En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
© D.R.
Repentance

Drame du 17 octobre 1961 : combien de morts réellement ?

Publié le 17 octobre 2012
François Hollande a déclaré mercredi 17 octobre que "la République reconnaît avec lucidité" la répression "sanglante" de la manifestation d'Algériens à Paris le 17 octobre 1961.
Jean-Paul Brunet est Professeur émérite à l’Université Paris-IV et ancien directeur du Département d’Histoire de l’Ecole normale supérieure. Il a écrit Police contre FLN, le drame d'octobre 1961 (Flammarion - 1999)
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Pierre Brunet
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Paul Brunet est Professeur émérite à l’Université Paris-IV et ancien directeur du Département d’Histoire de l’Ecole normale supérieure. Il a écrit Police contre FLN, le drame d'octobre 1961 (Flammarion - 1999)
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
François Hollande a déclaré mercredi 17 octobre que "la République reconnaît avec lucidité" la répression "sanglante" de la manifestation d'Algériens à Paris le 17 octobre 1961.

Article publié initialement le 17 octobre 2011

Tous les auteurs qui ont écrit sur le 17 octobre s’accordent sur un point capital : l’ampleur et la violence de la répression policière. Le livre que j’ai consacré à ce drame en 1999 atteste amplement cette sauvagerie1. J’ai insisté sur « l’engrenage infernal » qui s’était mis en place : victimes d’attentats quasi permanents de la part du FLN (47 tués, 140 blessés en total cumulé), les policiers parisiens, gangrenés par le racisme, ne faisaient plus de distinction entre Nord-Africains et FLN. Ils crurent tenir leur vengeance le 17 octobre 1961. Ce soir-là, la Fédération de France du FLN avait ordonné à tous les Algériens de la région parisienne de descendre dans la rue pour manifester de façon pacifique leur opposition au couvre-feu que le préfet de police Maurice Papon venait de décréter à l’égard des Nord-Africains. Inadmissible en droit, ce couvre-feu avait pour but de priver le FLN d’oxygène, ainsi que de mettre un terme aux assassinats répétés qu’il commettait à l’encontre des Algériens qui refusaient sa tutelle.

Combien y a-t-il eu de morts ? 30 ou 300 ?

Les controverses portent essentiellement sur le nombre de morts. Les chiffres souvent cités de 200 ou 300 morts ne reposent sur aucun fondement. Les listes avancées par Jean-Luc Einaudi sont fantaisistes et concernent en majorité des décès survenus avant le 17 octobre. Le livre de House et Macmasters2, qui se fonde sur les registres de l’Institut médico-légal, évoque une fourchette de 108 à 121 morts, eux aussi survenus pour l’essentiel avant le 17 octobre. Si l’on se limite à la répression des manifestations des 17 et 18 octobre, je suis parvenu, et sans avoir été démenti par aucune nouvelle étude, à une évaluation de plusieurs dizaines (de 30 à 50, en comptant large3). Sur l’ensemble des mois de septembre et octobre 1961, 140 cadavres de Nord-Africains ont été enregistrés à l’Institut médico-légal. Comment apprécier les causes de leur mort ? A cet égard il est indispensable de se référer à une source capitale, d’ampleur considérable et qu’aucun autre chercheur n’a entrepris de consulter, fût-ce par sondage et pour vérifier mes dires. Il s’agit des procédures judiciaires qui sont ouvertes après toute mort suspecte ou toute tentative d’homicide4.

En faisant mon travail d’historien, c’est-à-dire en effectuant la critique méthodique de cette source (j’y ai trouvé et j’ai souligné des cas de partialité patente), il m’a semblé certain que de nombreux cadavres de Nord-Africains, parmi les 140 dont il est question, n’ont aucun rapport avec la police parisienne. Certains sont ceux de harkis ou d’anciens harkis, de membres ou d’anciens membres du Mouvement national algérien, de « traîtres » divers refusant d’obéir aux directives du FLN : anciens combattants de l’armée française, maris de métropolitaines refusant de le rejoindre ; Algériens refusant de payer la capitation mensuelle exigée par le Front ; Algériens rétifs à la loi coranique, par exemple s’adonnant à la boisson et refusant de s’amender, ou faisant appel aux tribunaux français pour régler un litige, etc. Tout cela, je l’ai longuement écrit et argumenté, sans le moindre démenti. L’histoire ne peut se construire qu’avec méthode et sans a priori ni souci des sollicitations extérieures.

______________________________________________

1 Police contre FLN. Le drame d’octobre 1961, Flammarion, 1999. Dans Charonne. Lumières sur une tragédie, Flammarion, 2003, j’ai consacré les deux premiers chapitres à faire le point sur ce sujet.

2 Paris 1961. Les Algériens, la terreur d’Etat et la mémoire, Tallandier, 2008.

3 A l’issue d’une analyse nominale, je distingue 13 cas « certains ou quasi-certains » de décès dus à la répression policière (dont plusieurs blessés décédés par la suite), 8 cas vraisemblables et 4 probables – d’autres décès sont à attribuer à la « violence périphérique », due à des policiers ou à des civils, et qui a largement débordé le « 17 octobre ».

4 Les originaux de cette source devraient se trouver aux Archives du ministère de la Justice. Ce sont leurs doubles qui ont été conservés quai des Orfèvres et versés aux APP en 2004.

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Laeticia Hallyday boit dans la mer (mais pas la tasse) ; Voici trouve Macron très beau en maillot, Point de Vue trouve Brigitte mirifique ; Tout sur le mariage de Jenifer sauf des photos ; Crise de libido royale pour William et Kate

02.

Seniors : cette méthode qui vous permet de profiter pleinement de votre retraite

03.

Tempête dans les bénitiers : qui de Salvini ou du pape est le plus catholique ?

04.

Arrêt de l’enquête dans les maternités de Fukushima : un non-lieu sanitaire pour le nucléaire ?

05.

Pourquoi vous devriez éviter le régime keto

06.

Le G7 du blabla politico-diplomatique qui ne sert à rien, sauf à permettre aux dirigeants de se parler et ça, c’est primordial

07.

Incendie en Amazonie : on vient d’inventer la politique magique !

01.

Le "geek" au service des "noobs"

02.

Difficile de remplacer l'ISF

01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

Crise de foie, 5 fruits et légumes : petit inventaire de ces fausses idées reçues en nutrition

03.

​Présidentielles 2022 : une Arabe à la tête de la France, ça aurait de la gueule, non ?

04.

Pourquoi vous devriez éviter le régime keto

05.

Manger du pain fait grossir : petit inventaire de ces contre-vérités en médecine et santé

06.

Jean-Bernard Lévy, celui qui doit faire d’EDF le champion du monde de l’énergie propre et renouvelable après un siècle d’histoire

01.

La guerre de France aura-t-elle lieu ?

02.

Ces quatre pièges qui pourraient bien perturber la rentrée d'Emmanuel Macron (et la botte secrète du Président)

03.

Record de distribution des dividendes : ces grossières erreurs d'interprétation qui expliquent la levée de bouclier

04.

Rencontres diplomatiques : Boris Johnson pourrait-il profiter du désaccord entre Paris et Berlin sur le Brexit ?

05.

G7 à Biarritz : ces inégalités croissantes dans les pays occidentaux dont les progressistes ne veulent pas entendre parler

06.

Un été tranquille ? Pourquoi Emmanuel Macron ne devrait pas se fier à ce (relatif) calme apparent

Commentaires (70)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
ISABLEUE
- 18/10/2012 - 15:58
Au fait, combien ça va nous couter, car tel est bien le sujet
il va falloir payer des euros sonnants et trébuchants !!!!
ZOEDUBATO
- 18/10/2012 - 14:25
Le "tout politique" de gauche est une insulte à l'humanisme
La gauche se veut idéologie universelle tenante du sens de l’histoire et de l’éthique mais soutient différents courants de pensée qui utilisent la malhonnêteté intellectuelle, la violence, les crimes contre l’humanité, les attentats, les meurtres grâce à des intellectuels de salon de thé manipulateurs qui se transforment si facilement en tortionnaire. Elle n’est en réalité qu'un fascisme de gauche
Et pourtant ce sont ces gens qui insultent les forces républicaines
L’armée a perdu 8 hommes pour sauver M.GHESQUIERE qui n’a rien écouté croyant tout connaître et, comme seul remerciement, il a fait un pamphlet
Les forces républicaines sont souvent intervenues pour maintenir l’Etat de droit contre les milices privées des partis et syndicats de gauche
Nous ne voulons pas d’un Etat, d’une justice et une police politisés alors "REVEILLONS NOUS" et rendons, chaque fois que possible, un hommage solennelle à l’armée, à la police et à la gendarmerie dont les soldats de la paix et de la légalité exercent dans l’honneur et sans haine leurs métiers en professionnelles.
Ils sont notre défense de la démocratie et des droits de l’homme contre une politisation à outrance
Ours blanc
- 18/10/2012 - 14:18
Gouverner, c'est prévoir
A ce titre, on peut estimer que M. Hollande est un très bon gouvernant puisque, faisant fi de l'histoire et de la dignité nationale, il flatte son électorat. Gageons qu'il puisera -encore- dans le vivier des "français" de fraîche date les voix qui, en 2017, le reconduiront pour cinq années à la tête de notre grande Nation repentante.
Paris vaut bien une messe, disait Henri... Voire d'offrir son séant, pourrait bien ajouter François.