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Trop mou

Le manque d'autorité de François Hollande vient-il du fait qu'il peine à inspirer la peur ?

Publié le 28 octobre 2012
Un sondage OpinionWay pour le Figaro montre que 68 % des Français considèrent que François Hollande manque d'autorité. Difficultés à recadrer ses ministres, manque de fermeté dans ses relations avec les femmes et "bashing" de la presse : modernité de la présidence ou échec du style "normal" ?
Christophe Barbier est journaliste. Il est directeur de la rédaction du magazine l'Express depuis 2006. Il est l'auteur, notamment, de "Maquillages : les politiques sans fard", aux éditions Grasset.Jacques Charles-Gaffiot est l'auteur de...
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Christophe Barbier, Jacques Charles-Gaffiot et Bruno Jeanbart
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Christophe Barbier est journaliste. Il est directeur de la rédaction du magazine l'Express depuis 2006. Il est l'auteur, notamment, de "Maquillages : les politiques sans fard", aux éditions Grasset.Jacques Charles-Gaffiot est l'auteur de...
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Un sondage OpinionWay pour le Figaro montre que 68 % des Français considèrent que François Hollande manque d'autorité. Difficultés à recadrer ses ministres, manque de fermeté dans ses relations avec les femmes et "bashing" de la presse : modernité de la présidence ou échec du style "normal" ?

Atlantico : Un sondage Opinionway pour le Figaro montre que 68 % des Français considèrent que François Hollande ne sait pas suffisamment faire preuve d’autorité. Comment expliquer une telle perception des Français après seulement quelques mois au pouvoir ?

Bruno Jeanbart : On peut l’expliquer de deux manières. Tout d’abord, cela renvoie au fait que l’autorité n’était pas ancrée dans l’image de François Hollande, bien avant son élection en mai. Cela faisait partie des sujets sur lesquels pouvaient s’interroger une partie des électeurs.

Deuxièmement, on constate que les premiers mois du mandat du président n’ont pas permis d’améliorer la perception que les Français avaient sur cette question. Après une rentrée assez difficile pour le gouvernement et de nombreux débats à la suite des multiples « couacs » du gouvernement et des divergences qui ont pu apparaître entre les ministres, cette image n’a fait que se renforcer.

François Hollande a du mal à inspirer l'autorité autour de lui, notamment face à ses collaborateurs et face aux femmes qui l'entourent. Est-ce dû au fait qu'il n'arrive pas à instaurer la peur?

Christophe Barbier : Je pense que Hollande exerce un modèle d'autorité en politique assez inédit qui lui cause plusieurs soucis. Celui avec les femmes que nous avons sélectionné en couverture de L'Express il y a quelques semaines n'est qu'un des aspects de ce manque d'autorité, ou plutôt de cette autorité moderne. En effet, il est trop facile de dire qu'Hollande est mou, faible et manque d'autorité. Il a une forme d'autorité que l'on peut qualifier de moderne car plus dans le dialogue, dans le consensus, beaucoup moins verticale que celle de Nicolas Sarkozy ou même de François Mitterrand. Ce dernier était dans une autorité verticale assez tordue, car il ne fallait pas déplaire au chef mais la communication était remplie de non-dits. Sarkozy n'était lui pas "tordu" mais au contraire tout à fait direct, du type "tu es avec ou contre moi".

Avec Hollande, on a une autorité qui cherche à être horizontale. "Je ne te suis pas supérieur mais je suis le président et je vais essayer de te convaincre que j'ai raison". Cela a plusieurs conséquences. Tout d'abord, en découle la difficulté à installer un couple président / Premier ministre. Ensuite, c'est la difficulté à gagner les rapports de force qui eux sont restés violents. Exemples types : un sommet européen ou encore le passage en force pour un amendement ou une loi. L'autorité de conviction de Hollande se heurte dans ces cas à ceux qui font de la politique avec des coups tordus et qui sont là seulement pour le rapport de force.

Pour ce qui est des cas plus spécifiquement féminins, cela démontre le cœur de la modernité de Hollande. En effet, avec lui, enfin, les femmes ont une vraie existence politique, c'est-à-dire qu'elles n'obtiennent pas un poste parce qu'elles sont femmes, à l'inverse elles ne sont pas déjugées parce qu'elles sont femmes, faibles et donc qu'on peut piétiner. C'est donc reconnaître qu'elles sont des hommes politiques comme les autres que d'avoir avec elles un rapport de force normal. C'est la première fois qu'on voit des femmes poser des problèmes au chef de l'Etat parce qu'elles sont politiques et pas parce qu'elles sont femmes. Cela crée dans l'opinion un doute qui consiste à se demander si Hollande est capable d'être un chef et particulièrement pour des femmes.

Pour ce qui est du cas de Valérie Trierweiler, c'est une femme politique elle aussi. Elle a posé problème et pose encore problème à François Hollande dans sa fonction politique. Même s'il était certainement dû à des motivations privées, le tweet du mois de juin était un missile politique. De la même manière Ségolène Royal pose des problèmes politiques au président. Il peut toujours y avoir des raisons privées mais le résultat est un problème politique.

Dans l'opinion, il y a une perception psychologique et une partie des Français se disent que Hollande représente une gauche molle et qu'il est dénué d'autorité. Mais je pense que c'est une lecture de la société assez machiste.

Jacques Charles-Gaffiot : En politique, que l’on se souvienne du règne de la Terreur établi par Robespierre et ses émules, le recours à la peur pour mieux asseoir un régime est un moyen dont les conséquences conduisent toujours au désastre et qui ne renforce que provisoirement l’autorité d’un chef.

François Hollande possédait, comme tous les chefs d’Etat et ses prédécesseurs sous la Ve République, trois moyens habituels pour "être" respecté.

  • Le consensus populaire. La victoire de l’actuel président, le fait est à présent bien établi, n’est pas le résultat d’une adhésion majoritaire ni à son programme, ni à sa personne. Elle résulte davantage d’un anti-sarkosysme médiatisé tous azimuts durant cinq ans pour des raisons qui n’entrent pas dans ce propos. Le soir du 6 mai 2012, François Hollande eut donc l’illusion d’être démocratiquement investi de l’autorité suprême par une majorité de Français qui ne représentait finalement que 51,63 % d’un peu plus de 71% des inscrits si l’on retranche les bulletins blancs et nuls des suffrages exprimés, soit 36 % environ de la population.
  • Le prestige de la fonction, sur lequel nous reviendrons dans un instant, mais qui lui fait encore actuellement défaut en raison de l’instauration de la "présidence normale".
  • Enfin, la stature du titulaire. A défaut des deux premiers moyens ou en plus de ceux-ci selon les cas, le titulaire de l’autorité peut enfin chercher à imposer le respect par l’ascendance induite par son comportement ou par l’intermédiaire de postures dans lesquelles il s’applique à se mouvoir, même s’il doit se comprimer. Nous avons déjà suffisamment rappelé l’importance symbolique pour un chef d’Etat de parler assis en face d’une assemblée et non debout devant un pupitre de plexiglas.
    Ce recours à une marque de reconnaissance, aussi simple que perceptible, n’est malheureusement aujourd’hui plus de mise en politique en raison du très en vogue pastiche mondialisé des habitudes protocolaires anglo-saxonnes que nous avons introduites dans nos institutions. Mais François Hollande n’a pas su saisir non plus tout l’art de la gestuelle d’un François Mitterrand par exemple qui, à l’aune de sa formation chez les bons pères de la Compagnie de Jésus, s’exprimait ordinairement les bras tendus et en croisant les mains sur ses genoux, afin de ne pas trahir par une gestuelle non dominée et trop expressive des sentiments plus secrets que de fins analystes du comportement auraient pu déceler et interpréter. Par comparaison, la fébrilité du candidat président lors de sa campagne, agitant ses avant-bras poings fermés pour marteler ses propos, apparaît très éloignée de la domination sur soi-même nécessaire à laisser transparaître une autorité naturelle. 

Est-ce aussi une conséquence de sa présidence normale ?

Jacques Charles Gaffiot : Le recours par François Hollande à la notion de "présidence normale" pour mieux abattre son adversaire, on le constate tous les jours, est d’une excessive maladresse. Un chef d’Etat ne saurait être "Monsieur tout le monde". Au contraire, l’exercice de l’autorité ou du pouvoir sépare son détenteur d’une sphère jusqu’alors ordinaire pour le conduire dans un univers désormais plus retiré et moins accessible, permettant dans la personne du titulaire une sorte d’éclosion à l’exercice de sa fonction présidentielle. 

 

Faire croire à un refus de se soumettre au moins publiquement à cette obligation relève de la démagogie voire d’une pointe d’égocentrisme. Que l’on se souvienne de la formule "Moi, président" scandée seize fois par François Hollande lors du dernier débat opposant les deux candidats. Elle pourrait aussi se réduire encore plus simplement dans l’aphorisme "Moi, moi, moi …." !

Pour user de démagogie, surtout dans l’exercice du pouvoir, il est nécessaire d’avoir recours à de bons complices. C’est à ce prix que seront provoqués les béats attendrissements du public. Qu’on en juge en se référant à nos premiers mois de présidence normale : qui pouvait penser sérieusement parmi les membres du gouvernement concernés et les journalistes présents que les déplacements en TGV du chef de l’Etat étaient moins dispendieux que ceux jusqu’alors employés par Nicolas Sarkozy ? Qui peut encore prétendre ignorer le soudain accroissement du personnel et des moyens mis à la disposition de la première dame du pays ? Qui, dans la préparation du récent voyage présidentiel en Afrique, peut encore ignorer que les esclavagistes blancs dont les Français ne représentent qu’une partie réduite, commirent des crimes de moindre envergure et de moindre durée dans le temps que leurs petits camarades africains et arabes qui n’ont probablement pas l’intention de se repentir, entre autres méfaits, des rapts commis en Méditerranée et sur le continent de la vieille Europe pour alimenter les harems ou la chiourme des galères ?

Voilà autant de complicités partagées qui pèseront ensuite lourdement sur l’indépendance du chef de l’Etat et entraveront son affranchissement nécessaire envers les lobbies, les organes de pression de toute sorte, l’empêchant, s’il le veut véritablement, de s’appliquer à se montrer le président de tous les Français et à travailler véritablement au bien commun.

 

Bruno Jeanbart : Cela peut être un élément qui vient renforcer cette idée dans la tête des Français, dans la mesure où il peut y avoir de ce point de vue là un effet de balancier qui fait qu’un président normal est moins associé à cette image autoritaire qu’avaient pu véhiculer ses prédécesseurs. Je pense toutefois qu’il y a un fort effet de contexte qui est lié au discours ambiant et au manque de rigueur et de cohérence de l’équipe ministérielle. On sort d’une période où les dissonances se sont multipliées sur des sujets comme le cannabis ou encore le rapport Gallois.

Toutefois, il ne faut pas oublier que cette atmosphère d’amateurisme a existé dans la quasi-totalité des gouvernements précédents. Mais le fait que l’on ait des ministres jeunes et souvent inexpérimentés jette une présomption d’incompétence plus grande.

 

En France, faut-il inspirer la peur en politique pour se faire respecter ?

Christophe Barbier : Il est assez archaïque de fonctionner en inspirant la peur, cela ne marche d'ailleurs qu'un temps car au fur et à mesure les peureux s'organisent et étouffent le pouvoir. A un moment donné, et c'est la modernité qui l'exige, il faut passer à quelque chose de plus consensuel pour que les gens soient entraînés et non pas terrorisés. On voit bien d'ailleurs que Nicolas Sarkozy était de l'ancien modèle, celui vraiment autoritariste, alors que François Hollande voudrait faire autorité sans exercer la sienne. Sans doute va-t-il trop loin dans l'autre sens.

 

On constate que le président est sans cesse caricaturé, notamment par les humoristes (les Guignols...) comme un homme émasculé par les femmes. Quelles conséquences cela peut-il avoir sur la perception que les Français ont de leur président ? Cela peut-il définitivement le décrédibiliser ?

Christophe Barbier : C'est le prix qu'il paye pour sa modernité. Pour avoir voulu se comporter normalement avec les femmes, il passe pour quelqu'un d'émasculé.

Jacques Charles-Gaffiot : "Le ridicule tue", dit une certaine sagesse populaire ! La Gauche pourrait être prise ici à son propre piège. En sacralisant la liberté de la presse parfois jusque dans les limites du supportable, nous avons sans doute fait "la bête" aurait dit Pascal. La marionnette représentant François Hollande, comme autrefois celle figurant Jacques Chirac, imprime durablement dans beaucoup d’esprits une image indélébile dont  l’autorité de François Hollande fait et fera durablement les frais.

Bruno Jeanbart : Il est évident que le discours médiatique ambiant à des conséquences. On peut prendre en exemple les multiples couvertures de magazines qui ont été faites sur les couacs et les incompréhensions du gouvernement.

Cela n’a un effet dans l’opinion que parce que cette image colle à la peau de François Hollande et traîne dans la tête de beaucoup d’électeurs. Le personnage n’a pas tant changé que cela avant et après l’élection. Il a toujours été caricaturé de cette manière, notamment dans les Guignols.

Depuis quelques mois, on assiste à un véritable "Hollande Bashing" de la part des journalistes. Peut-on l'expliquer également par son manque d'autorité et sa difficulté à inspirer la peur ?

Christophe Barbier : Je ne pense pas que le Hollande Bashing soit une conséquence de ce manque d'autorité. Autant ces difficultés peuvent lui valoir les quolibets des humoristes, autant cela lui vaut le respect des journalistes qui apprécient ce dialogue. S'ils sont sévères avec lui, c'est uniquement pour son action, c'est-à-dire les décisions qu'il prend, la méthode qu'il suit et les résultats qu'il obtient ou qu'il n'obtient pas. Cela lui a valu ce grand trou d'air dans les sondages et ce grand ouragan de critiques en cette rentrée. Je pense qu'Hollande a raté ses 100 premiers jours mais cela est un fait objectif qui n'est pas dû à son modèle d'autorité. Et la presse ne peut que le constater et donc l'attaquer. D'ailleurs, la presse le fait surtout sur un mode d'alerte. Ni sa légitimité, ni sa personnalité ne sont attaquées. Il est beaucoup moins attaqué sur ce qu'il est que Nicolas Sarkozy.

Jacques Charles-Gaffiot : Je ne crois pas. Utilisé une première fois par Franz-Olivier Giesbert, ce nouvel anglicisme, est devenu à la mode au sein d’une petite intelligentia qui se plait, pense-t-elle, à faire et à défaire l’actualité. François Hollande a sans doute intérêt à regarder ce petit peuple s’agiter, occupé davantage à vendre du papier et à conserver des privilèges de caste que d’apporter de réelles contributions aux différents débats publics qui devraient occuper le devant de la scène. Mais, tête politique, le président a peut-être lui aussi tout à gagner en laissant ces beaux Messieurs agiter ces torchons rouges qui masquent davantage, cependant moins harmonieusement que le rideau de l’opéra, le devant du plateau.

Propos recueillis par Célia Coste

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Vertigo
- 01/11/2012 - 20:01
Très amusant
Le développement sur l'autorité moderne, ça me fait penser au sketch de Bigard sur son copain ninja qui arrêtait les coups de pieds avec ses testicules et méditait pendant 2 heures à genoux, c'est surpuissant ....
dedroite
- 30/10/2012 - 07:44
Hollande part défaut c'est la faute de l'ump et ses électeurs
Sarkosy c'est accaparé a lui seul la campagne présidentielle, l'ump en entier savait qu'il partait perdant et vous avez laisser faire sans broncher...Grosse erreur
Si il y avait eu des autres personnalités sérieux de droite, le PS ne serait pas là
C'est la grande erreur de l'ump et ses électeurs, alors maintenant si vous critiquez cette pauvre gauche, pensez que c'est de votre faute si vous en êtes arrivé là
BOUM
- 29/10/2012 - 22:23
Barbier, vous êtes rasoir.
Cet article est risible. Les thèses relativistes qui y apparaissent se veulent originales mais ces propos masquent mal un parti-pris pro-Nigoland. Depuis quand l'autorité peut elle être horizontale ? Depuis quand VT est elle un personnage politique ? Oui c'est vrai, face à nous nous n'avons pas la bande à Bader, mais plutôt les Pieds-Nickelés... Monsieur Barbier arrêtez de vous prendre pour un intello, vous n'êtes que journaliste. Essayez donc de faire de vraies analyses, objectives et rigoureuses.