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Le 18e congrès du PCC, qui doit renouveler les plus hauts dirigeants au pouvoir, durera sept jours, du 8 au 14 novembre.
Changement à l'Est
La Chine face à une transition en trompe-l'œil : la clique de Shanghai prend la main sur les communistes des provinces intérieures
Publié le 08 novembre 2012
Le 18e congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui doit renouveler les plus hauts dirigeants au pouvoir, débute ce jeudi.
Michel Aglietta est professeur de sciences économiques à l'université de Paris Ouest Nanterre et conseiller scientifique au CEPII et à Groupama-Asset management.Il est le co-auteur avec Guo Bai de La voie chinoise (Odile Jacob, 2012) et de nombreux...
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Michel Aglietta est professeur de sciences économiques à l'université de Paris Ouest Nanterre et conseiller scientifique au CEPII et à Groupama-Asset management.Il est le co-auteur avec Guo Bai de La voie chinoise (Odile Jacob, 2012) et de nombreux...
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Le 18e congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui doit renouveler les plus hauts dirigeants au pouvoir, débute ce jeudi.

Alors que le monde entier  avait les yeux tournés vers l'Ouest retenant son souffle en attendant l'annonce du nouveau président des Etats-Unis, l'Est n'a pas de quoi rougir au niveau de l'actualité politique. Les dirigeants chinois se réuniront en effet jeudi à l'occasion du XVIIIème Congrès du Parti communiste lors duquel de nombreuses décisions seront prises, et le visage politique de l'Empire du Milieu transformé. En effet, la quatrième génération de dirigeants, notamment incarnée par l'actuel président Hu Jintao et le Premier ministre Wen Jiabao, laissera la place à la cinquième génération. Rien de nouveau ? Au contraire puisque ce sera la première fois que le pays sera dirigé par des hommes nés après la révolution et la création de la Chine moderne. Les hommes de cette cinquième génération se divisent en deux camps : les enfants d'officiels de l'ère de la révolution, regroupés dans "la Clique de Shanghai" qui ont pour la plupart exercé un mandat dans les provinces de la côte, poumon économique de la Chine, et qui favorisent donc des politiques qui maximisent la croissance économique acceptant de grandes disparités de richesses. Quant aux autres hommes de la cinquième génération, regroupés dans le camp "tuanpai", ils sont généralement issus des Jeunes du Parti communiste chinois et contrairement à la clique de Shanghai, ils ont généralement travaillé dans les provinces pauvres du cœur du pays et prônent donc des mesures pour favoriser ces régions et prévenir une instabilité sociale. Ainsi, le futur président Xi Jinping et son futur Premier ministre Li Kequiang appartiennent respectivement à la clique de Shanghai et au camp "tuanpai".

Mais ce n'est pas tout. De nombreux nouveaux leaders devraient en effet prendre le pouvoir. Quatorze membres du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois ou Politburo sur vingt-cinq devraient en effet changer à l'issue du Congrès du parti. Le corps décisionnel le plus important du pays, constitué par les membres du Comité permanent du Bureau politique du Comité central du PCC, devrait en grande partie être modifié. La liste élaborée par le président Hu Jintao, son prédécesseur Jiang Zemin et Xi Jinping entraîne en effet une réduction de neuf à sept du nombre de membres permanents du Politburo et sa composition devraient en être modifiée, Xi Jinping et son futur numéro deux Li Keqiang étant assurés d'en faire partie. Sur la liste figurent également l'actuel ministre des Finances Wang Qishan, le ministre de l'Information Liu Yunshan, le responsable du fonctionnement interne du parti Li Yuanchaon, l'homme à la tête de la ville de Chongqing Zhang Dejiang ou encore le chef du parti à Tianjin Zhang Gaoli.

La composition du Politburo est capitale puisque ce sont ses membres qui définissent par consensus les futures orientations politiques du pays. Le secrétaire général du Congrès devrait ainsi présenter après le bilan des cinq années passées un plan pour les cinq prochaines années. Les 2270 membres du Congrès débattront alors des lignes directrices du rapport pour arriver à une version finale et officielle qui servira de référence aux membres permanents du Politburo.

Quant aux 300 membres du Comité central, la plus haute autorité du Parti communiste chinois entre deux sessions du congrès du PCC qui nomme notamment le Politburo et le Secrétaire général du PCC, ils seront également élus à l'occasion de ce XVIIIème Congrès.


Trois questions à Michel Aglietta, économiste spécialiste de la Chine.

Atlantico : XI Jinping deviendra bientôt, à l’occasion du 18ème Congrès du Parti Communiste Chinois, le nouveau dirigeant de la seconde économie mondiale. Ce dernier vient d’annoncer il y a peu un volet de mesures pour moderniser le pays. Quel est son parcours et comment doit-on comprendre le mot réforme dans la culture chinoise ?

Michel Aglietta : Xi Jinping est issu, comme tous les dirigeants chinois, des instances du Parti Communiste et possède une longue expérience politique approuvée par le Politburo. On a beau le présenter comme un outsider détonnant des vieux cadres du PCC, il faut bien rappeler que la carrière et l’ascension politique de ce dernier est due avant tout à la bonne volonté de ces mêmes cadres, qui sont tout bonnement incontournables dans le fonctionnement politique chinoise. Toutes les décisions de gouvernance sont ainsi prises collectivement, ce qui vient immédiatement tuer le mythe de l’homme providentiel qui va à lui seul révolutionner une société sclérosée.

Ce fait est important lorsque l’on sait que les fameuses réformes annoncées par M. Xi, notamment sur le rôle de l’armée et des forces de sécurité, n’ont pu l’être qu’a la seule condition qu’elles soient jugées satisfaisantes par le reste des instances dirigeantes. On peut donc dire qu’il y a pour l’instant un certain consensus du Bureau Politique et du Comité Central sur la politique à mener dans les années à venir. Il s’agit bien sûr d’une bonne nouvelle, bien qu’il ne faille pas tomber dans une grille de lecture trop occidentale : le but n’est pas de créer une société néo-libérale qui débouchera sur une privatisation totale de la société. Les aspirations du peuple chinois sont surtout concentrées sur la corruption des représentants locaux de l’Etat ainsi que sur un certain renforcement du pouvoir central, qui incarne la seule véritable forme de représentation politique en Chine.

Sur quelle légitimité M. Xi va-t-il pouvoir s’appuyer afin de faire passer cette série de réformes audacieuses ?

Il faut rappeler que dans ce pays la légitimité vient du nombre d’appuis que l’on compte au sein du Parti. M. Xi Jinping jouit cependant en effet d’un relatif soutien du Congrès politique (2000  membres), du Bureau Politique (35 membres) et de l’ultime instance de décision qu’est le Comité Central (9 membres). A aucun moment toutefois le futur dirigent chinois ne pourra jouer la carte du peuple contre les élites en jouant d’un éventuel charisme qu’il aurait acquis auprès de l’opinion. La notion de rapport de force entre plusieurs camps politiques reposant chacun sur une partie de la population est ainsi totalement inconcevable dans la culture chinoise, et il ne faudrait pas une fois de plus calquer nos visions occidentalistes sur un sujet aussi complexe. Pour revenir au Comité Central, qui sera bientôt composé de 7 et non plus de 9 membres, on compte déjà un certain nombre de réformistes, ce qui laisse penser qu’un éventuel feu vert à un volet graduel de réformes étalées dans le temps est aujourd’hui envisageable.

Le futur n°1 espère que le parti se prononcera dès le XVIIIe Congrès en faveur d'une modernisation de ses instances, sans quoi le peuple "perdra confiance » dans le Parti. S'agit-il d'une tentative de la dernière chance pour le régime communiste chinois ?

L’actuelle grogne populaire s’explique par le fait que, récemment, certains secteurs de l’économie, comme l’industrie lourde, ont trop souvent tiré avantage de leur position avantageuse, et ce au détriment des autres secteurs ainsi que des couches les moins favorisées de la population. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le Parti suit ce phénomène de très près et avec une méfiance héritée des siècles passés : l’histoire de Chine a ainsi été constamment rythmée par des révoltes populaires contre l’Empereur, certaines ayant même réussi à renverser des dynasties puissantes.

Les pouvoirs centraux ont depuis toujours veillé au renouvellement de leurs bureaucraties, afin de s’assurer un lien direct et efficace avec le reste de la population, et le PCC actuel ne fait pas exception. Un vaste programme de renouvellement de la classe politique, basé sur l’introduction de cadres plus jeunes et mieux formés à l’économie, est ainsi en cours dans le but de renforcer l’image d’un gouvernement efficace. On peut donc dire que, malgré des errements répétés, le PCC développe désormais une certaine culture de la méritocratie qui émerge selon moi juste à temps pour rehausser l’image du Parti ainsi que sa capacité à assurer l’unité du pays. Je concluerai donc en disant que si M. Xi arrive à mettre en œuvre les promesses énoncées, le régime chinois devrait remonter la pente au lieu de continuer à s’enfoncer dans l’immobilisme.

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