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Révolution verte

La biodiversité plonge à un niveau désormais dangereux pour la planète alertent les scientifiques

Publié le 17 juillet 2016
Selon une étude menée par différents organismes scientifiques britanniques, la biodiversité des espèces animales et végétales à travers le monde a atteint un seuil critique en raison de la difficulté, voire de l'impossibilité, pour celles-ci de se renouveler.
Dominique Audrerie est un expert indépendant des questions environnementales.Il est également docteur en droit de l'environnement et ancien directeur du Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (en 1993).Il est avocat à...
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Selon une étude menée par différents organismes scientifiques britanniques, la biodiversité des espèces animales et végétales à travers le monde a atteint un seuil critique en raison de la difficulté, voire de l'impossibilité, pour celles-ci de se renouveler.

Atlantico : Que représente véritablement ce seuil de danger présenté par les auteurs de l'étude (voir ici)? Quels risques y-a-t-il pour le développement des espèces ?

Dominique Audrerie : C’est à la fois complexe et simple. La vie repose sur des équilibres. C’est-à-dire qu’une espèce se nourrit d’une autre et ainsi de suite. Lorsque l’on rompt cet équilibre, une espèce prend le pas sur les autres. De fait, la vie normale n’est plus assurée et il faut rétablir ces équilibres de manière artificielle.

Par le biais de pesticide, d’excès d’exploitations, on détruit les uns et les autres se multiplient, et cette multiplication est une forme de prédation. Le risque c’est que dans ce déséquilibre, la nature ne puisse plus évoluer de manière normale. Il y a donc des artifices à trouver et elle ne pourra vivre que sous perfusion, comme un malade. L’homme va devoir trouver un moyen de compenser ce déséquilibre par des moyens artificiels car le développement des espèces est compromis. Dans un cas on va en tuer, et dans l’autre on va en favoriser. C’est le problème des loups ou d’autres espèces menacées. On les réimplante de manière artificielle et elles deviennent ainsi des prédateurs alors qu’elles étaient supposées apporter une certaine harmonie.

L’artifice ne peut pas redonner l’équilibre à ce qui a été perdu. On peut citer la disparition des araignées en milieu rural, qui favorisent la multiplication de moustiques ou d’espèces invasives qui ne sont plus chassées comme elles l’étaient auparavant.

Quelles sont les principales causes responsables de la mise en danger la biodiversité ?

Il y a de nombreuses causes à ce déséquilibre. On peut citer l’utilisation massive d’herbicides, la volonté de dominer, de produire au détriment de la nature, ou l’absence d’une vision écologique à long terme. L’homme ne réalise pas à quel point l’équilibre naturel est vivant et incroyablement fragile. La conséquence, c’est que la nature devient prédatrice d’une autre façon. L’exemple le plus actuel est le trop grand nombre de sangliers dans les forêts ou dans les campagnes et qui abîment les cultures. Par ailleurs, l’équilibre premier ayant été détruit par l’utilisation d’herbicides ou de pesticides, peut-il se développer à nouveau de façon équilibrée dans les vingt-ans qui viennent ? Malgré les compensations artificielles de l’homme, cela n’est pas sûr. Imaginons que nous réimplantions des abeilles dans la nature à l’aide de ruches artificielles. Aurons t-elle le même cycle, le même comportement que celles qui ont précédées ? Lorsque l’on détruit quelque chose, le rétablir ou le reconstruire est très loin d’être aussi facile.

Quelles zones sont les plus touchées ? 

Toutes les zones sont touchées de manière plus ou moins évidentes, avec des symptômes différents, mais tout aussi réellement. Dans les zones rurales par exemple, du fait d’une agriculture un peu désordonnée, on a constaté la disparition de certaines espèces et la multiplication de certaines autres. La terre appauvrie a besoin d’apports extérieurs. Elle n’est plus aussi spontanée qu’elle ne l’a été et il faudra du temps pour que l’humus ne se reforme. C’est le même cas pour les cours d’eau, les rivières ou les lacs. Les espèces de poissons qui y vivaient en abondance sont également touchées. Si on prend l’exemple de la forêt amazonienne, fortement exploitée pour ses ressources naturelles, il lui faudrait presque un millénaire pour qu'elle puisse retrouver sa forme. 

Quelles sont, selon vous, les mesures le plus urgentes à mettre en place si on veut arrêter cette menace qui pèse sur la biodiversité ? 

Il faut retrouver un sens de la mesure qui ne soit pas nourri par l’excès. Un équilibre stable, spontané et respectueux. Il y a véritablement une révolution intellectuelle à mettre en place pour faire en sorte de respecter l’environnement qui nous entoure. Il ne s’agit pas de faire des listes de produits plus ou moins légaux à interdire par exemple, car le problème est plus bien global.

La normalité actuelle est fondée sur l’acceptation d’un déséquilibre, ou la perte de conscience de l’agression que nous faisons à la nature quotidiennement. La situation est telle que nous ne sommes plus dans l’excès, mais dans la rupture. Ce qui est détruit n’est généralement pas reconstruit derrière, ou alors mal.

C’est-à-dire qu’il faut faire en sorte de réimplanter de telle façon que ce qui est replanté corresponde à son environnement et ne devienne pas invasif, ou inadapté.

Propos recueillis par Thomas Gorriz

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