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Une véritable mafia dispose d'un mythe fondateur.
Don Corleone à Saint-Tropez
Qui sont les mafias et organisations criminelles qui profitent de la crise en France?
Publié le 23 octobre 2012
Un rapport confidentiel de la Police Judiciaire publié par Le Figaro ce lundi 22 octobre révèle la "présence dans la plupart des agglomérations françaises d'organisations criminelles étrangères", et constate le "maintien de l'implantation des grandes mafias" étrangères, entre autres en région parisienne ainsi que sur la Côte d'Azur.
Diplômé de l'Institut de Criminologie et d'Analyse en Menaces Criminelles Contemporaines à Paris II, Master II "Sécurité Intérieure" - Université de Nice. Animateur du site spécialisé crimorg.com. Derniers livres parus : "La 'Ndrangheta" et "Planète...
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Stéphane Quéré
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Un rapport confidentiel de la Police Judiciaire publié par Le Figaro ce lundi 22 octobre révèle la "présence dans la plupart des agglomérations françaises d'organisations criminelles étrangères", et constate le "maintien de l'implantation des grandes mafias" étrangères, entre autres en région parisienne ainsi que sur la Côte d'Azur.

Atlantico : La crise favorise-t-elle l'économie souterraine et profite-t-elle ainsi aux mafias et aux autres organisations criminelles ?

Stéphane Quéré : Oui, et cela pour deux raisons. Tour d'abord parce que les banques ne prêtent plus, ou prêtent moins, donc un certain nombre d'acteurs économiques (notamment les PME et les PMI) se tournent vers les endroits où ils peuvent obtenir des liquidités, c'est-à-dire en général vers le crime organisé. Cela peut prendre deux formes, soit ils ont recours à l'usure, un phénomène bien connu en Italie. Souvent, les entreprises ne peuvent pas rembourser. Les groupes criminels possèdent ainsi une mainmise sur l'entreprise en question et s'en servent pour du blanchir de l'argent via des fausses factures, des emplois fictifs, etc… Dans le deuxième cas de figure, l'argent sale peut arriver parce qu'en tant de crise, les PME peuvent être moins regardantes sur les nouveaux investisseurs et sur l'origine des fonds. Ce qui revient au même : l'injection d'argent sale dans l'économie légale. Ces problèmes d'usure en Italie étaient déjà présents avant la crise, qui n'a fait que les accentuer. En France, nous disposons de moins d'études sur l'usure, mais on peut supposer que le phénomène est le même car en période de crise, les entreprises ayant besoin de liquidités sont moins regardantes sur l'origine des fonds.

Par ailleurs, avec la crise, les consommateurs ayant des problèmes d'argent vont accepter des produits de moins bonnes qualités, voire des produits de contrefaçons : de la contrefaçon de médicaments, de produits électriques. Moins chers, ces produits présentent également des risques évidents pour la santé publique.  

Selon "un rapport confidentiel" du Service de renseignement d'analyse sur la criminalité organisée (Sirasco), révélé par Le Figaro ce lundi 22 octobre, il n'existe pas de "mafia française". Ne peut-on pas parler de mafia corse comme l'a fait Manuel Valls ? Qu'est ce qui différencie une mafia d'une autre organisation criminelle ?

Dans le cas de la Corse, il s'agit d'un abus de langage. Pour les criminologues, il y a une forte différence entre organisation criminelle et mafia. Une mafia est de toute façon une organisation criminelle, mais toute organisation criminelle n'est pas une mafia. Pour qu'une organisation criminelle soit considérée comme une mafia, il faut deux éléments. D'abord, une mafia dispose d'un mythe fondateur, c'est le cas de la mafia italienne, où la légende veut que trois chevaliers venus de Tolède en Espagne se soient réfugiés en Italie et aient créé les premières mafias italiennes. C'est également le cas en Chine, où la résistance des moines contre l'Empereur serait à l'origine des triades chinoises. Il s'agit généralement d'un mythe à la Robin des Bois, où l'objectif est de lutter contre les abus de pouvoirs.

L'autre caractéristique des mafias, c'est la permanence du pouvoir. Les grandes mafias disposent d'une permanence du pouvoir à la tête de leurs organisations. Quand un chef tombe, il existe un sous-chef pour prendre le relais et la structure demeure. Cette permanence de la structure ne caractérise pas le grand banditisme français, corse ou marseillais. La mafia c'est un peu l'aristocratie du crime organisé. Par ailleurs, les mafias, notamment la mafia italienne, sont ancrées dans le territoire, elles ont des rapports avec les populations, avec le monde économique et politique local et elles poussent assez loin l'enracinement dans un territoire donné.

Selon ce rapport de la Police judiciaire, les "organisations criminelles françaises traditionnelles (corse, marseillaise, gens du voyage)" sont permanentes mais les analystes du Sirasco évoquent également "la montée en puissance d'une jeune génération issue des cités sensibles". Les organisations criminelles issues de ces cités sensibles peuvent-elles représenter les mêmes dangers que les mafias ?  

Comme nous l'avons évoqué plus haut, une organisation criminelle ne répond pas à la même définition qu'une mafia. Ensuite, parler d'une montée en puissance, soit, mais cela fait quand même un certain temps que l'on voit des délinquants de haut niveau issus des cités. Ce nouveau banditisme des cités n'est pas une nouveauté parce que ces quartiers de relégation ont souvent généré du banditisme. Evidemment, il ne s'agit pas des mêmes structures qu'aujourd'hui, mais un certain nombre de quartiers de relégation à Marseille, à Lyon ou en région parisienne produisaient déjà du banditisme avant l'apparition des grandes tours, des grandes cités. 

Après, il y a la vague de l'immigration, notamment l'immigration maghrébine, là aussi rien de nouveau. On a vu dans les années 1920/1930, des immigrés italiens appartenant au milieu et dans les années 1950/1960, des immigrés de ex-Yougoslavie. Là, il y a un phénomène d'assimilation des vagues d'immigration dans le grand banditisme français. Le particularisme de l'immigration marocaine, est que le Maroc est également un des seuls pays producteurs de résine de cannabis. Il y a des liens familiaux qui facilitent le business. Ce n'est pas la même chose que les mafias d'importation qui vont s'implanter dans les cités, qui vont investir dans le business légal, qui vont s'afficher aux côtés d'élus locaux, et se faire leur place tranquillement au soleil.

Le rapport note "la présence dans la plupart des grandes agglomérations françaises d'organisations criminelles étrangères (...) russophones, italiennes, chinoises". La France représente-t-elle un havre de paix pour les mafias étrangères ? Pourquoi ?

Pendant longtemps les autorités ont eu le syndrôme du nuage de Tchernobyl qui s'arrête aux frontières : les mafias italiennes s'arrêtaient à la frontière, la mafia russe s'arrêtaient juste avant Strasbourg. Depuis, il y a eu une révolution culturelle au sein des services de renseignements français. Quand l'Office central de répression du banditisme (OCRB) est devenu l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), il y avait déjà un cheminement intellectuel, on a mis en place un certain nombre de structures dont le Sirasco. On commence à s'apercevoir que les mafias ce n'est pas seulement le blanchiment d'argent, le trafic de stupéfiants sur la Côte d'Azur, mais c'est aussi les vagues de cambriolages au fin fond de nos provinces, c'est aussi des vols en série de moteurs de bateaux. En clair, toute la gamme des activités criminelles, du cambriolage chez le citoyen lambda au gros trafic de stupéfiants.

La France représente donc moins un havre de paix pour les mafias que ce n'était le cas auparavant. Fût un temps, il existait un élitisme à traquer le grand truand russe ou italien et on s'aperçoit désormais que le cambrioleur géorgien, qui réalise des cambriolages de petits butins, sauf qu'il en fait une centaine qui rapportent énormément est une tout aussi grande nuisance. Il y a un changement de mentalité des policiers qui s'aperçoivent que le mafieux ne fréquente pas que les palaces et la Côte d'Azur, mais ce sont aussi des affaires qui peuvent être menées par la gendarmerie du côté de Mulhouse (Haut-Rhin) contre la mafia albanaise, comme on l'a vu récemment. Il y a enracinement, de plus en plus important dans les villes de provinces. La France n'est pas une destination particulièrement attractive pour les mafias. Il y eu un développement des mafias plus important sur la Côte d'Azur, parce qu'il y a le tourisme, l'immobilier, parce que quand on est mafieux, c'est plus agréable de passer son temps sur la côte d'azur. Il y a aussi une histoire de l'immigration italienne sur la Côte d'Azur. Il y a aussi les russes blancs qui s'y étaient installés, donc les mafias ont pu trouver plus facilement des relais sur place. 

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Lennart
- 24/10/2012 - 07:37
et qui se cache derrière les masques
On parle de mafia et d'organisation criminelle qui règlent leurs comptes à coup de kalachnikov, mais la véritable mafia la vraie n'est elle pas cette finance qui lors de l'affaire des produits dérivés subprimes à mis en danger l'économie mondiale. C'est d'autant plus dangereux que rien n'a été changé puisqu'aujourd'hui ces produits dérivés sont encore plus nombreux qu'avant 2008 et surtout concentrés entre quatre banques d'investissement.
Le pire est probablement est à venir et dites vous bien que ces organisations criminelles sont des naines comparées à celle qui se trouve du coté de Wall Street.
Loupdessteppes
- 23/10/2012 - 21:13
Images surannées
Ne montrez pas ces images - les gangs actuels sont beaucoup moins classieux... N'oubliez pas non plus quelques élus...
Stockdor
- 23/10/2012 - 19:49
ce sont..!
Les Députés de l"Assemblée Nationale.....CQFD