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Climat : comment l'aviation civile compte atteindre une croissance neutre en carbone à partir de 2020 alors que le trafic aérien international aura doublé d'ici 2030 et triplé d'ici 2050
Publié le 15 mai 2016
Face à l'augmentation du trafic aéronautique, l'organisation de l’aviation civile internationale mise sur le rachat de crédit carbone pour tenir son objectif environnemental.
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Face à l'augmentation du trafic aéronautique, l'organisation de l’aviation civile internationale mise sur le rachat de crédit carbone pour tenir son objectif environnemental.

Atlantico : L’Organisation de l’aviation civile internationale a présenté son programme de compensation carbone (COSIA) du 11 au 13 mai à Montréal. Comment fonctionnera ce système de compensation ?

Caroline Bruneau : L’idée de la compensation carbone est de réduire de 50% le bilan carbone d'ici 2050 malgré l'augmentation du trafic qui est extrêmement importante. L’achat de crédits carbone est l'une des solutions choisies par les compagnies aériennes de l’aviation civile. Le système des crédits carbone dans l'aéronautique est le même que dans les autres secteurs.

La quantité d’émissions de CO2 que les compagnies aériennes devront compenser à partir de 2021 sera calculée en fonction de plusieurs variantes : les émissions de l’exploitant couvertes par le programme de compensation carbone (COSIA) sur une année multipliées au facteur de croissance du secteur dans l’année. En résulte la quantité à compenser. Le prix du pétrole et le prix du gaz à la tonne est fixé par des plateformes spécialisées comme la European Energy Exchange située à Leipzig, en Allemagne.

Les compagnies, en fonction de la quantité à compenser, rachètent un certain nombre de tonnes carbone auprès de cette plateforme. L’argent de ces compensations, en principe, sert à financer des plans environnementaux, à replanter des forêts, pour équilibrer la pollution émise par les avions. En vérité, c’est un vrai mystère. On ne sait pas concrètement où part cet argent. Tout cela reste encore très opaque.

Il est intéressant de noter que, le prix du pétrole ayant baissé ces derniers temps, les compagnies aériennes sont moins pressées d’adopter des mesures d’économie en carburant et donc de réduction d’émission de carbone.

Est-ce la première avancée de l'industrie aéronautique dans le sens de la protection de l'environnement ?

Depuis 2008, l’aviation en coopération avec l’Union européenne réfléchit à des plans de développement d’un système aérien propre, innovant et concurrentiel. Ces programmes se nomment Clean Sky 1 et Clean Sky 2. A chaque fois, l’objectif est de réduire les émissions de gaz et de carbone, la pollution sonore et de compenser le bilan carbone.

Mais ce qu’il faut vraiment retenir, c’est que la protection de l'environnement est seulement l’effet bonus des réductions d’émission de carbone. Pour l’aéronautique, le véritable défi est de dépenser moins de carburant. Le pétrole est le principal poste de coûts d'exploitation récurrents des avions. La partie carburant est extrêmement élevée : elle représente, chez certaines compagnies low cost, 45% des coûts. Ainsi, sous couvert de protection de l'environnement, et parce que les deux objectifs se rejoignent, l'aéronautique cherche avant tout à faire des économies.

Ce programme doit permettre d’atteindre une croissance neutre en carbone à partir de 2020 alors que le trafic aérien international aura doublé d’ici 2030 et triplé d’ici 2050. Est-ce un projet réalisable ?

Oui, c’est envisageable et c’est un objectif. Mais pour y arriver, il faudrait résoudre un problème qui est peu pris en compte jusqu'à présent, et qui pose des problèmes, particulièrement dans les pays occidentaux : la saturation des infrastructures.

L'une des façons d'économiser du carburant est d'avoir des avions qui volent le moins longtemps possible au-dessus des pistes et qui roulent le moins longtemps possible sur les pistes. Il faudrait que les avions aient des trajets plus courts pour se rendre aux portes d’embarquement ou de débarquement, que les moteurs restent moins longtemps allumés au sol, surtout, que les terminaux soient plus grands.

Evidemment, ces nécessités entrent en conflit avec d’autres intérêts, comme ceux des agriculteurs qui perdent des terres de culture, ou les riverains qui se plaignent de la nuisance sonore. Mais beaucoup de progrès sont faits sur le bruit émis par les moteurs. L’avion moderne fera de moins en moins de bruit.

Malgré ces conflits d’intérêts, la grande surface d’un aéroport ouvre des possibilités de procédures d'approches mieux réglées. Un exemple : plusieurs compagnies aériennes ont mis en place des procédures d'atterrissage avec des pentes plus fortes pour que les avions atterrissent plus facilement. Il faut savoir que, lorsque les avions sont hauts dans le ciel, ils consomment moins d'énergie, et plus ils s'approchent du sol, plus ils consomment du carburant. Il faut donc réduire au maximum le temps entre l’approche de l’avion et l’extinction des moteurs. On ignore généralement ces données, mais, paradoxalement, élargir ou construire un aéroport permet de réduire l’impact sur l’environnement.

Comment, concrètement, l'industrie de l'aéronautique va-t-elle s'y prendre pour coller à l'objectif de croissance neutre en carbone ?

Le trafic aéronautique augmente de 10% tous les 5 ans. Pour arriver à l’objectif décidé, les compagnies doivent réduire leurs émissions de carbone, en plus du rachat de crédit carbone évoqué plus haut. La première solution est de se doter d’avions qui peuvent contenir plus de passagers. Ainsi, l’impact carbone par passager est divisé. Ensuite, l’industrie aéronautique mise sur l’amélioration des moteurs. On développe des moteurs plus performants, avec des designs et des conceptions nouvelles. Une telle amélioration permet des économies extrêmement importantes, puisqu'on arrive à des réductions de carbone de l'ordre de 10 à 20 %. La France est en pointe sur ces améliorations moteurs, notamment grâce au groupe Safran. L’entreprise détient une filiale avec General Electrics, nommée CFM International, qui fabrique la moitié des moteurs dans le monde. Ils ont construit un nouveau moteur : le Leap, qui est actuellement l’un des plus performants du marché et qui va équiper la plupart des modèles de nouveaux appareils. Les avions mêmes sont construits avec des matériaux nouveaux, plus légers. La structure des nouveaux avions est en fibre de carbone. Autant d’éléments qui vont permettre de diminuer le bilan carbone de l’aviation.

Propos recueillis par Clémence Houdiakova

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arvensis
- 05/06/2016 - 12:16
vers la moralisation du droit de polluer !
Envoyez nous en l'air, pas de problème, nous payerons pour que d'autres essaient de rattraper nos pollutions !
La fuite en avant toujours, après nous le déluge, on s'en fout.
Arvensis