se montrer cohérent par rapport à des prises de position passées et de se montrer dans la duplicité. Les réseaux sociaux et le rôle des journalistes limitent la possibilité de pouvoir modifier fondamentalement son discours.

Quoi qu'il en soit, il y a deux enseignements que l'on peut tirer. Le premier, c'est qu'on a pu voir dans le cadre d'une enquête d'intentions de vote menée dimanche par Harris Interactive pour LCP et Public Sénat que même aujourd'hui, avec un discours dur à l'égard des fonctionnaires et de la gauche d'une manière général, François Fillon récupère une bonne partie de l'électorat de premier tour de Nicolas Sarkozy et arrive à 26% d'intentions de vote. Pour la première fois, alors même qu'on teste François Bayrou, il y a un espace qui se crée pour que la droite se situe en première position.

Le deuxième enseignement, c'est qu'en 2012 Nicolas Sarkozy avait mené une campagne indéniablement à droite, et que même s'il n'a pas réussi son pari (puisqu'il n'a pas gagné cette élection présidentielle), il est parvenu néanmoins à faire en sorte que l'écart soit extrêmement réduit au second tour. On n'a pas donc forcément toujours besoin de mener une campagne de rassemblement pour pouvoir créer une vraie dynamique.

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (3)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
lafronde
- 01/12/2016 - 10:38
erratum
avant dernière ligne, lire : "et la Presse subventionnée (stipendiée) ou la Presse vivant de la publicité s'avèrent ne pas être motivées par la ré-information..." (je tâcherai de mieux me relire la prochaine fois)
lafronde
- 01/12/2016 - 10:33
Tout le monde préfère un travail à une allocation !
C'est vérifiable autour de soi, chacun préfère un vrai travail à une allocation de l'Etat. Sauf quelques feignants. Donc ce qu'attend le Peuple c'est des politiques publiques qui favorisent l'emploi, mais ne le créent pas car l'Etat n'est pas une entreprise marchande et ne crée par lui même aucune richesse, il en consomme. L'emploi est créé par les entrepreneurs qui ne travaillent pas pour des prunes. Fiscalité et règlementation étatiques doivent donc être compétitives. Ce sont des principes politiques réputés comme libéraux. Ceci posé le Peuple sait-il que le libéralisme intérieur peut lui amener la rentabilité de l'entreprise, son essor, et donc l'emploi ? Le Peuple ne le sait pas car la République française est constante à le désinformer : son Education nationale ne forme pas des citoyens critiques vis à vis de l'Etat, ses Universités d'Etat ont presque un siècle de retard en économie, sa Presse d'Etat, et sa Presse gauchiste ont un intérêt idéologique à dénigrer le libre marché, et la Presse subventionnée (stipendiée) ou la Presse vivant de la publicité ne s'avèrent ne pas être pas motivées par la ré-information (économie ou migrations) sinon elles s'y mettraient.
zouk
- 30/11/2016 - 14:24
Fr. FILLON
Espérons que la majorité des votants se laisse guider par son bon sens et non par les cris d'orfraie de la gauche; Il s'agit d'un programme de redressement qui augmentera les chances de chacun.
Que les succès inattendus du Brexit et de D. Trump nous inspirent: les peuples sont capables de réagir contre les évidences conventionnelles.