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Les économies des deux pays sont tellement imbriquées qu'il est absurde de chercher à compter les imports-exports d'une rive à l'autre du Rhin
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Frictions franco-allemandes : pourquoi l'Allemagne a-t-elle besoin de la France ?

Publié le 06 novembre 2012
Annonces contradictoires, Une du quotidien allemand Bild "La France est-elle la nouvelle Grèce ?" , déclarations de Gerhard Schröder sur la politique du gouvernement français... Malgré des divergences idéologiques évidentes, la France et l'Allemagne ont encore besoin l'une de l'autre.
Isabelle Bourgeois est chargée de recherches au Centre d'Information et de Recherche sur l'Allemagne contemporaine (CIRAC) et rédactrice en chef de Regards sur l'économie allemande. Bulletin économique du CIRAC.Elle est également l'auteur de PME...
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Annonces contradictoires, Une du quotidien allemand Bild "La France est-elle la nouvelle Grèce ?" , déclarations de Gerhard Schröder sur la politique du gouvernement français... Malgré des divergences idéologiques évidentes, la France et l'Allemagne ont encore besoin l'une de l'autre.

 

Atlantico : Le journal allemand 'Bild' s'interroge "La France est-elle en train de devenir la nouvelle Grèce ?" alors que l'ex chancelier Gerhard Schröder n'hésite pas à dispenser des conseils à François Hollande. L'Allemagne a-t-elle besoin de la France ?

Isabelle Bourgeois : L'Allemagne a besoin de la France, et la France de l'Allemagne pour plusieurs raisons. Premièrement, les économies des deux pays sont tellement imbriquées l'une dans l'autre qu'il est presque absurde de chercher à compter les imports-exports d'une rive à l'autre du Rhin. Plus fondamentalement, Paris et Berlin sont les deux États qui présentent les deux modèles plus antinomiques en Europe. Tous les autres sont des sortes d'avatars, de mélanges. La France a un modèle étatique qui s'oppose à celui de l'Allemagne, ordo-libérale, c'est-à-dire qui vise sur les forces du marché et qui propose des règles pour que ce dernier fonctionne correctement. C'est l'opposition la plus pure entre deux modèles dans l'UE.

Si la France et l'Allemagne n'arrivent pas à élaborer de compromis, le chantier européen ne peut pas progresser. Ce dernier n'a réussi à avancer que lorsque les deux Etats arrivaient à s'entendre. C'est grâce à un tel mariage qu'est né l'euro. C'est une nécessité absolue, pour tous les Etats européens, que l'Allemagne et la France se mettent d'accord.

Il y a actuellement un déséquilibre avant tout économique en termes de compétitivité entre les deux pays. C'est là que le bât blesse en France. C'est pour cela que l'Allemagne a besoin que la France fasse le nécessaire pour remettre à flot sa compétitivité et mène les réformes structurelles. Plus la France attend, et plus la situation devient délicate - pour elle et, par ricochet, pour toutes les autres économies de l'UE.

Que se passerait-il pour l'Allemagne si la France était amenée à demander l'aide financière de la zone euro?

Les cultures économiques de la France et de l'Allemagne sont très différentes. Si la France est en difficulté financière croissante au point de demander à brève échéance l'aide du Mécanise européen (MES) de solidarité, les conséquences se feraient sentir pour l'Allemagne, mais aussi pour l'Europe, et au plan mondial. La France apporte à peu près un quart  du MES, l'Allemagne presque un tiers. En cas de perte de compétitivité accélélée de la France, l'Allemagne en souffrira, mais elle arrivera à se redéployer assez rapidement sur le marché mondial si le marché français ne pouvait plus absorber ses exportations. Il faudra aussi que l'Allemagne trouve où importer les biens qu'elle fait venir de France, ce qui n'est pas bon non plus pour les exportations françaises. C'est là qu'on retrouve les imbrications. C'est une relation qui va dans les deux sens. Même si la France le veut, elle est trop petite au plan mondial, pour faire bande à part. Il en est de même pour l'Allemagne. Hors de l'Europe, point de salut. Et la France semble vouloir tout faire arrêter le couple franco-allemand.

La chancelière allemande a annoncé dimanche 4 novembre lors d'un congrès de son parti que la crise de la dette allait encore se prolonger durant cinq années. Cette annonce s'oppose frontalement à celle de François Hollande, qui avait annoncé le 17 octobre dernier que la fin de la crise de la zone euro était proche. Les visions des deux pays face à la zone euro divergent-elles à ce point ?

La chancelière, en annonçant cette échéance, s'arroge une boule de cristal. Par contre elle prononce tout haut ce que tout le monde dit tout bas depuis longtemps : la crise est loin d'être terminée. Ces "cinq ans" sont peut-être une petite pique à destination de certaines échéances électorales, une sorte de retour diplomatique suite à certaines piques formulées par la France lors d'un Sommet. Mais le fond du problème est que la crise a une multitude d'origines, et que les mesures adoptées jusqu'ici n'étaient destinées qu'à certaines urgences. Il y a encore beaucoup de travail. Actuellement, le cap de la France a tout de la procrastination, et plus nous tardons à affronter les défis, plus cela devient dangereux.

La France semble un peu en train de prendre actuellement la position de la Grande-Bretagne, "on veut bien de l'Europe quand ça nous arrange". Il n'y a pas plus mauvais signal à envoyer dans la confiance dans l'euro.

L'Allemagne souhaite rappeler à la France qu'il est temps qu'elle respecte les traités qu'elle a signés depuis des décennies. Le problème de la France est son déni du réel. Elle avait promis déjà de mener des réformes structurelles au plus tard en 2010 lors du sommet de Lisbonne en 2000...

La Une du quotidien allemande Bild "La France est-t-elle la nouvelle Grèce ?" du 31 octobre n'est-elle pas exagérée ? 

Cette manchette d'un quotidien qui a la même audience qu'un JT de TF1 en France reflète l'opinion de la majorité des responsables et experts allemands. Au nom de la solidarité, l'Allemagne a laissé à la France le temps de se rassembler après les élections, et de lancer les réformes structurelles définies conjointement dans un contexte européen. Il y a désormais un petit frémissement d'impatience, car cela met trop de temps. L'Allemagne a soutenu la France en ne disant rien, et en attendant sagement que Paris se décide. Ce sont des décisions douloureuses, et il faut du temps pour les prendre.  L'Allemagne le sait, elle est passée par là et elle n'a pas fini. 

Mais la France commence à se mettre hors-jeu. Si elle s'isole, ce sont les bases mêmes de l'Europe qu'elle met en danger. A force de taper sur la chancelière ou l'Allemagne, c'est la participation au chantier européen qu'on met en danger, ainsi que la prospérité que nous apporte l'intégration de l'UE.

La politique de François Hollande est-elle compatible avec celle des sociaux-démocrates allemands?

Non, pas en l'état des choses. De plus, quelle est la politique de François Hollande? Il n'y a pas de politique. Le Parti socialiste n'a pas compris qu'il n'est possible de redistribuer les richesses que si on les a au préalable gagnées. Il faut que le parti reconnaisse que c'est le marché qui décide, et que sans marché capable de fonctionner correctement, le modèle social n'est pas finançable durablement. Tant qu'il n'y a pas ce revirement idéologique à l'intérieur du PS, l'incompréhension est programmée avec les sociaux-démocrates allemands. 

La France en est là où en était l'Allemagne en 1993, année de forte récession en Allemagne. C'est l'année où le pays a commencé à prendre conscience de la mondialisation et de la problématique de la compétitivité globale. La prise de conscience est venue du fait que la crise de restructuration mondiale de l'industrie affectait surtout l'automobile. On a compris que c'était l'ensemble de l'économie qui devait être dynamisée, et qu'il fallait libérer ce qui la handicape. C'est là que s'est frayée l'idée pour mener les réformes, abouties finalement au plan politique sous Gerhard Schröder. Dès le début des années 1990, les réformes ont été menées par les entreprises elles mêmes, qui ont commencé à se moderniser, à rationaliser la production pour être plus compétitives. Presque immédiatement, les entreprises ont été épaulées par les syndicats, qui ont renoué avec la modération salariale, qui est une règle d'or, à savoir que les hausses salariales doivent toujours rester légèrement en dessous de la hausse de la productivité, de manière à permettre aux entreprises de croître.

Cependant, les Allemands ne sont pas des parangons de vertu, ils ont pris conscience en 1993 de la nécessité de réformes mais ils ont mis très longtemps à affronter les questions. Les réformes structurelles ont mis presque 20 ans à être mises en place, avec "l'Agenda 2010" de Schröder. L'opinion a alors été préparée via le quotidien Bild. Schröder avait donné une interview dans laquelle il avait affirmé"Il n'y a pas de droit à la paresse". C'était une manière très brutale et très populiste d'annoncer qu'on réfléchirait peut être à des réformes dans le domaine de la protection sociale, et notamment la protection chômage, en l'occurrence. Ce genre de formule choc prépare l'opinion, si elle est suivie d'une analyse substantielle et d'un réel débat dans la presse, ce qui fut le cas. Il y a beaucoup de choses à apprendre de l'expérience allemande, il est toujours utile d'aller voir du côté de ceux qui ont réussi et qui avaient les mêmes problèmes que nous. 

Dans cette perspective, on peut considérer la manchette du 31 octobre 2012 du Bild comme une main tendue. Nous sommes en train de nous éloigner de l'Europe et de refuser  la solidarité qui nous lie à l'Allemagne. Il est urgent que la France se "réveille", dans l'intérêt de la stabilité de l'UE, et encore plus dans son propre intérêt . Voilà le message que nous envoient les experts allemands - avec cette rudesse cordiale dans le geste que peuvent avoir les amis quand ils s'inquiètent de la torpeur de leurs proches.

Propos recueillis par Ann-Laure Bourgeois

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fms
- 12/11/2012 - 21:50
la france doit se réveiller...
clair que la 5° puissance mondiale est au fond du trou... tellement au fond qu'elle a accru la distance la séparant de la 6° puissance.
La déclinologie, c'est bien gentil, ca permet de se faire peur gentiment, mais ca reflète peu la réalité.
Les allemands écrasent leurs populations faibles pour jouer aux gros bras en europe, mais pleurent parce que leurs partenaires-acheteurs ne trouvent plus les moyens d'importer leurs produits.
Qu'ils aillent vendre en asie leur haute etchnologie et qu'ils ramènent des devises en europe, à ce moment-là et seulement, ils auront le droit de donner des lecons aux autres européens et seront la vraie locomotive de l'europe.
Gilles
- 06/11/2012 - 19:31
Glaciation
Figée dans le passé, la France est vouée au déclin. Il suffit de voir les bureaux des ministres dans des hôtels particuliers du 18ème siècle. Cela en dit long sur tout le reste.A Berlin la chncellerie et les ministères sont dans des immeubles ulta modernes. Par exemple le ministre de la Santé a un tout petit bureau...
HdT
- 06/11/2012 - 10:30
Economie?
Pour être dirigés proprement, il faudrait DESAVOUER A VIE tous politiciens condamnés et leur faire rembourser la note de frais de leur scolarité d'énarque ou de "science politisée". En laissant la corruption s'installer et devenir la règle d'or de ces élites auto-proclamées, on cloue le couvercle du cercueil de la nation, de ses repères, de ses valeurs. Retirer les droits civiques à vie de tous condamnés pour crimes relevant des assises serait également une bonne chose. LES AIDES SONT A RESERVER A NOS PARENTS ET GRANDS-PARENTS, NOS MALADES, NOS HANDICAPES, NOS CHÔMEURS NON PROFESSIONNELS, NOS ETUDIANTS ET ELEVES MERITANTS, le reste de la planète n'a qu'à apprendre à relever les manches et cultiver son jardin, bâtir son monde, pédaler moins pour avoir moins de mômes, que les ONG se démerd... comme le reste de l'associatif coûteux et inutile (dommage que les militaires aient une obligation de réserve pour ne pouvoir dire ce qu'ils voient se passer dans CES FAMEUSES ONG).