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Après la victoire et le congrès du PS : le blues des militants socialistes

Publié le 21 octobre 2012
Sans surprise, Harlem Désir a été élu jeudi 18 octobre nouveau premier secrétaire du Parti socialiste avec une participation de 46,5%, signifiant que moins d'un militant sur deux s'est déplacé. Le sénateur Gaëtan Gorce déplore le manque de transparence de cette élection.
Gaëtan Gorce est sénateur socialiste de la Nièvre.
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Sans surprise, Harlem Désir a été élu jeudi 18 octobre nouveau premier secrétaire du Parti socialiste avec une participation de 46,5%, signifiant que moins d'un militant sur deux s'est déplacé. Le sénateur Gaëtan Gorce déplore le manque de transparence de cette élection.

Atlantico : Harlem Désir a été élu jeudi 18 octobre nouveau premier secrétaire du Parti socialiste avec une participation de 46,5%. Cela signifie donc que moins d'un militant sur deux s'est déplacé pour voter. Vous aviez critiqué le caractère très peu démocratique de cette élection. Harlem Désir était-il le bon choix pour diriger le parti ?

Gaëtan Gorce : La personnalité d’Harlem Désir n’est pas en cause. C’est la méthode utilisée qui a été contestée et c'est ce qui explique la faible participation et les conditions d’élection plus difficiles que prévues. D’ailleurs, je crois qu’Harlem Désir lui-même a fini par le comprendre puisqu’il a indiqué qu’il souhaitait que ce mode d’élection soit revu. S’il est sincère dans ses déclarations sur la rénovation du parti, il doit prendre des initiatives, par exemple faire les efforts nécessaires pour qu’une synthèse soit possible, associant toutes les sensibilités, y compris notre motion.

Vous avez présenté votre motion, "Question de principe", comme la motion des militants. Pourtant celle-ci n'a recueilli que 5% des voix. Pourquoi n'a-t-elle pas séduit davantage ?

Les mécanismes de vote au sein du PS n’autorisent pas les militants à s’exprimer sur la question qu’on leur pose. Ils doivent choisir en réalité la motion qui va leur permettre d’être représentés dans les instances. Beaucoup de militants et d’élus n’ont pas choisi de soutenir notre motion ou n’ont pas pu la soutenir parce que le risque qu’ils courraient - et qu'on leur a fait sentir - était de ne pas être représentés dans les instances locales, fédérales ou nationales, et donc d’être privés d’influence sur la vie du parti dans les années qui viennent.

Le fait qu’on ait déjà obtenu 5% est une bonne nouvelle en soi car ce chiffre permet de rentrer dans les instances du parti. Ceux qui ont eu le courage de nous accompagner étaient peu nombreux, mais ils ont au moins la satisfaction de voir que leur courage a payé malgré les menaces et les risques qu'ils ont pris. Il faut désormais changer de mode scrutin et désigner le premier secrétaire au suffrage universel direct comme nous l'avons fait pour désigner le candidat à l'élection présidentielle. 

Au-delà du manque d'enthousiasme autour de l'élection d'Harlem Désir, on sent une certaine déception des militants socialistes après le victoire du 6 mai...

Premièrement, les militants sont d’abord des citoyens français, ils sont donc inquiets car ils sentent bien que le contexte économique n’est pas favorable, que la situation politique est extrêmement fragile et difficile. La situation du pays est leur première préoccupation et ils s’aperçoivent que la gauche va devoir affronter des difficultés particulièrement grandes. L’héritage laissé par la droite est pire que tout ce que l’on pouvait imaginer.

Deuxièmement, les militants ont la nostalgie des primaires. Ils veulent pouvoir participer et être associés au changement. Ils éprouvent un sentiment qui est proche de celui du blues après la naissance. Lors des primaires nous sommes partis de très haut d'un point de vue démocratique, nous avions demandé aux militants de choisir leur candidat à la présidentielle, d’organiser un scrutin particulièrement difficile sans le soutien d’aucune administration... Et ils ont montré qu’ils étaient capables de le faire. Ils se sont sentis très forts à l’issue de cette campagne des primaires, plus encore à l’issue de la campagne présidentielle puisqu’on a gagné. Mais aussitôt après on les a mis à la retraite. Alors que ce sont des gens qui ne demandent qu’à participer à la vie politique. L’explication de ce blues est donc double : la situation économique difficile du pays et le fait que le parti n’ait pas su créer pour l'instant les conditions leur permettant d’être les acteurs du changement.

N'y a-t-il pas aussi un décalage entre les aspirations du peuple de gauche et la politique qui est menée par le gouvernement ?

Il n’y a pas de décalage aujourd’hui car tout le monde est bien conscient que la situation financière est difficile. Mais il y a un risque de décalage si on oublie que la politique isole quand on est au pouvoir. On a très vite fait de s’enfermer dans un discours car on est persuadé de faire les choses de manière juste et légitime. C’est une menace réelle, on a déjà connu ça à gauche. Les gens sont prêts à accepter des efforts à condition que ça ne tombe pas d'en haut sans explication et que les enjeux et les difficultés soient expliqués et partagés. Autrement, les mesures sont désavouées par les Français, notamment de gauche, qui ont le sentiment qu’on ne leur permet pas de donner leur avis.

La démocratie participative n'est-elle finalement possible qu'en période de campagne électorale ?

Tout dépend de votre culture politique. Ou bien vous avez une culture politique traditionnelle, qui s’inspire de tout ce qu’on a connu depuis des dizaines d’années : sous les apparences de discussions et de délibérations, c’est toujours le chef ou bien son clan qui décide sur le fond. Ou bien vous êtes porteur d’une culture politique qui croit en la citoyenneté et donc au respect des individus, des gens et des militants, et dans ce cas vous mettez tout en œuvre pour que cette participation puisse fonctionner. Je rappelle que le premier à être le promoteur de cette forme de démocratie est Pierre Mendès France qui expliquait que la politique, ce n’était pas la prise de pouvoir et son exercice, mais la pédagogie qui permet d’associer à cette question les hommes et les femmes grâce la compréhension des enjeux.

Il est vital pour la gauche d’être capable de rentrer en contact et de garder des liens pour écouter et mobiliser les gens de la société civile. Le parti socialiste seul avec son réseau d’élus, aussi dense soit-il, ne peut pas réussir ce travail, car les élus ont une approche de la société qui leur est propre. Ils sont moins à l’aise avec certaines tranches de la société. Les catégories populaires et les jeunes sont à l’écart de la vie politique : il faut trouver d’autres moyens pour toucher les gens. Il faut que le PS puisse toucher l’opinion en profondeur, sans propagande, mais en usant de pédagogie.

Quel rôle doit jouer le parti socialiste maintenant que la gauche est au pouvoir ?

Le PS doit jouer un rôle tout à fait nouveau. Il a été dans une situation où lorsqu’il était dans l’opposition, il n’était jamais appelé à vérifier la réalité ou la faisabilité de ses propositions. Le gouvernement est chargé des affaires immédiates, il doit redresser le pays et trouver des solutions à la situation budgétaire à la crise de l’euro. Il doit se colleter au quotidien. Le rôle du parti est donc de se projeter dans une perspective un peu plus longue, anticiper les événements et les échéances comme les élections européennes. Ce sera l’occasion de donner au Parlement européen une majorité de gauche qui aidera François Hollande à faire bouger les lignes, ou pas. Le parti doit aussi se projeter en termes d’idées : il doit faire comprendre que la politique que nous menons ne résume pas notre projet politique. Dans un monde marqué par une compétition sauvage, nous voulons des mécanismes de solidarité et de coopération. C’est comme cela qu’on apportera des réponses à la crise morale qui touche le pays.

Le PS doit-il jouer un rôle d'aiguillon de la gauche ?

Non, le parti doit avoir un rapport direct avec les Français à la différence du gouvernement qui a forcément un rapport plus institutionnel au peuple. Le PS veut organiser l’échange, voire la contradiction. Il faut que les Français soient convaincus de la façon dont le Parti socialiste débat et se tourne vers eux. Le PS n’est pas seulement la courroie de transmission d’un message officiel, mais l’outil qui permettra de rentrer en dialogue et en débat avec les socialistes au pouvoir, quitte à faire remonter des préoccupations, des incompréhensions ou des oppositions. Il faut organiser notre débat si nous ne voulons pas qu’il soit récupéré par l’opposition.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Commentaires (13)
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vangog
- 22/10/2012 - 21:01
Le PS, parti de l'étranger?
Beaucoup de descendants d'émigrés d'Afrique du Nord et de pays Mediteraneens "socio-sensibles" et qui ont une revanche historique à prendre contre la France ou, plus intéressant, quelque chose à prouver à la France, quelques Asiatiques, Maghrébins, un Hollandais, très peu de Français de longue date!
Est-ce le début d'une explication à leur acharnement a détruire l'identité Française? Espérons que non...
Titan75
- 22/10/2012 - 10:42
Quant à Désir
C'est une marionnette décérébrée choisi justement pour sa nulliité.
Titan75
- 22/10/2012 - 10:39
Le PS
Un parti de retraités. Oseront-ils donner la moyenne d'âge ? Et un parti géré de façon mafieuse, où Guérini et tant d'autres continuent de piller les collectivités locales qu'ils dirigent.