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Dommage collatéral

La crise au Liban va t-elle précipiter le pays dans une nouvelle guerre civile ?

Publié le 29 octobre 2012
Vendredi dernier une bombe explosait dans un quartier de Beyrouth au Liban faisant huit morts et plusieurs blessés. Une attaque imputée aux voisins syriens meurtris par une guerre civile de deux ans. Depuis, le peuple libanais réclame la démission de son gouvernement jugé pro-syrien qui a préféré déployer les chars dans la ville plutôt que de quitter le pouvoir.
Karim Emile Bitar est énarque, géopolitologue et consultant.ll est chercheur associé à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), et  directeur de la revue L’ENA.
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Karim Emile Bitar
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Vendredi dernier une bombe explosait dans un quartier de Beyrouth au Liban faisant huit morts et plusieurs blessés. Une attaque imputée aux voisins syriens meurtris par une guerre civile de deux ans. Depuis, le peuple libanais réclame la démission de son gouvernement jugé pro-syrien qui a préféré déployer les chars dans la ville plutôt que de quitter le pouvoir.

Atlantico : Après les funérailles de Wissam Al-Hassan, le chef des renseignements des Forces de sécurité intérieure (FSI) proche du leader sunnite Saad Hariri, les tensions s'accroissent au Liban. Un dirigeant du courant de Hariri a mis de l'huile sur le feu en accusant le Premier ministre Mikati de couvrir ce «crime». Quelle a été la réaction du gouvernement après l'attentat ? Quels intérêts aurait-il à couvrir cet attentat ?

Karim Emile Bitar : La situation au Liban est particulièrement préoccupante précisément parce que le cours des choses ne dépend plus ni du gouvernement ni des acteurs locaux. Les querelles politiciennes libanaises sont devenues un facteur très secondaire. Les seconds couteaux de la classe politique libanaise vocifèrent à longueur de journée sur tous les écrans et s’échangent toutes sortes d’accusations sans se rendre compte qu’ils ne sont plus que des comparses, des figurants ou des pions dans un grand jeu géostratégique qui les dépasse largement.

Même Hariri, Mikati et les autres leaders communautaires libanais sont désormais dépassés par les événements. On est passés à l’étage du dessus. L’assassinat de Wissam El Hassan me semble s’inscrire dans le cadre d’une guerre ouverte que se livrent, au Liban et en Syrie, les services de renseignement des grandes puissances régionales. Le Liban est depuis plusieurs années au cœur d’une vaste guerre des axes régionaux qui oppose l’axe irano-syrien à l’Arabie saoudite soutenue par les Etats-Unis. Le conflit est en train de devenir homérique, c’est devenu un combat existentiel pour le régime syrien, et les combats existentiels sont propices à toutes les folies.

Les véritables acteurs de la pièce qui se joue aujourd’hui ne sont pas libanais. Côté syrien, Bachar el Assad, son frère Maher et leur chef sécuritaire Ali Mamlouk. Côté iranien, le commandant en chef des gardiens de la révolution islamique (pasdarans) Mohamed Ali Jaafari et le général Qassem Suleimani, sur lequel circulent beaucoup de rumeurs mais qui reste probablement la personne en charge du Hezbollah au sein du régime iranien. Côté saoudien, le tout puissant patron des services de renseignement Bandar Ben Sultan, lui-même très proche des américains. Les seuls libanais qui participent à la prise des décisions majeures dans cette guerre des axes sont Hassan Nasrallah, le patron du Hezbollah et son chef de la sécurité Wafiq Safa.

L’hypothèse qui est à mes yeux de loin la plus probable est  que l’assassinat de Wissam El Hassan émane d’une volonté des services irano-syriens de liquider l’un de leurs principaux adversaires. Au Moyen-Orient, on ne peut jamais jurer de rien mais cette hypothèse est de loin la plus crédible et les autres pistes ne tiennent pas vraiment la route. Il est vrai que Wissam El Hassan avait réussi l’exploit tout à fait inédit de démanteler plusieurs vastes réseaux d’espions libanais qui travaillaient à la solde d’Israël, mais il n’était pas dans l’intérêt d’Israël, à ce stade, d’éliminer celui qui était la principale épine dans le pied du camp irano-syrien. Quant à la troisième piste évoquée, celle des mouvements salafistes, elle n’est guère plus convaincante. Cet assassinat nécessitait un degré de professionnalisme dont les groupes salafistes ne disposent pas. Wissam El Hassan était l’un des hommes les mieux protégés. Il n’était rentré au Liban que la veille au soir. Même son collègue le général Ashraf Rifi n’était pas au courant de son retour. Seuls des services étatiques, appuyés par un travail de renseignement ultra-professionnel, sont en mesure de réussir une pareille opération et surtout d’en assumer les conséquences.

Quant au pourquoi de cet assassinat, il me semble être lié à la révolution syrienne aussi bien qu’à la situation intérieure libanaise.

Wissam El Hassan avait récemment réussi un grand coup en arrêtant, après une longue filature et moult écoutes téléphoniques, un ancien ministre libanais servant de conseiller personnel au président syrien, Michel Samaha, lequel aurait été chargé par le général Ali Mamlouk de transporter des explosifs afin de commettre des attentats visant à susciter une discorde confessionnelle au Liban. Les éléments de preuve réunis par les services d’Al Hassan n’ont pas été officiellement rendus publics mais ils ont fuité dans la presse, et ils sont apparemment tellement édifiants que même les plus proches alliés de Samaha ne sont pas venus à son secours.

En outre, Wissam El Hassan avait construit, à partir de rien, un service de renseignement d’un grand professionnalisme, tel qu’il n’en avait pas existé au Liban depuis les années 1960. Il était désormais perçu comme un homme fort de la communauté sunnite. Son service, l’un des rares à ne pas être infiltré par le Hezbollah, était très apprécié par les saoudiens et par les occidentaux qui travaillaient étroitement avec lui. Il irritait donc considérablement l’autre camp régional, d’autant plus que la situation en Syrie avait accru les tensions entre les deux axes.

C’est donc dans le cadre de ce vaste conflit qu’il faut lire l’assassinat de Wissam El Hassan. Le régime syrien n’est jamais aussi dangereux que lorsqu’il a le dos au mur. Lorsque, fin 2004, l’étau a commencé à se resserrer autour de la Syrie, le régime syrien a frappé fort et une série d’attentats ont couté la vie à de nombreuses personnalités libanaises dont Rafic Hariri. En 2012, c’est à nouveau un régime syrien au pied du mur qui a voulu montrer à ses rivaux régionaux que son pouvoir de nuisance demeurait intact.

Dans ce contexte, on voit bien que la position de Mikati n’est qu’un détail. Le problème est beaucoup plus profond. Mikati n’a pas « couvert » personnellement l’attentat, mais il est prisonnier de ses alliances. Il s’efforce de ménager la chèvre et le chou, de ne pas trop s’aliéner sa propre communauté sunnite, mais sa position est de plus en plus intenable, même s’il continue de bénéficier d’une certaine couverture arabe et internationale.

Après l'inhumation de Wissam Al-Hassan, la foule a tenté de prendre d'assaut les bureaux du Premier ministre, Nadjib Mikati. Cette foule est-elle instrumentalisée par l'opposition de Saad Hariri ?

Peut-être, mais je pense que cela relève surtout de la désorganisation, de l’amateurisme, et d’un certain décalage entre les cadres dirigeants et leur base. Il y eut d’abord une série de discours qui ont chauffé à blanc la foule des manifestants déjà très en colère. Un uléma sunnite intégriste, allié du Courant du Futur a incité les protestataires à ne pas « pleurer comme des femmes » et à montrer ce dont ils étaient capables. Le représentant officiel du Courant du Futur, l’ancien premier ministre Fouad Siniora a quant à lui tenu un discours très ferme, appelant à la chute du gouvernement Mikati mais il n’a pas été plus loin.

Ce n’est qu’après qu’un animateur de télévision, Nadim Koteich, a pris le micro. Il travaille pour la chaîne de télévision de la famille Hariri. C’est aussi un chercheur spécialiste de l’Iran et radicalement hostile au Hezbollah. Il a récemment lancé un nouveau programme télévisé qui fut un grand succès populaire. Ce programme vise à déconstruire avec ironie et acidité, dans un langage dialectal et compréhensible par tous, les discours du Hezbollah et de son allié chrétien Michel Aoun. Le programme est assez efficace et a suscité l’enthousiasme des jeunes sunnites et des chrétiens du 14 mars. L’animateur était surtout en colère contre ce qu’il considère être la pusillanimité des leaders du 14 mars. Il a donc appelé la foule à aller au Sérail et hurlé que Mikati sauterait dans la journée. C’était dangereux, c’était jouer avec des allumettes, je pense que c’était une erreur mais elle était probablement spontanée et non pas coordonnée avec les dirigeants du parti. C’était très risqué car la foule d’aujourd’hui n’est plus celle qu’elle était en 2005. Le climat relativement «  bon enfant » de 2005 a laissé la place à des instincts purement grégaires et communautaristes. La bourgeoisie et la société civile ne s’étaient pas mobilisées. Les participants étaient surtout des jeunes sunnites en colère ou des activistes issus des partis communautaires chrétiens. On voyait aussi beaucoup de drapeaux salafistes, les mêmes qui sont parfois utilisés par Al Qaeda. Il était donc risqué d’exciter cette foule, dans un pays où le moindre match de football peut tourner au pugilat communautaire. Toute foule peut devenir dangereuse, encore plus dans ce contexte. Cette brève attaque contre le Sérail a vite été circonscrite mais a été contreproductive. Elle s’est retournée contre ses initiateurs et a servi l’autre camp.

En 2005, l’intellectuel franco-libanais Samir Kassir avait eu le courage de s’adresser à la foule et de la critiquer. Il voulait essayer de leur faire comprendre qu’il était inutile de s’en prendre à d’innocents travailleurs syriens pour se venger de Bachar El Assad. Il a tenu ce discours malgré les huées de son propre camp. Kassir avait compris que le rôle d’un intellectuel n’était pas de flatter les instincts de la foule mais de l’inciter à construire un projet alternatif. On en est bien loin aujourd’hui.

Si le chef du gouvernement Mikati et plusieurs ministres sont sunnites, l’actuel cabinet est dominé par des alliés du Hezbollah chiite, proche de Damas et de Téhéran. Beaucoup jugent Mikati trop conciliant envers le Hezbollah. Qu’en est-il réellement ?

Les élections législatives en 2009 ont donné une petite majorité en nombre de sièges au mouvement du 14 mars, qui comptait alors dans ses rangs le groupe parlementaire du leader druze Walid Joumblatt. Peu après, Joumblatt a changé de camp et fait basculer la majorité. Les « formes » ont été respectées, mais si on creuse un peu, on s’aperçoit que sous couvert d’une alternance démocratique, c’est un coup de force qui a eu lieu. Joumblatt a changé de camp sous la pression. Les dés ont été pipés. L’intimidation, la violence politique et morale, la peur des armes du Hezbollah ont joué un rôle qu’il est difficile de nier. Si le  basculement de la majorité résultait simplement d’un changement d’alliances, du basculement d’un groupe parlementaire d’un camp vers un autre, cela aurait été légitime et aurait fait partie du classique jeu parlementaire. Mais ce changement a fait suite à une série d’intimidations de toutes sortes qui ont permis d’exercer une pression psychologique intense sur une partie des parlementaires. Le gouvernement Mikati a donc dès le départ été considéré comme illégitime par une partie des libanais. Mikati avait quand même obtenu le feu vert de la France, du Qatar, de la Turquie et d’une des branches de la famille royale saoudienne. Il a résisté à certaines pressions du Hezbollah et de ses alliés, notamment celles qui l’incitaient à virer Wissam El Hassan, mais il n’empêche que le Hezbollah a pu devenir de plus en plus puissant, notamment grâce à son alliance avec le parti du général Aoun, qui contrôle aujourd’hui une dizaine de ministères importants.

Le Liban va-t-il vivre une nouvelle période marquée par les assassinats, les attentats et autres problèmes ? La Syrie et le Hezbollah peuvent-ils encore frapper dans les jours qui viennent ?

Le Liban ne dispose d’aucune immunité qui pourrait le protéger des répercussions de la crise syrienne. La polarisation est extrême. Chacun des deux camps dispose de ses propres médias audiovisuels et les visions du monde sont de plus en plus divergentes. Le régime syrien a montré que sa capacité de nuisance était intacte. Et le Liban est très exposé et risque en effet d’importer la violence syrienne.

En effet, même s’ils s’en défendent, les deux principaux partis libanais, le Hezbollah chiite pro-iranien et le Courant du Futur sunnite pro-saoudien, sont impliqués jusqu’à la nuque dans le conflit syrien. A la très légitime révolution syrienne contre la dictature d’Assad est venue se greffer une guerre par procuration que se livrent les parties régionales. Le chef des pasdarans iraniens a reconnu qu’il avait des hommes en Syrie. Le Hezbollah a également admis que certains de ses militants étaient décédés alors qu’ils étaient en train d’accomplir leur « jihad » en Syrie. Quant à l’intervention saoudienne en Syrie, elle est également importante et manifeste. Elle se fait tantôt directement et tantôt par l’intermédiaire de leurs alliés libanais, au premier rang desquels Saad Hariri et Wissam El Hassan.

Il faut ici rappeler l’évolution de la position saoudienne depuis le début des révolutions arabes. Dans un premier temps, le royaume s’est montré frileux. Il craignait surtout que le souffle révolutionnaire ne parvienne jusqu’au Golfe. Pour éviter cela, ils ont eu recours à leurs deux armes de prédilection : l’argent et la religion. Ils ont débloqué pas moins de $ 135 milliards pour différents programmes économiques et sociaux ayant pour objectif d’acheter la paix sociale. Ils ont également demandé à leur grand mufti de déclarer toutes les manifestations, quelles qu’elles soient, illicites en islam. Ils ont aussi utilisé l’arme du confessionnalisme en dépeignant tous les contestataires en Arabie ou au Bahreïn comme étant des chiites manipulés par l’Iran.

Mais quelques mois plus tard, lorsqu’ils se sont sentis plus à l’aise chez eux, les saoudiens ont adopté une attitude beaucoup plus offensive dans le dossier syrien, cherchant surtout à priver l’Iran de son seul allié arabe, et à permettre aux sunnites de reprendre la haute main en Syrie. Les saoudiens ont donc décidé, de concert avec les Etats-Unis, de jouer la carte du changement de régime en Syrie et ils ont embarqué dans ce projet leur allié libanais Saad Hariri. Le Liban Nord est devenu l’une des bases arrière des révolutionnaires syriens.

Ainsi, sous la houlette de Bandar Ben Sultan, le camp de Saad Hariri s’est retrouvé mobilisé sur divers fronts. La correspondante du magazine Time, la journaliste libano-australienne Rania Abouzeid, a mené avec méthode et professionnalisme une longue et difficile enquête sur le terrain, auprès des révolutionnaires syriens. Elle a découvert que l’un de leurs principaux pourvoyeurs en armes et en financements était un député libanais, proche de Saad Hariri. Ces informations ont ensuite été recoupées et confirmées par le New York Times, ce qui amené Saad Hariri à reconnaître qu’il avait en effet confié à ce jeune député une « mission de coordination » auprès de l’opposition syrienne.

Le député en question est un personnage assez étonnant. Uqab Saqr est né dans une famille chiite, relativement modeste, de la plaine de la Bekaa. Il fut orphelin de père à un très jeune âge.  Brillant et rusé, Sakr a fait des études et est aujourd’hui l’un des hommes politiques qui maîtrisent le mieux la langue arabe et l’art de la rhétorique et des débats télévisés. Il fut directeur de la rédaction de ‘Now Lebanon’, un site d’information lancé par la famille Hariri avec un soutien américain. Aux élections législatives de 2009, il fut élu député sur la liste soutenue par Hariri, alors même qu’il n’obtint qu’un nombre de voix négligeable au sein de sa propre communauté chiite. La députation lui offrit une immunité et un tremplin qui lui ont permis de consolider ses relations internationales et notamment avec l’Arabie saoudite. Selon les enquêtes de la presse américaine ci-dessus mentionnées, il est aujourd’hui basé à la frontière turque et fait la jonction entre les services saoudiens et les services turcs, lesquels cherchent tous les deux à soutenir l’action des rebelles syriens et à accélérer la chute de Bachar El Assad. Il faut signaler que le chef d’orchestre, Bandar Ben Sultan est un grand ami de la famille Bush et de Dick Cheney, et qu’il est idéologiquement à l’aise avec les thèses des faucons de la droite radicale américaines.

En dehors de ces aides financières et logistiques offertes par la filière libanaise, en dehors des armements fournis, les services saoudiens permettent aux rebelles syriens de disposer de renseignements précis sur l’ossature du régime syrien et sur ses cadres dirigeants. Il y a quelques mois, un attentat au cœur de Damas décimait l’état-major sécuritaire syrien et coûtait la vie au chef sécuritaire Assef Shawkat, le propre beau-frère de Bachar el Assad. Le régime syrien est persuadé que cette attentat d’aurait pas réussi sans le soutien des pays du Golfe aux révolutionnaires syriens.

C’est aussi en gardant à l’esprit ce contexte qu’il faut lire l’assassinat de Wissam El Hassan.

Le Liban peut-il retomber dans la guerre civile ? Cet affrontement peut-il devenir un affrontement confessionnel, entre chiites et sunnites ?

Il est déjà largement confessionnel. 80 % des sunnites soutiennent Hariri et 80 % des chiites soutiennent le Hezbollah. Le processus de clientélisation des communautés fait que chacune de ces parties est soutenue et instrumentalisée par son parrain étranger, l’Arabie saoudite ou l’Iran. Par ailleurs, le Moyen-Orient, comme une grande partie du monde, traverse une période de profonde régression identitaire. Les lectures profanes des conflits disparaissent au profit de visions théologiques. La presse saoudienne répand ces visions identitaires. Le discours devient parfois risible tant il est archaïque. Il n’est pas rare d’entendre des Libanais du camp pro-saoudien dirent qu’ils combattent les « Perses », les « safavides » ou encore les « magéens ! On essentialise à tour de bras et on regarde tout à travers le prisme identitaire ou religieux. Même certains intellectuels ne font plus la distinction entre le régime des mollahs et la civilisation persane. Même Walid Jumblatt, qui se targue pourtant d’être un intellectuel et de beaucoup lire, utilisait ces expressions et disait affronter les « magéens » et les « safavides », quand il était allié au camp saoudien. Il est aujourd’hui dans l’autre camp, mais attend impatiemment que le roi d’Arabie saoudite daigne le recevoir pour virer à nouveau sa cuti. De l’autre côté, les médias du régime d’Assad, comme la chaîne Al-Dunia, utilisent quotidiennement des expressions racistes pour qualifier les arabes du Golfe.

A l’échelle régionale, le seul grand mouvement sunnite à faire partie de l’axe iranien était le Hamas. Mais ce mouvement a pris ses distances par solidarité avec les sunnites syriens et a récemment été retourné comme une crêpe par l’émir du Qatar, à coup de centaines de millions de dollars.

Le clivage épouse donc de plus en plus une ligne confessionnelle, même si au fond les facteurs politiques et l’affrontement américano-iranien expliquent ce clivage plus que le facteur religieux lui-même. Toujours est-il que si une guerre éclate, la grille de lecture confessionnelle prédominera. Les chrétiens seront, dans le meilleur des cas, des spectateurs et dans le pire des cas, des supplétifs.

Dans le Moyen-Orient d’aujourd’hui, l’extrême droite sunnite et l’extrême droite chiite ont le vent en poupe. Les chrétiens sont tétanisés par la peur, sont souvent engoncés dans le conservatisme et développent eux aussi un identitarisme assez marqué. Il reste au Moyen-Orient des courants nationalistes autoritaires qui soutiennent encore Assad ou sont nostalgiques de Saddam Hussein. Mais par contre les libéraux, les sociaux-démocrates, les laïcs réformateurs et progressistes sont quasiment une espèce en voie de disparition, ou du moins ils existent mais ont très peu droit au chapitre dans ce contexte de cristallisation des ressentiments identitaires, et après 30 ans de propagation du khomeynisme et du wahhabisme.

Pour ce qui est des risques de guerre civile, le pire n’est jamais sûr mais il faut quand même rappeler que l’on assiste au Liban depuis 2004 à une dangereuse montée aux extrêmes qui peut mal finir.

Il faut rappeler comment nous en sommes arrivés là. A partir de la fin de la guerre civile en 1990, le Liban a été gouverné par une sorte de condominium syro-saoudien avec la bénédiction américaine. Le point d’équilibre de ce condominium était Rafic Hariri. Il avait toute l’habileté nécessaire, parvenait à jongler entre des impératifs différents et ne coupait jamais les ponts avec qui que ce soit. L’équilibre syro-saoudien a été rompu suite à la guerre d’Irak de 2003. Les orientalistes Bernard Lewis et Kanan Makiya avaient promis aux américains qu’ils seraient accueillis en Irak avec des fleurs. C’est le contraire qui s’est produit et la guerre a fait renaître la fitna entre sunnites et chiites. La chute de Saddam Hussein a fait sauter le verrou sunnite, a permis  aux chiites irakiens de revenir à l’avant-scène, et a donc considérablement renforcé l’Iran qui s’est mis à rêver d’une ouverture vers la Méditerranée, grâce à ses alliances avec le régime syrien, le Hezbollah et le Hamas. Cette montée en puissance de l’Iran a déclenché la panique des américains et des saoudiens qui ont depuis un seul objectif prioritaire, endiguer l’influence iranienne.

Un vieux proverbe africain dit que lorsque deux éléphants s’affrontent, c’est la pelouse qui souffre le plus. Le Liban est précisément cette pelouse.

Les parties libanaises ne sont pas maîtresses de leurs propres décisions et si l’affrontement des axes se poursuit, le Liban peut en effet basculer. Mais à contrario, les clivages libanais peuvent disparaître comme par enchantement si les puissances régionales se rapprochent. Le 20 janvier 2009, au sommet économique du Koweït, le roi d’Arabie Saoudite avait décidé de se rabibocher avec les Syriens. Saad Hariri fut vite envoyé à Damas rencontrer et se réconcilier avec l’assassin de son père. Il a même déclaré que  « c’en était fini de l’accusation » selon laquelle Assad aurait tué son père. L’influence de l’Iran sur le Hezbollah est aussi forte que celle de l’Arabie Saoudite sur Hariri.

Le Liban n’a pas réussi à construire des institutions qui lui éviteraient cette clientélisation des communautés. En conséquence, son destin dépendra de l’évolution des relations entre ces deux éléphants régionaux. La pelouse continuera de souffrir.

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud 

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