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François le jardinier

Un miracle... Le pire de la crise de l'euro peut-il vraiment être passé sans que l'on ait traité les racines du mal ?

Publié le 18 octobre 2012
François Hollande a estimé mercredi que nous étions "près, tout près" d'une sortie de crise de la zone euro et que "le pire" était "passé".
Mathieu Mucherie,Nicolas Goetzmann,Philippe Waechter et Jean-Luc Sauron
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Mathieu Mucherie est économiste de marché sur Paris, et s'exprime ici à titre personnel.Nicolas Goetzmann est gérant de fortune privée, ancien gérant de portefeuilles. En 2012, il a crée le site contrintuitif.com.Philippe Waechter est directeur des...
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François Hollande a estimé mercredi que nous étions "près, tout près" d'une sortie de crise de la zone euro et que "le pire" était "passé".

Atlantico : Dans une interview accordée au journal Le Monde (voir l'article), François Hollande a déclaré : "Sur la sortie de la crise de la zone euro, nous en sommes près, tout près". Alors que le FMI a récemment révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour la France et la zone euro, qui devrait d'ailleurs connaitre sa seconde récession en trois ans, le président français est-il trop optimiste ?

Mathieu Mucherie : On ne compte plus les déclarations martiales des uns et des autres depuis le début de cette crise, la sortie est toujours pour l'année prochaine, ça devient orwellien, un mélange de Désert des Tartares et d'En attendant Godot. En gros, il y a deux catégories : ceux qui ne savent pas ce qu'ils disent, et ceux qui ne disent pas ce qu'ils savent. Je vous laisse placer le FMI et l'Elysée dans les catégories de votre choix.

Les gens qui tentent d'être un peu honnêtes reconnaissent qu'une crise de mésalignement des taux de changes réels c'est long (surtout que l'Allemagne ne change pas), qu'un cycle immobilier c'est long, qu'une crise de la dette (surtout quand le banquier central en zone euro est aussi nul, et le potentiel de croissance nominale aussi bas) c'est long (allez vous désendetter en Espagne avec le niveau des taux aujourd'hui...), que les réformes structurelles ça va être long car en France on les attend depuis des décennies, bref que l'on n'est pas prêts de sortir de l'auberge (espagnole). Au même moment, l'immobilier américain se reprend, eux commencent à voir le bout du tunnel, aidés par une banque centrale pas trop autiste.

Nicolas Goetzmann : François Hollande est opportuniste. Les Etats Unis ont mis en place un plan de soutien monétaire le mois dernier, qui profitera à la planète entière par ricochet. L'Europe en profitera également, dès les prochaines semaines. Le FMI ne croit pas réellement à l'efficacité de ce que les américains mettent en place, ce que nous avons pu voir avec les déclarations de Christine Lagarde sur le sujet. Ce qui importe ici, c'est que les Européens vont profiter d'une aide extérieure indirecte, que François Hollande compte dessus pour redorer sa position politique me paraît normal. Mais ce qui a été mis en place en Europe ne permet qu'une chose: gagner du temps. Les élucubrations budgétaires sont vaines, cela ne changera rien au problème.

Philippe Waechter : Je crois qu’il y a deux problématiques à distinguer en zone euro. Il y a une question liée à la croissance et il y a celle liée à la crise de la zone euro. Les deux peuvent avoir des logiques distinctes. La fragilité de la reprise dans de nombreux pays européens a alimenté la crise de la dette souveraine puisque au départ l’Espagne et l’Irlande n’avaient aucun problème de dette. En 2007 elle représentait 40% du PIB en Espagne et 25% en Irlande. C’est le choc sur l’activité et la croissance qui a engendré des déséquilibres budgétaires forts et la question de la soutenabilité de la dette publique. Par la suite l’absence de croissance, de reprise du secteur privé, a maintenu les déficits à un niveau élevé et les dettes sur une trajectoire ascendante.

On se souvient des notes des agences de notation indiquant leur inquiétude sur la croissance et la difficulté qui en résultait pour stabiliser le ratio dette publique sur PIB alors que les déficits publics étaient élevés. Ces notes étaient généralement accompagnées de dégradation de notation pour les pays concernés. La mise en place d’institutions évoquée par François Hollande aura un caractère stabilisant sur la zone euro et permettra surement de réduire la crise de la zone euro. Cela ne permettra pas spontanément de retrouver une croissance robuste, forte et durable susceptible de permettre rapidement une réduction des déséquilibres du marché du travail.

Un cadre vertueux est en train d’être dessiné sous l’impulsion notamment de la BCE, il faut maintenant trouver la trajectoire qui permettra de converger rapidement vers celui-ci sachant que la conjoncture immédiate est médiocre en Europe. C’est cela la difficulté à laquelle l’Europe a à faire face. Le président est dans son rôle mais il y a toujours des délais entre les décisions et la réalisation. Il a un peu comprimé ces délais entre les décisions prises et le moment ou les effets seront tangibles. 

Avec le recul, voit-on mieux les causes de la crise ? A-t-on entrepris les mesures nécessaires pour y remédier ?

Mathieu Mucherie : Non, nous n'avons pas du tout entrepris les mesures nécessaires pour remédier à la crise. La plupart des décideurs en zone euro considèrent toujours ("règle d'or", "union bancaire", discours moralisateur sur la Grèce) que la crise est budgétaire, alors qu'elle est outrageusement monétaire : monétaire dans ses causes (trop de laxisme monétaire dans les PIGS d'où une bulle du crédit et de l'immobilier, et une dérive des coûts salariaux), monétaire dans son déroulement (souvenez vous que les PIGS ne peuvent plus dévaluer comme ils y étaient habitué ce qui renforce le retrait des capitaux une fois celui-ci enclenché, souvenez vous de l'euro à 1,60 dollar en lien avec le refus répété de la BCE à propos des politiques de Quantitative Easing (QE), etc.), monétaire dans ses conséquences (ce sont les classes d'actifs qui sont libellées en euros qui ont souffert le plus, pas le NASDAQ !!). Le niveau intellectuel en zone euro est consternant, comme ces gens en juin 1940 qui attribuait le désastre de l'armée française à l'abandon de l'utilisation des pigeons voyageurs pour les communications Du coup, les mesures nécessaires, monétaires (QE, politique de ZIRP, et du coup dévaluation massive de l'euro), ont été à peine esquissées, et les projets en la matière ont tous rebondi sur les parois en verre du nouveau building de la BCE à Francfort.

Quant aux USA, c'est mieux, mais pas génial : la bulle immobilière initiale ne venait pas du tout de la Fed comme on l'a souvent entendu dire (mêmes taux à Houston et à Miami, même taux à Atlanta et à Phoenix...) mais de la conjonction d'une offre contrainte par les règles foncières dans certains endroits, et d'une demande dopée aux stéroïdes para-publics de Fannie Mae et des incitations fiscales (merci aux démocrates dans les deux cas...). Or sous Obama rien n'a été fait pour éviter la même séquence bulle-boom-crash dans 10 ans : pas de vraie réforme de Fannie, peu de changements du coté des restrictions foncières locales abusives. Espérons juste qu'il y aura un effet mémoire, et une Fed contra-cyclique.

Nicolas Goetzmann : Il n'y avait pas besoin de tellement de recul pour comprendre qu'il s'agissait d'une crise monétaire. Il fallait une capacité de remise en question, ce qui n'est toujours pas le cas en Europe. Aux Etats Unis, Ben Bernanke a été décisif depuis le début. 

Cette crise débutait sur le même rythme que 1929, et les interventions de la FED en ont limité les effets. Aujourd’hui une nouvelle politique monétaire est mise en place Outre-Atlantique, pendant ce temps nous nous préoccupons des oeuvres d'art et de l'ISF. La seule mesure pour remédier efficacement à la crise est de poser la question du mandat de stabilité des prix, le reste n'est que pure cosmétique. Nous avons besoin d'un système plus souple, prenant en compte la stabilité des prix, d'une part, et l'emploi d'autre part.

Philippe Waechter : La difficulté de cette crise est qu’elle a des sources multiples. Il y a eu les effets induits par la mise en place de l’euro qui a créé une dynamique interne pour les pays qui ont bénéficié de taux d’intérêt plus réduit. Ces effets induits sont des déséquilibres forts au sein de la zone euro. Les salaires en Espagne, en Irlande ou dans d’autres pays ont augmenté de façon rapide, plus rapide qu’en Allemagne ou en France. Lorsqu’en Espagne ou en Irlande il a fallu retrouver, après l’éclatement de la bulle immobilière, une dynamique de croissance plus soutenable à moyen terme il est apparu que ces déséquilibres accumulés devaient être corrigés. Sur ce point il y a eu certainement une problématique de gouvernance européenne, de surveillance au moment ou ces bulles sont apparues. La relance qui a été évoqué par Angela Merkel en Allemagne pourrait contribuer à réduire ces déséquilibres.

D’autres phénomènes ont joué comme par exemple le changement de fonctionnement du pacte de stabilité et de croissance par la France et l’Allemagne en 2003 ou 2004. Cela traduisait une trop forte capacité pour les Etats de modifier les règles de façon presque unilatérale. Les institutions qui se mettent actuellement en place devraient éviter ce travers. Cette capacité à changer les règles a été problématique en matière de gouvernance de l’ensemble de la zone alors que la Commission était peu visible..

La difficulté est que l’on sait que la zone Euro n’est pas une zone monétaire optimale et qu’il est absolument nécessaire d’avoir une grande coordination budgétaire pour compenser l’absence de fluidité notamment sur le marché du travail entre pays de la zone euro. Personne sur cette question n’a voulu jouer le jeu et c’est pour cela que le traité est nécessaire. Il faut que chacun joue une partition complémentaire à celle de son voisin. Ce n’était pas le cas mais c’est ce que met en place le traité. Celui-ci permet aussi à la BCE de jouer le rôle de préteur en dernier ressort sous certaines conditions. Ces éléments manquaient, ne permettant pas une coordination plus forte entre les pays de la zone. Il y a donc un changement qualitatif sur la gouvernance pour éviter que les déséquilibres évoqués plus haut ne se renouvelle et quantitatif car les objectifs et les moyens peuvent être chiffrés et mesurés. Quant à la crise elle-même et aux mesures prises, on s’interrogera longtemps sur les choix initiaux qui ont été faits sur la Grèce. 

Pourra-t-on sortir définitivement de la crise de l’euro alors que les causes structurelles, comme le shadow banking, n’ont pas été traitées ? Les mêmes causes ne produiront-elles pas les mêmes effets ?

Mathieu Mucherie : Le shadow banking n'est qu'un détail de l'histoire de la crise, une diversion pour gogos, comme le trading algorithmique, comme Kerviel, comme les CDS, comme à peu près toutes les pseudo "causes financières". Cette crise vient de la monnaie, des manipulations de changes (Chine, Arabie), des pratiques japonisantes de la BCE, de l'illusion nominale de tous les acteurs (j'entends encore tous ces analystes de 2008 jacasser sur les périls inflationnistes au beau milieu de la plus fantastique déflation jamais vue depuis 1932), bref : les désordres financiers sont des conséquences, pas des causes. C'est le chien qui remue la queue, c'est pas la queue qui remue le chien.

Nicolas Goetzmann : Toutes ces prétendues causes, shadow banking, les traders, le monde de la finance, sont une farce. Bien entendu, des comportements d'avidité, d’irresponsabilité ont eu lieu, mais croire que cela est une cause de la crise est absurde. La situation a mis en avant ces comportements, et a permis un renforcement des contrôles. Mais je le répète, ce n'est pas une cause de ce que nous vivons depuis 5 ans. On peut continuer de taper sur les banques pour faire plaisir à tout le monde, mais cela ne changera rien à la situation. La cause de la crise est une mauvaise appréciation des conditions monétaires dans la zone euro. Elles ont été historiquement strictes, et ont asséché totalement l'économie. C'est une erreur politique. Pour la résoudre, il faut réviser le traité.

Philippe Waechter : Les causes structurelles sont celles que j’évoquais plus haut sur les déséquilibres entre pays parce que les dynamiques internes suivaient des processus différents. Cela avait abouti à des écarts importants de compétitivité, généralement au bénéfice de l’Allemagne qui disposait alors de balances commerciales excédentaires vis-à-vis de la plupart des pays de la zone. Ces éléments seront longs à se corriger puisqu’il ne peut pas y avoir spontanément de dévaluation. Ils passent soit par une dévaluation interne dans les pays ayant eu une demande interne excessive soit par une réévaluation des pays ayant une demande interne trop peu dynamique. Sur ce dernier point l’Allemagne est en première ligne et doit surement être réévalué d’où l’intérêt éventuel de la relance allemande.

Sur les questions bancaires, l’Europe est en train de faire des changements importants avec la mise en œuvre de Bale 3. En outre les choix qui seront fait sur la forme des banques seront majeurs. D’ailleurs chacun s’interroge sur la forme de son système bancaire et financier. Aux USA les réformes Volcker et Dodd-Franck, au Royaume Uni le rapport Vickers, en zone Euro le rapport Liikanen, tous ces éléments cherchent à mieux maîtriser l’évolution du système bancaire pour limiter le risque de Shadow Banking. En outre l’Union Bancaire en zone Euro avec un seul régulateur pourrait aussi limiter ces risques.

La question est de savoir si en contraignant de façon excessive le système bancaire celui-ci ne va pas s’échapper et sortir des radars habituels des régulateurs. 

Faudrait-il envisager une plus grande flexibilité dans l’évaluation de la valeur de l’euro par rapport au dollar et au yuan ?

Mathieu Mucherie : Nous sommes en régime de changes flexibles entre les grandes monnaies depuis grosso modo 1971. Les japonais ont accepté une appréciation nominale continue du Yen depuis un quart de siècle, on voit le résultat. Les gens de la BCE (qui ont fait une OPA silencieuse mais totale sur la politique de changes : le Traité ne leur confiait ici qu'une co-responsabilité) ont décidé à partir de 2003 (Trichet) de s'engager dans un euro cher pour marquer des points symboliques face aux américains, comme de petits roquets. Les américains ont compris (comme Poincaré en 1928, comme De Gaulle en 1958... et comme Roosevelt en 1933 avec une dévaluation de 60% !!) qu'une dévaluation est bien utile en période de crise. Du coup, la messe est dite : dans le grand jeu monétaire, nous sommes cocus, et fiers de l'être puisque "si l'euro est fort, c'est que l'euro n'est pas en crise", c'est imparable. 

Avec la Chine c'est différent : sa monnaie n'est pas convertible, sa stratégie économique est mercantiliste, son ancrage (légèrement glissant, mais il y a ancrage quand même) se fait avec la monnaie de référence, le dollar, ce qui oblige la Chine à accumuler des réserves de changes peu productives en dehors des zones pavillonnaires de Californie et des Walmart (car une monnaie chinoise sous-évaluée revient à subventionner les consommateurs américains). Tout cela est peu efficient, mais les Chinois ont l'habitude de "tâter chaque pierre pour traverser la rivière" donc il ne faut pas s'attendre à des changements brusques. Convertibilité progressivement, développement des marchés financier progressivement, désancrage progressivement. En attendant, la zone euro récupère les mauvais cotés de ce mercantilisme chinois et ne profite pas des flux chinois, bravo.

Nicolas Goetzmann : C'est essentiellement la nature d'une politique monétaire qui fixe la valeur d'une monnaie. Nous avons une politique stricte, et donc une monnaie forte. Le Japon a été très stricte pendant 20 ans, et dispose de la monnaie la plus forte du monde. Les chinois, les américains, les émergents sont plus souples. Quand vous posez cette question sur la flexibilité de la valeur de l'euro, vous posez la question de la flexibilité de la BCE. Et en effet, elle n'est pas flexible.

Dans son livre, The Globalization Paradox, Dani Rodrik professeur de Harvard, explique qu’il est impossible de conjuguer les trois aspirations de l’Europe, à savoir, la démocratie, la souveraineté nationale, et l’existence de la monnaie unique. Faut-il envisager de profonds changements institutionnels pour sortir définitivement de la crise que traverse la zone euro ?

Mathieu Mucherie : Joli "trilemme" de la part de Rodrick, un peu moins académique que le célèbre triangle d'impossibilité de Mundell mais un assez bon proxy de la situation politique en zone euro. La démocratie est bafouée chaque matin par la BCE : transparence la plus faible de toutes les grandes banques centrales, responsabilité jamais engagée, viols du Traité, chantages auprès des gouvernements, c'est un festival de dérives bureaucratiques, de langue de bois ("tout est structurel"), de cooptation, d'incohérence temporelle (sur M3, sur le SMP, sur tout), et le tout en toute impunité. Dieu merci "si les gens savaient, le système tiendrait 48 heures" comme disait Rosa Luxembourg, et il se trouvent que les gens ne savent pas : en France, par exemple, il y a 60 millions de sélectionneurs de l'équipe de France et 60 millions d'experts du budget et de la fiscalité-injuste-avec-les-plus-faibles, mais combien de français savent ce qu'est un taux réel ? un agrégat monétaire ? un LTRO ? Ils croient que la crise est liée à l'absence de contrôleurs fiscaux en basse Thessalie, par à la gouvernance ubuesque de la zone euro et à son management monétaire qui fait de nous la risée du monde entier.

Pas besoin de profonds changements institutionnels : si nous pouvions déjà nommer des économistes à la BCE (sur le modèle de la Fed et de la BoE et de la Banque de Suède et de la Banque d'Israel) plutôt que des bureaucrates, et si nous pouvions faire en sorte qu'ils votent lors de leurs réunions (à 23 autour d'une table, ils ne votent pas), et si nous pouvions les obliger à communiquer les minutes de ces réunions (comme partout dans le monde développé), nous aurions déjà fait un pas de géant : des erreurs de politique monétaire continueraient à être faites (elles sont inévitables), mais... ce ne serait pas toujours les mêmes (toute ressemblance avec les comédies de remontée des taux mi 2008 et début 2011 ne serait pas fortuite). L'euro resterait une monnaie peu optimale, mais au moins un peu plus compatible avec la démocratie et avec la circulation de l'information dans le monde moderne ; son existence en serait peut-être prolongée de quelques années.

Nicolas Goetzmann : Justement. François Hollande parle d'Eurobonds dans son entretien au "monde". Il s'agit la encore d'un transfert de souveraineté. Nous avons perdu le pouvoir monétaire avec la création de la BCE, voulons nous perdre aussi le pouvoir budgétaire? Ce que décrit Rodrik, c'est que L'euro a été le premier maillon d'un transfert total de souveraineté. Il s'agit d'un processus. Soit l'euro disparaît dans sa forme actuelle, soit on continue la marche an avant, mais on ne s'arrêtera pas en chemin. En perdant le pouvoir monétaire, le pouvoir politique est démembré. Soit le pouvoir budgétaire rejoint le monétaire au niveau Européen, soit les Etats retrouvent la pouvoir monétaire, mais la situation actuelle n'est pas viable.

Philippe Waechter : Ces 3 éléments mis en avant par Dani Rodrik mettent le doigt sur ce qui a été fait jusqu’à présent. Chacun pouvait agir de son côté sans vraiment rentrer dans une dynamique coopérative et coordonnée. Ce que dit Rodrik est qu’il est nécessaire d’enlever un des 3 sommets de ce triangle d’incompatibilité. Si l’on veut la monnaie unique il est probable et surement souhaitable que chacun perde une partie de sa souveraineté nationale. On ne peut pas vouloir tous aller dans le même sens, ce que nécessite la monnaie unique et accepter que chaque pays puisse orienter sa stratégie selon son bon vouloir.

Le traité écorne cette souveraineté car il est évoqué la coordination budgétaire et donc des façon de faire communes. On peut aller plus loin à terme en définissant au-delà des institutions qui viennent d’être créées (BCE preteur en dernier ressort, Union Bancaire, Traité, MES) un cadre fédéral. Mais ce sera pour plus tard car comme l’évoquais Mario Draghi le 29 Août dernier dans Die ZEIT, il faut s’occuper des problèmes immédiats même si on peut envisager à moyen terme un cadre fédéral. A court terme la mise en œuvre d’un tel cadre est trop longue, trop complexe et trop coûteuse  Les problèmes à résoudre nécessitent des mesures immédiates peu compatibles avec le cheminement vers le fédéralisme. Cela peut n’être qu’une question de délai.

Jean-Luc Sauron : Les commentateurs de la crise de la zone euro ne soulignent pas suffisamment le danger que cette crise fait peser sur les "jeunes" démocraties que sont la Grèce, l'Espagne ou le Portugal, et au-delà sur l'Europe toute entière. Ces trois pays sont entrés dans la Communauté en sortant d'une période plus ou moins longue de dictature (Espagne et Portugal, milieu des années 30-milieu des années 70 ; Grèce 1967-1974). La démocratie n'est pas un acquis. Elle est une construction de tous les jours. Le prix Nobel attribué à l'Union européenne est la manifestation de ce que le renforcement de la vie démocratique est l'essence de cette construction européenne. Les droits fondamentaux en sont la charpente.

Or certains Européens sont en train de jeter le bébé (l'UE et la démocratie) avec l'eau du bain (la crise économique et les politiques de rigueur et d'austérité). Cette réaction de rejet vis-à-vis de l'Union européenne se trompe de cible : ce n'est pas l'Europe qui est responsable de l'absence de budget en équilibre en France depuis 1974 !

La violence sociale, qui couve en Europe suite à la remise en cause du contrat social de nos sociétés par la crise économique et financière actuelle, doit trouver une issue politique rapide. Les schémas fédéraux globaux (à 27) ou dans le cadre d'une constituante en 2014 sur fond d'élections européennes n'auront pas prises sur une réalité d'une très grande instabilité. Ces projets seront morts avant d'être mis en oeuvre. Les Européens n'ont pas besoin de débats. Au simplisme de l'activisme populiste d'extrême-droite en Europe, les partisans de l'Europe doivent répondre sur le terrain de la refondation politique.

Les initiateurs de l'euro ont, sans doute, été dépassés par leur créature. Mais toutes les conséquences institutionnelles de la communauté de destin, qui est celle des pays qui utilisent une monnaie unique, doivent être tirées.

Les Européens n'ont plus le temps d'attendre. Les solutions qui épargnent les classes politiques nationales en refusant le partage des souverainetés ou celles qui sauvegardent les équilibres institutionnelles européens (comme l'absence de décision qui aboutit à voir les trois présidents du Conseil européen, de la Commission européenne et du Parlement européen aller chercher ensemble le prix Nobel faute d'accord) ne font que le lit de la désintégration européenne.

Nos dirigeants ont sur leurs épaules un monde qui vascille. Ils doivent construire du nouveau et non pratiquer des politiques "palliatives" sur l'existant. Transformons le continent d'Etats, qu'est aujourd'hui l'Union européenne, en un Etat-continent.
Le contrat doit être clair : pour participer à "l'Union de stabilité européenne", il faut payer un droit d'entrée. Ce ticket c'est le partage des souverainetés régaliennes. Après la monnaie, doivent venir la fiscalité, le budget, la justice, la solidarité sociale. Peu importe que l'amorce de cette Union de stabilité européenne ne comprenne, au départ, que certains des Etats membres de l'actuel zone euro. Des pays utilisent bien l'euro aujourd'hui sans participer à sa gestion (Monaco, le Kosovo, le Montenegro, ou le Vatican). Le coeur de cette fédération d'Etats-nations (que j'appelle "Union de stabilité européenne") redonnera à l'actuelle Union européenne la force et le dynamisme qui lui manque. Elle restera au sein de l'Union européenne dont elle sera membre en prenant la succession des Etats qui auront accepté d'y entrer.

L'Europe ne se relancera pas à 27. Le temps de la mondialisation ne permet pas des ébauches. Seul un groupe d'Etats volontaires pourra réaliser cette relance en montrant, par l'exemple, ce que peut réussir une fédération d'Etats nations, comme l'Union de stabilité européenne.

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Mich312
- 19/10/2012 - 12:09
Une racine de tous les maux
L'amour de l'argent est une racine de tous les maux; et quelques-uns, en étant possédés, se sont égarés loin de la Foi, et se sont jetés eux-mêmes dans bien des tourments. Ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, Ils se crèvent la cervelle pour presque rien, font souffrir les autres rien que pour remplir de poches et gagner encore gagner en monnaie qui ne leur serviront à rien s’il quittait cette vie à l’instant T
cafecreme
- 19/10/2012 - 08:17
Mr waetcher
Vous avez écrit "cette crise qui va changer votre vie". Bien avant votre livre j' ai acheté des actions chez natixis banque d'investissement, autour de 20e, je les ai vendu a 4e elle vaut autour de 2e aujourd'hui.
Effectivement ca a changé ma vie et mon avis sur les banques et les experts car cette action était fortement recommandée par la bred.
knoxknox
- 18/10/2012 - 22:24
M. Mucherie
"ça devient orwellien, un mélange de Désert des Tartares et d'En attendant Godot"
Vous avez réussi à placer vos trois références littéraires dans la même phrase, bravo! Mais quel rapport avec Orwell?

Comme vous dites, le niveau intellectuel en zone euro est consternant.

Aussi, employer "autiste" comme synonyme de "bouché, incompétent" est insultant pour plein de gens. C'est comme si je disais "économiste" pour "analphabète", vous comprenez?