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Pourquoi la grande peur des robots et de l'intelligence artificielle n'a pas lieu d'être
Publié le 04 janvier 2016
Des scientifiques et entrepreneurs de renom tels que Stephen Hawking ou Elon Musk se sont largement exprimés en 2015 pour prévenir les sociétés sur les éventuels dangers de l'intelligence artificielle. Des déclarations qui paraissent prématurées au regard des résultats visibles en la matière.
Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) où il enseigne principalement l'informatique, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives. Il poursuit des recherches au sein du LIP6, dans le...
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Jean-Gabriel Ganascia
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Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) où il enseigne principalement l'informatique, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives. Il poursuit des recherches au sein du LIP6, dans le...
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Des scientifiques et entrepreneurs de renom tels que Stephen Hawking ou Elon Musk se sont largement exprimés en 2015 pour prévenir les sociétés sur les éventuels dangers de l'intelligence artificielle. Des déclarations qui paraissent prématurées au regard des résultats visibles en la matière.

Atlantico : Elon Musk et Stephen Hawking ont-ils raison de s'inquiéter de la menace que l'intelligence artificielle pourrait représenter pour l'homme ?

Jean-Gabriel Ganascia : Durant l’année 2015, des personnalités célèbres du monde industriel, telles Elon Musk, Steve Wozniak ou Bill Gates, et d’autres du monde intellectuel, comme Stephen Hawking ou Noam Chomsky, firent à plusieurs reprises part au public de leurs inquiétudes pour l’avenir. Selon eux, les développements de l’intelligence artificielle font courir un risque imminent à l’humanité, car l’accroissement des performances des ordinateurs conjugué à leurs capacités d’apprentissage les dotera, sous peu, d’une autonomie difficile à maîtriser. Certains vont même jusqu’à affirmer qu’ils possèderont bientôt une intelligence supérieure à celle de l’Homme et nous dépasseront. A l’appui de leurs dires, ils mentionnent les armes autonomes qui sélectionneront leurs cibles et engageront le tir sans intervention humaine ou les véhicules sans conducteur que Google expérimente dès à présent, ou encore les robots qui se déploient de plus en plus massivement et remplacent les hommes. Notons enfin que des chercheurs en intelligence artificielle comme Stuart Russel ou Ray Kurzweil s’associèrent à ces déclarations, leur donnant plus de poids encore. Or, l’analyse détaillée des arguments invoqués pour justifier ces craintes n’a rien de convaincant. En dépit de l’autorité de ceux qui se livrent à ces déclarations fracassantes, rien ne permet d’anticiper une catastrophe de cet ordre. L’idée selon laquelle les machines menaceraient les hommes du fait de leur intelligence ne repose sur aucun fondement tangible. En effet, la conscience ne se réduit pas à un calcul, fût-il prodigieusement rapide, et l’intelligence des machines n’a de sens que pour les hommes qui les regardent fonctionner. Bref, même si les machines accomplissent des tâches plus rapidement et mieux que nous, comme compter, raisonner, multiplier ou établir des corrélations, elles n’en demeurent pas moins soumises à des finalités que nous leur avons fixées.

Comment expliquer que ces personnalités publiques s'expriment ainsi sur le développement de l'intelligence artificielle ? Pourquoi s'alarment-ils publiquement du phénomène ?

On trouve trois motivations chez ces personnalités. La première tient à la part grandissante que prendra l’intelligence artificielle dans le monde numérique qui advient et aux conséquences que cela aura pour les hommes et la société. Que ceux qui maîtrisent la technologie s’en inquiètent et qu’ils souhaitent en anticiper les effets néfastes apparaît à la fois légitime et justifié. Mais, derrière, se glissent deux autres motivations, plus discutables. L’une tient à la croyance dans la toute puissance de la technologie : les chefs des grandes entreprises du numérique et certains chercheurs nous assurent que tout devient possible, jusqu’à la suppression la mort… et l’acquisition de l’immortalité. L’autre motivation d’ordre politique en découle : ceux-là mêmes qui affirment la toute puissance de la technologie nous disent que, puisqu’elle transforme tout, pour le meilleur et pour le pire, on doit attribuer le pouvoir à ceux qui la connaissent, car eux seuls sont en mesure de la maîtriser. Cette proposition apparaît pour le moins inquiétante, car elle vient substituer une domination technologique aux institutions démocratiques. Nous constatons déjà que les grandes sociétés de l’internet prétendent assurer à moindre coût ce qui relevait des prérogatives régaliennes des Etats comme battre monnaie, éduquer, soigner, etc. A titre d’illustration, rappelons l’accord passé par l’Etat français et le ministère de l’éducation nationale avec la société Microsoft le 30 novembre dernier pour en faire un acteur majeur de la transformation numérique à l’école. Mais, cette volonté hégémonique ne s’arrête pas là. Les récentes déclarations d’Elon Musk sur son initiative OpenAI montrent qu’il n’y a plus aucun frein à ce projet de domination.

En  1997 le champion du monde d'échec Gary Kasparov a été battu par un ordinateur, pour la première fois une machine triomphait sur un être humain à ce jeu purement intellectuel. Sans constituer une menace directe pour l'espèce humaine, dans quels secteurs les robots dotés d'intelligence artificielle risquent ils de devenir de sérieux concurrents pour l'être humain ?

La réponse apparaît simple : partout ! Dans tous les secteurs, ou presque, les robots (ou les "bots", c’est-à-dire les robots logiciels) dotés d’intelligence artificielle risquent de concurrencer les hommes ou, tout au moins, de changer leurs façons d’exercer leurs métiers. En effet, dès qu’une tâche est bien définie, il semble qu’on puisse l’automatiser, ce qui modifie la manière de travailler. A ce titre, nous avons vu, durant l’année 2015, les questions sociales que posait l’évolution de l’activité des chauffeurs de taxi, avec la société Uber qui modifie la relation qu’ils entretiennent avec leurs clients. Cette évolution est telle que l’on serait tenté de renverser la question et de se demander quels secteurs de l’activité humaine demeureront indemnes. Certains pensent que là où le lien humain demeure fort, comme avec les médecins, l’homme subsistera. On sait pourtant, depuis Paul Valéry et ses réflexions sur le monde actuel, qu’avec l’automatisation des analyses médicales, le rang du médecin s’est trouvé transformé, puisqu’il y a perdu son "aura" magique en devenant un simple exécutant…

Où en est la France en matière d'intelligence artificielle ? Le développement de ces nouvelles technologies peut il au contraire constituer une opportunité ?

En France, comme dans beaucoup de pays développés, d’excellents mathématiciens et ingénieurs travaillent dans le secteur de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage machine. La France possédant une tradition solide à la fois en mathématique et dans le domaine de l’ingénierie, elle a formé des cadres dans les secteurs d’activités des technologies du numérique. Cela a constitué des opportunités d’emploi pour certaines personnalités talentueuses. De même des sociétés privées comme Criteo ou Parrot nées en France ont acquis une dimension internationale. Ceci étant, les plus grandes sociétés comme Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft sont américaines et les sociétés française ont un part très faible dans l’économie mondiale du numérique. De plus, les évolutions du système éducatif français, de l’école primaire à l’enseignement supérieur, avec toutes les contraintes qu’elles imposent, ne semblent pas préparer notre pays à affronter les enjeux du futur dans ce secteur. Enfin, les visions étatiques du numérique telles qu’elles se manifestent dans le projet de loi sur le numérique augurent très mal des évolutions à venir, car cette dernière apparaît déjà dépassée par la réalité technologique avant même d’être votée.

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