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Le Crédit Agricole a annoncé une perte d'environ trois milliards d'euros au troisième trimestre 2012.
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Les banques françaises à la merci d’une fuite des capitaux
Publié le 19 novembre 2012
Les banques françaises sont très bien gérées : cette vérité officielle longtemps véhiculée par les économistes est aujourd'hui mise à mal par les faits. Le Crédit Agricole a annoncé une perte abyssale de près de 3 milliards d’euros au troisième trimestre 2012.
Éric Verhaeghe est l'ancien Président de l'APEC (l'Association pour l'emploi des cadres) et auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et...
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Éric Verhaeghe
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Les banques françaises sont très bien gérées : cette vérité officielle longtemps véhiculée par les économistes est aujourd'hui mise à mal par les faits. Le Crédit Agricole a annoncé une perte abyssale de près de 3 milliards d’euros au troisième trimestre 2012.

Bien sûr, il y a les vérités officielles sur les banques françaises : elles sont très bien gérées, elles n’ont jamais joué au poker comme les banques américaines, etc. Vérités distillées par de brillants économistes comme Christian Saint-Etienne, ancien membre du Conseil d’Analyse Economique, professeur au CNAM et... Ancien salarié du Crédit Agricole. Tous ces experts parés de titres universitaires d’autant plus ronflants que leurs conflits d’intérêt avec les banques étaient criants nous ont seriné pendant des années un «dormez tranquilles bonnes gens !» qui se lézarde de toutes parts.

D’abord parce que les banques boivent abondamment le bouillon, à commencer par la plus sociale et la plus mutualiste d’entre elles : le Crédit Agricole. Ce groupe exemplaire a annoncé, au troisième trimestre de 2012 une perte abyssale de près de 3 milliards d’euros qui semble alerter nos beaux experts économiques comme l’averse sur la plume du canard : ça glisse, comme si de rien n’était. 3 milliards de pertes pour une seule entreprise, c’est quand même l’équivalent d’environ 10% de l’impôt sur les sociétés dans une année fiscale française.

Les nouvelles qui circulent ne sont d’ailleurs guère réjouissantes pour la banque verte. Après une méchante déroute en Grèce, c’est au tour de l’Italie de plomber les comptes de la banque : 572 millions de provisions ont été passés au troisième trimestre pour éponger des pertes dues à la filiale de crédit à la consommation Agos. Voilà qui nous annonce de beaux jours.

À ces mauvaises nouvelles, il faut ajouter la déprime du marché français de la banque de détail, qui risque de mettre tout le monde en difficulté. À la Société Générale, les commissions financières s’effondreraient de 15,5%. Toutes les banques françaises sont frappées à des degrés divers, et la rumeur sur des fermetures d’agences commence à prendre corps.

Mais au fond, tout cela n’est rien, en comparaison des barils de poudre sur lesquels nos irréprochables banquiers nous ont assis.

D’une manière générale, les banques françaises sont devenues, par l’effondrement de leur capitalisation boursière, les championnes du monde incontestables de l’imprudence. Pour le mesurer, il faut entrer un minimum dans la technique bancaire et passer en revue la proportion des engagements financiers de nos banques par rapport à leurs fonds propres, autrement dit le ratio liability-equity que les financiers adorent analyser.

Selon les principes énoncés à une époque par les financiers américains, Alan Greenspan en tête, cette proportion ne pouvait excéder 10. Autrement dit, une banque ne doit pas avoir un passif, des liabilities comme disent les anglo-saxons, plus de dix fois supérieurs à ses fonds propres. Dans le cas contraire, elle est réputée prendre des positions imprudentes, avec des engagements qui vont bien au-delà de sa capacité à y faire face. D’une certaine façon, au-delà d’un passif dix fois supérieur à ses fonds propres, la banque n’a plus les reins assez solides pour résister à un incident de marché.

Ce ratio, appelé leverage par les financiers, est une sorte de liquide iodé que l’on boit avant les IRM : il permet de mettre en surbrillance les tumeurs cachées. Dans le cas de Lehman Brothers, par exemple, le leverage, au moment de la faillite, était de 32. Autrement dit, Lehman Brothers avait contracté des engagements financiers 32 fois supérieurs à sa capacité réelle de remboursement.

Quel est le leverage des banques françaises aujourd’hui?

Au troisième trimestre, il est de 23 pour la Caisse d’Epargne (groupe BPCE), 24 pour la BNP, 29 pour la Société Générale, et... 43 pour le Crédit Agricole. Mon Dieu ! Quel vilain chiffre pour nos bons paysans qui aiment dormir sur leurs deux oreilles, les reins bien calés sur leur matelas de liquidités. Comme qui dirait, cette dérive prudentielle de nos banques est un peu anxiogène.

Mais, me dira-t-on, comme l’a très bien dit notre président de la République, la crise de l’euro est presque finie, les nuages s’éloignent, la France a obtenu un pacte de croissance, et notre économie a même progressé au troisième trimestre. Quel pourrait donc être l’incident qui mettrait nos banques en difficulté?

Nul ne peut prédire l’avenir. En revanche, quelques grains de sable pourraient méchamment se glisser dans le ronron de la machine médiatique à lessiver les esprits français.

Le premier grain de sable pourrait s’appeler la fuite des capitaux.

Ce phénomène a déjà accablé cette année l’Italie et l’Espagne, à tel point que les FMI s’en est fortement inquiété en octobre. L’Espagne a ainsi perdu près de 300 milliards et l’Italie près de 250. En quittant les banques locales, ces capitaux diminuent les actifs bancaires... Et obligent donc les banques à réduire leurs passifs.

Cette situation délicate pourrait-elle toucher la France? Il y a ici à nouveau deux lignes possibles.

La première consiste à dire que la politique fiscale n’a pas d’impact sur l’épargne. Donc, en annonçant des prélèvements sur les plus riches, le gouvernement ne prend pas le risque de voir ceux-ci s’exiler dans des pays où ils se trouveront bien dans le collimateur d’Etats en difficulté de remboursement de leur dette. Cette vision angélique a encore valeur de parole officielle, et lorsqu’une vedette de cinéma annonce qu’elle achète une bicoque juste au-delà de la frontière belge, il n’est pas autorisé de dire que la fuite des capitaux à commencer.

La seconde ligne consiste à déjeuner à une table de banquiers, pour écouter sans sourciller les conversations des gens du métier. Là, vous vous régalerez des sourires hilares sur les épargnants français qui s’envolent comme des cigognes alsaciennes à l’approche de l’hiver. De mémoire de financier, il semblerait que la migration saisonnière n’ait jamais pris une telle ampleur.

Concrètement? Des banques en risque, des actifs qui se réduisent: immanquablement, cela signifie une baisse drastique des crédits dans les moins à venir, et un tremblement systémique qui hante les cauchemars des analystes. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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celasepasseenfrance
- 20/11/2012 - 23:28
@copélia
"Concernant la solidité des banques françaises (et les autres)", voici un article qui date du 13/09/2011 (ne pas oubler le krash boursier du 18 août 2011 qui a entraîné la notion de "banqueroute" des banques)
http://www.arte.tv/fr/les-banques-en-route-vers-la-banqueroute/4138462,CmC=4140596.html
celasepasseenfrance
- 20/11/2012 - 23:02
@Copélia
"Aujourd'hui les banques françaises sont elles en capacité de payer les assurance-vie déposées chez elles?" Réponse sur cette video à lire jusqu'à la fin
http://leblogalupus.com/2012/10/28/crise-de-la-dette-mon-epargne-en-danger-debat-delamarche-herlin-lecoq-vallon-feron-poloni/
vspatrick
- 20/11/2012 - 21:23
Le problème c'est que l'on......
nous raconte n'importe quoi à longueur de journée, un président qui vous dit que la crise est derrière. Des chiffres manipulés et invérifiables , dans un monde ou les produits financiers s'imbriquent et deviennent de plus en plus abscons. Une monnaie qui n'est basée sur rien. Des banquiers plus intéressés à spéculer que de prêter de l'argent............

Ca va mal se finir tout ça.