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Décryptage de la guerre de succession à l'UMP.
L'histoire sans fin...
Danse avec les loups : Copé-Fillon, les appréciations techniques du jury
Publié le 29 novembre 2012
Après l'échec de l'intervention de Nicolas Sarkozy, mardi, la guerre de succession qui oppose Jean-François Copé et François Fillon depuis plus de 10 jours continue. Retour sur un match musclé qui n'a pas encore complètement livré son verdict.
 Didier Heiderich est consultant en gestion de crise et communication sensible Il est également président de l'Observatoire International des Crises. Son dernier ouvrage Plan de gestion de crise a été publié par Dunod en 2010. Jean-Luc Mano est...
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 Didier Heiderich est consultant en gestion de crise et communication sensible Il est également président de l'Observatoire International des Crises. Son dernier ouvrage Plan de gestion de crise a été publié par Dunod en 2010. Jean-Luc Mano est...
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Après l'échec de l'intervention de Nicolas Sarkozy, mardi, la guerre de succession qui oppose Jean-François Copé et François Fillon depuis plus de 10 jours continue. Retour sur un match musclé qui n'a pas encore complètement livré son verdict.

Copé, plus pugnace, remporte la première manche

23H30 : Jean-François Copé annonce sa victoire

23H40 : François Fillon annonce sa victoire

  • Le soir de l'élection, le score s'annonce serré et les deux candidats crient victoire sans attendre la proclamation des résultats. C'est Jean-François Copé qui s'exprime le premier. Une pugnacité qui lui permet de prendre la main sur son adversaire, mais qui par la suite va se retourner contre lui.


Jean-Luc Mano : Le dimanche soir, c'est Jean-François Copé qui s'en est le mieux sortie. Il déclare :  "J’ai été élu, j’ai gagné" sans attendre la décision de la COCOE qui elle ne rendra son verdict que 30h plus tard. Dans une logique d’épreuve de force, Copé est meilleur. Mais cette force dans l’immédiateté va l’affaiblir par la suite...


Natalie Maroun : Dans ce genre de situation, c'est le premier qui prend la parole  qui gagne. Lorsqu'il s'est exprimé, François Fillon avait déjà l'étiquette du perdant. Il partait avec une étape de retard. Par ailleurs, Jean-François Copé avait peut-être parié sur la résignation de l'ancien Premier ministre. Tous les deux n'imaginaient pas les rebondissements qui allaient suivre.

Didier Heiderich : Du point de vue de la communication de crise, annoncer les résultats prématurément est une erreur. Dans ce type de situation, on ne communique que lorsqu'on a des certitudes. On ne prend pas le risque d'être déjugé par les faits et de devoir se contredire. Jean-François Copé a fait un pari. En matière de communication politique, c'est plutôt une réussite. Mais en matière de communication de crise, on évite traditionnellement de faire des paris. D'autant plus que comme on va le voir par la suite, le pari va se retourner contre lui.

 

 Le coup bas de François Fillon 

  • Lundi 19 novembre, 22H40 : La Cocoe proclame Jean-François Copé vainqueur avec 50,03% des voix. François Fillon prend acte de sa défaite, mais jette le soupçon sur la victoire de Jean-François Copé et dénonce une « fracture morale et politique » au sein de l'UMP.  L'ancien Premier ministre est-il fair-play ou mauvais perdant ?  En tout cas, toujours ambitieux, il n'a renoncé à rien et prend déjà date pour 2017.


Natalie Maroun : François Fillon accepte sa défaite, mais dénonce "une fracture morale et politique". Cette petite phrase annonce la suite de son engagement au sein de l'UMP. Il se présente à la fois comme un futur opposant féroce à la présidence de Jean-François Copé et comme quelqu'un de sage qui en acceptant de se retirer ne veut pas nuire à son parti. François Fillon prépare déjà l'échéance des primaires de 2016, sans imaginer les rebondissements qui vont suivre : l'oubli de trois fédérations dans le décompte de la Cocoe. 

Didier Heiderich : D' un point de vue de communication de crise, François Fillon n'agit pas de manière "corporate". Sa phrase sur "la fracture morale et politique" est très lourde et très calculée. C'est une manière de se mettre du côté de la "morale" et de la "responsabilité politique" tandis que son adversaire serait "immoral" et "irresponsable politiquement"...

Jean-Luc Mano : On ne peut pas reprocher à François Fillon sa communication en vertu des éléments qu’on va connaître 24h plus tard… Quand il parle de "fracture morale et politique", la phrase est très dure mais pas complètement fausse et elle donne une indication politique sur le vote. L'ancien Premier ministre livre simplement une lecture politique du vote. Au moment où il fait cette déclaration, il y a 80 voix d’écart : dire qu’il y a une fracture c’est évident, c’est presque enfoncer une porte ouverte, il verbalise un non-dit. La situation sera différente lorsqu'il il parlera de "mafia".

 

 L'arbitre Alain Juppé

  • Mercredi 21 novembre :  Le camp Fillon revendique de nouveau la victoire et dénonce l’oubli de trois fédérations dans le décompte de la Cocoe. Un rebondissement qui bouleverse la donne. François Fillon annonce qu'il renonce à la présidence de l'UMP pour mieux entraîner Jean-François Copé dans sa chute et en appelle à Alain Jupé comme juge de paix . Mais ce dernier fait-il vraiment le poids pour arbitrer un combat où tous les coups sont désormais permis ? 

 

Jean-Luc Mano : Jusqu’au 21 novembre, les deux première séquences donnaient un avantage à Jean-François Copé, mais ce jour-là, il y a l’affaire de la Cocoe, cet organisme dont tout le monde rit et qui porte un nom ridicule. Cela n'aide pas quand un parti a deux commissions dont l’une est appelée Cocoe et l’autre Conare…

A ce moment là, il y a un premier mort, le président de la Cocoe. François Fillon en profite pour reprendre l’avantage. Pour cela, il utilise un élément patent et concret :  les voix non comptabilisées. Il marque un point car les militants et les Français qui l’écoutent se disent que ce n’est pas possible de proclamer un résultat en oubliant 1 300 bulletins de vote. En faisant appel à l'avis du "sage" Alain Juppé,  François Fillon va également rebattre les cartes.

Natalie Maroun : L'oubli de trois fédérations dans le décompte des voix apparaît comme un rebondissement invraisemblable et une faillite du parti pour les militants. Le recours à Alain Juppé est plutôt judicieux. Il est au-dessus de la mêlée et n'a jamais pris parti depuis le début. François Fillon renonce à ce moment là à diriger un parti ingérable. Il a compris que le gagnant n'est pas forcément celui qui emportera la présidence car le parti est déjà fracturé.

Didier Heiderich : En demandant la médiation d'Alain Juppé, l'ancien Premier ministre pointe Jean-François Copé comme responsable de la situation. Mais, il opère aussi un transfert d'autorité et de responsabilité vers Alain Juppé avec le risque que celui-ci s'impose finalement comme le futur présidentiable de l'UMP.

 

Quand le combat vire au pugilat...

  • Dimanche 25 novembre, 19H45 : Les observateurs fillonistes quittent la commission des recours. La médiation Juppé est un échec et François Fillon annonce qu’il va saisir la justice. En homme d'appareil  et en bon tacticien, le Premier ministre de Nicolas Sarkozy a l'habileté de se réfugier une nouvelle fois derrière l'autorité d'Alain Juppé. Une autorité toute relative à laquelle Jean-François Copé refuse, lui, de se plier ... Quitte à passer pour le fauteur de trouble.    


Jean-Luc Mano : C’est un phase effroyable pour les deux concurrents, les gens ont envie d’en prendre un pour taper sur l’autre. Alain Juppé va donner l’avantage à Fillon en affirmant que les conditions de la médiation ont été acceptées par l'ancien Premier ministre, mais pas par Copé. Juppé rend ainsi Copé responsable de l’échec de la médiation voulue par 80% des militants. On est face ici à une sorte de logique de com' : le juge est au dessus. Celui qui récuse le juge, comme Jean-François Copé, ne prend donc pas les points.

Natalie Maroun : Alain Juppé se montre clairvoyant en annonçant son échec dès le dimanche matin. Dès ce moment là, l'UMP prépare l'arrivée d'un sauveur extérieur au parti. L'entrée en scène de Nicolas Sarkozy se précise. La tactique de Jean-François Copé qui se réfère en permanence aux statuts de l'UMP est contre-productive car, en tant que secrétaire général de l'UMP, il apparaît comme juge et parti. Au yeux de l'opinion, il défend un système totalement partial. François Fillon en appelle lui à la justice et se place dans la position de celui qui n'a rien a cacher. Il sous-entend ainsi : "s'il y a un fraudeur, ce n'est pas moi "

Didier Heiderich : Dans une organisation classique, entreprise ou autre, un conflit de personne comme celui-ci serait réglé par le renvoi de l'un des deux protagonistes. La tactique de Jean-François Copé, qui consiste à se référer toujours à la même ligne de conduite, serait plutôt conseillée. En politique, ce n'est pas forcément payant. Lorsque François Fillon menace d'aller en justice, c'est de la pure communication car il sait que les délais de la justice sont tels que la procédure n'aboutira pas à temps. Il marque avant tout sa volonté de rupture. 

 

 Nicolas Sarkozy va-t-il siffler la fin du match ? 

  • Mardi 27 novembre :  bien que la commission des recours confirme la victoire de Jean-François Copé, François Fillon annonce qu’il va créer un nouveau groupe à l’Assemblée nationale : Rassemblement-UMP. C'est le moment que Nicolas Sarkozy choisit pour entrer en scène et proposer un référendum sur un nouveau vote. L'ancien président de la République s'inspire de François Mitterrand pour réconcilier deux adversaires qui ne sont plus maitres du jeu.


Jean-Luc Mano : Il y a toujours un risque à intervenir au milieu d’un ring de boxe : la possibilité de prendre des coups. Mais, Nicolas Sarkozy ne peut pas faire autrement. Si, certains vont lui reprocher, à l’extérieur de l’UMP, de se mêler de ce qui ne le regarde pas, les militants UMP ne pouvaient pas comprendre qu’il se taise plus longtemps. Il existe une attente des gens qui le soutiennent, du parti qu’il a dirigé.

L'idée du référendum est maline : Nicolas Sarkozy est le premier à trouver une possible issue, jusqu’à maintenant tout était absolument bloqué.  Le « référendum sur le referendum » c’est une invention de François Mitterrand. C’est cette idée qui permet la sortie de la crise sur l’école privée et l’école libre. Mitterrand intervient à la télévision et dit «  il n’y a qu’une solution : faire un referendum sur l’école. Mais la constitution ne permet pas de faire un referendum sur les questions de société, je vais donc faire un référendum sur le référendum ». Sarkozy s’inspire de ça car il avait trouvé ce moment de Mitterrand formidable.

Natalie Maroun : L'arrivée de Nicolas Sarkozy était attendue et inévitable. L'ancien président de la République a réussi à garder un groupe solidaire derrière lui en dépit de sa défaite. Il y a une vraie mise en scène dans son retour. On commence à parler de lui au moment où il est à Shanghai . Ce n'est pas anodin. Cela dramatise son entrée en scène et lui permet d'endosser le costume du sauveur. On retrouve les codes qui étaient ceux de sa présidence. Il en sort avec une image beaucoup plus dynamique que celle de François Fillon et Jean-François Copé, qui eux, s'enlisent.

Didier Heiderich : En matière de communication de crise, l'entrée en scène de Nicolas Sarkozy est un risque. Le danger, pour lui, est d'échouer et de ne pas être à la hauteur de la situation. Après avoir été, dans un premier temps, le grand vainqueur du match Copé/Fillon, il pourrait lui aussi ressortir blessé de la bataille.

Propos recueillis par Célia Coste et Alexandre Devecchio

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Imragen
- 01/12/2012 - 08:52
Drôle d'oiseau
L'aigle de Meaux a pris son envol.
Au bout d'un moment on a vu que ce n'était qu'un fau-con.
Maintenant on se demande si c'en n'est pas un vrai.
Gégé Foufou
- 30/11/2012 - 09:15
Revez pas
M. Sarkozy ne reviendra pas
Car quand on a été Président de la République Française on ne revient pas pour faire le ménage dans les écuries d'Augias d'un parti déchiré entre souverainistes et européistes.
pauledesbaux
- 30/11/2012 - 08:57
marine, marine marine.......
nous ne sommes pas concernés par la comédia del'arte de l'umps,rump e tutti quanti NOUS AVONS MARINE eux ne considèrent que leur nombril alors que LA FRANCE aurait un besoin urgent de tetes bien faites en tous cas ils sont lamentables les uns et les autres si MARINE n'était pas là je déchirerais même ma carte d'électrice (pour ne pas que d'autres puissent voter à ma place AVIS)