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La Commission européenne face au dilemme du logiciel Adblock : menaces sur la presse ou menaces sur la vie privée des internautes, quelles sont les pires?
Publié le 26 avril 2016
Alors que de grands acteurs français de la presse en ligne ont lancé une campagne "anti-adblocks" afin de contrecarrer les mesures de contournement mises en place par les lecteurs, la Commission européenne s'est saisie du sujet considérant ces logiciels comme "une menace grave pour la vie privée des utilisateurs".
H16 tient le blog Hashtable.Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".
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Frédéric Mouffle
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Alors que de grands acteurs français de la presse en ligne ont lancé une campagne "anti-adblocks" afin de contrecarrer les mesures de contournement mises en place par les lecteurs, la Commission européenne s'est saisie du sujet considérant ces logiciels comme "une menace grave pour la vie privée des utilisateurs".

Atlantico : Comment fonctionne le système Adblock ?

H16 : Adblock fonctionne essentiellement sur deux techniques. La première consiste à bloquer les communications entre le serveur de publicités et le client (votre navigateur), et la seconde à cacher des éléments de la page qui répondent à certains critères (par exemple, qui font partie d'une classe reconnue comme étant publicitaire). Pour la première méthode, cela suppose d'avoir des listes à jour de régies publicitaires, des noms de serveurs qui envoient ces publicités. Pour la seconde, là encore, cela nécessite de connaître les classes ou les scripts utilisés pour les objets publicitaires.

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Frédéric Mouffle : Adblock est un plugin qui s’intègre dans le navigateur (Chrome, Firefox etc…). Il permet de détecter et d’identifier des encarts dits publicitaires ou des pop-ups s’ouvrant lorsque l’utilisateur surfe sur un site Internet. Quand le plugin ne bloque pas les publicités d’un site, l’utilisateur peut choisir de l’intégrer dans sa liste noire pour empêcher les publicités lorsque celles-ci sont trop intrusives ou à caractère pornographiques tant que le plugin est activé sur le navigateur. Il y a également le principe de liste blanche ou l'utilisateur peut choisir de permettre à un site d’afficher ses publicités. Il y a déjà une liste de sites assez connus qu’Adblock intègre automatiquement à cette liste.

Pourquoi subit-il les foudres de la Commission européenne ?

H16 : Concernant la réaction de la Commission européenne, il faut d'abord rappeler un peu le contexte. Dans un premier temps, les sites vivant de leur trafic le monnayent en présentant de la publicité, plus ou moins "invasive", sur le navigateur de l'internaute. Pour afficher ces publicités, des scripts et des cookies (petits morceaux de texte déposés sur le disque dur du client permettant au serveur de conserver des données d'une session de navigation à une autre) sont déposés chez l'internaute. Dans ce cadre, les autorités européennes ont imposé (via la directive ePrivacy 2002/58) que ceci soit fait avec le plein consentement de ce dernier. Ceci a entraîné l'apparition de messages, avec validation explicite de l'internaute, expliquant que des cookies sont utilisés ; ces messages permettent ainsi de l'informer de ce procédé.

Parallèlement, l'internaute moyen, probablement lassé par un nombre croissant de fenêtres publicitaires envahissantes, d'interruptions de sa lecture par des vidéos ou des images surgissant d'un peu partout, s'est rapidement doté de logiciels de blocage, dont Adblock, qui lui permettent de "nettoyer" ces messages apparaissant sur les pages où il navigue. Évidemment, un tel blocage se ressent directement au niveau des régies publicitaires qui, par ricochet, rétribuent beaucoup moins les sites annonceurs. La presse française, notamment, dépend (en plus de subventions étatiques) de la publicité pour une bonne part, et ces bloqueurs nuisent donc à leurs revenus. Ceci explique que, récemment, ces organes de presse française (dont Le Figaro, Voici, L’Équipe, Le Monde, ...) regroupés dans le GESTE ont placardé des messages de sensibilisation sur leurs sites, incitant l'internaute à désactiver leurs bloqueurs de publicité, et bloquant l'accès aux articles tant que ces Adblocks sont actifs.

C'est là que les choses deviennent techniques sur le plan juridique, puisque, du point de vue d'un consultant spécialisé "vie privée" - Alexander Hanff -  bientôt suivi par la Commission européenne elle-même, le fait de déclencher ces messages de sensibilisation impose un traitement et un recueil de données du côté de l'internaute, traitement et recueil qui n'ont pas reçu l'aval de ce dernier conformément à la directive citée plus haut.

Autrement dit, en première analyse et d'après l'article 5(3) de la directive ePrivacy 2002/58, l’utilisateur doit pouvoir s'opposer au déclenchement de ces scripts d'anti-blocage (ou de surblocage) tout en bénéficiant préalablement d’une information "claire et complète". La Commission cite aussi le point 65 de la directive 2009/136 qui explique clairement que ces "logiciels qui enregistrent les actions de l’utilisateur de manière clandestine ou corrompent le fonctionnement de son équipement terminal au profit d’un tiers (logiciels espions ou espiogiciels) constituent une menace grave pour la vie privée des utilisateurs" ; autrement dit, ce genre de scripts non-désirés par l'utilisateur ne sont pas conformes à ces deux points de droit.

Frédéric Mouffle : Tout d’abord, je dirai que tout les scénarios sont possibles mais je ne pense que le logiciel ait un intérêt à héberger des virus dans ses plugins. Il n’y a pas vraiment de preuves pour étayer cet argumentaire. On peut se poser la question du modèle économique d’Adblock car on ne peut pas exclure le fait qu’il agisse comme les autres sites, c’est-à-dire en collectant des données et en les revendant, si cela est avéré. Il n’y a pas tellement d’informations sur ce sujet mais il est possible que la collecte et la revente de petites quantités de données soient, avec les dons des utilisateurs, leur seul modèle économique étant donné qu’il s’agit d’un logiciel gratuit. Il semblerait néanmoins que certains sites internet aient payé pour être sur la liste blanche de Adblok.

Concrètement, que peut faire la Commission européenne contre le logiciel bloqueur de publicités ?

H16 : Compte-tenu de la position de la Commission, l'internaute peut donc poursuivre les éditeurs de presse qui persistent à utiliser des "anti-bloqueurs". Au niveau de la Commission elle-même, on sent que l'affaire risque de devenir complexe puisque d'un côté, les internautes ont bel et bien le droit d'attaquer ces pratiques, et de l'autre,  tout un pan d'industrie semble s'être reposée sur un principe publicitaire, et refuse d'en changer ou de s'adapter à ses clients qui ne veulent manifestement pas en entendre parler. Dans ce contexte, on doit se demander si la Commission prendra fait et cause pour l'internaute (ceci semblerait être le cas jusqu'à présent) ou se laissera amadouer par les intérêts particuliers des éditeurs (choses pas impossible, le lobbying étant parfois efficace). Peut-être le conflit aboutira à déterminer une troisième voie de compromis entre les intérêts des premiers et des seconds..

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Frédéric Mouffle : Je pense que la Commission européenne ne peut concrètement rien faire contre Adblock car le débat a des années de retard. A mon avis, il n’y a pas de solutions pour interdire le logiciel, si ce n’est en pénalisant l’internaute qui l’installe. Il y a cependant des sites Internet qui ont trouvé des parades intelligentes, notamment en affichant des vignettes indiquant que la pérennité de leur modèle économique, basé sur la publicité, est menacée lorsqu’un utilisateur bloque ses publicités, ou encore floutent une partie de l’article ou bloque littéralement l’accès au contenu  dans le cas ou l’utilisateur ne désactive pas son plugin. C’est une méthode qui permet à l’internaute de prendre conscience que derrière le site, il y a des hommes et des femmes qui doivent être rémunérés et également qu’en perdant les publicités, ils perdent leurs rémunérations. La dégradation des contenus ou même leur arrêt risquent donc d’être des conséquences de l’utilisation d’Adblock.

Comment le logiciel bloqueur de publicités peut-il se défendre contre ses détracteurs ?

H16 : Du côté des logiciels bloqueurs de publicité, il leur reste à savoir où leur intérêt les conduit. D'un côté, ils monnayent (via des abonnements) auprès de clients (particuliers ou entreprises) la qualité de leur blocage. De l'autre, ils peuvent aussi monnayer la possibilité de passer certains sites en "liste blanche" (les sites non-bloqués, pour lesquels la publicité s'affiche donc parce que jugée pertinente, ou non-invasive, ou d'autres critères...). Typiquement, AdBlock permet à des organes de presse (comme le ChicagoTribune, LATimes, Dailymail, Allociné ou Huffington Post, etc...) de se retrouver dans ses listes blanches moyennant paiement.

Là encore, il s'agira d'un choix essentiellement commercial pour ce genre de firmes, et de dosage. Trop de sites dans les listes blanches et l'intérêt du client final (l'internaute) s'émousse, risquant de le détourner et de l'amener à la concurrence (uBlock, par exemple). Pas assez, et le modèle de revenus de l'éditeur du logiciel bloqueur peut se trouver fragilisé ...

Frédéric Mouffle : Adblock s’est déjà défendu contre ses arguments en gagnant un procès contre deux chaînes allemandes. Mais étant donné le nombre important et croissant d’utilisateurs du logiciel, on peut commencer à se poser des questions sur le préjudice causé sur les sites qui vivent des publicités. Encore une fois, ce sont les internautes qui ont un rôle à jouer dans ce débat, car beaucoup ne souhaitent pas être dérangés durant leur navigation, et c’est compréhensible. Changer la manière dont les sites proposent les publicités serait une solution éventuelle, c’est-à-dire en en proposant des plus discrètes et moins invasives qui ne dérangent pas l’utlisateur dans sa navigation. La solution se trouverait plutôt dans une conciliation entre le logiciel et les sites plutôt que d’éventuelles sanctions longues et infructueuses. Ce qui reste discutable dans ce dossier sont les critères déterminant qu’une publicité est intrusive ou non. Il est tout a fait normale que les sites internet se voyant bloquer leur revenu via les régies publicitaires soient en droit de demande des comptes sachant  que certains sites internet sont inclus dans la liste blanche. Il faut donc qu’ Adblock communique de façon transparente sur le comportement et fonctionnement de son plugin.

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adroitetoutemaintenant
- 27/04/2016 - 15:12
L'occasion fait le larron
Le Figaro floute le texte quand on utilise un adblock. Plutôt que de me laisser emmerder par ces gauchistes, j'ai trouvé un autre journal en ligne, bien meilleur et de droite. Merci les cons du Figaro!!!
jurgio
- 26/04/2016 - 13:55
La gavage des oies
Plus on en met, plus ça rapporte ! C'est un problème sérieux. D'un autre côté, peut-on payer une obole pour tous les sites visités ? J'ai moi-même déjà à subventionner dans l'ensemble beaucoup de sites, voire, eu égard à mon budget, un peu trop. L'époque est tendue. Cependant, les sites d'information doivent survivre mais dans le même temps peuvent-ils entraver en permanence la curiosité des visiteurs sans risquer de se mettre en péril, en les repoussant et les dégoutant peu à peu ? La diffusion sur papier devient coûteuse et celle numérique semble suivre le même chemin. Ou, alors, s'abonner aux mêmes râteliers, c'est à dire aux mêmes avis, aux mêmes systèmes de pensée ? Ce sera bon probablement pour les lecteurs toujours satisfaits de Libération et autres remplisseurs de crânes préhominiens par la même soupe...
chegadiot
- 26/04/2016 - 11:01
Fatigue des yeux et du cerveau
Pour ma part, j'utilise ADBlock pour une raison principale: beaucoup de sites (dont d'ailleurs Atlantico) affichent les pubs en plein milieu du texte que l'on lit, de manière hachée et pub après pub: il y a de quoi nous rendre épileptique!