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Les injections de botox sont remplacées par une solution saline, qui forme une grosse bosse sur le front.
© DR
Les injections de botox sont remplacées par une solution saline, qui forme une grosse bosse sur le front.
Freak show

Mode de la “Tête de Bagel” : pourquoi cette obsession japonaise pour les excentricités ?

Publié le 15 octobre 2012
Avoir un front en forme de gros donut grâce à l'injection d'une solution saline... Recherche de sensations fortes, besoin de se démarquer, ou simple masochisme ? Qu’est ce qui pousse les jeunes japonais à se transformer en monstres ?
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Avoir un front en forme de gros donut grâce à l'injection d'une solution saline... Recherche de sensations fortes, besoin de se démarquer, ou simple masochisme ? Qu’est ce qui pousse les jeunes japonais à se transformer en monstres ?

Les Japonais sont connus pour être à la pointe de la mode, et ne cessent de surprendre par leur créativité, des lolitas lookées de la tête aux pieds aux amateurs de cosplay, fans de mangas déguisés comme leur héros préféré. Mais la dernière tendance est plus que surprenante.

 
Le bagel head consiste, comme son nom l’indique, à transformer sa tête en bagel, ce délicieux sandwich de forme ronde et trouée, comme un donut, que les jeunes spécialistes du style arborent désormais sur le front. L’idée a intrigué le cerveau fou d’un artiste underground. Le photographe Ryoichi "Keroppy" Maeda, curieux des modifications corporelles extrêmes, c'est spécialisé dans le portait des "bagelheaders". Le photographe a ainsi popularisé ce type de modification corporelle.


Une opération esthétique assez simple permet cette transformation : simplement, les injections de botox sont remplacées par une solution saline, qui forme une grosse bosse sur le front. Le creux central est ensuite formé par simple pression du doigt.

 


Heureusement, cela ne dure pas bien longtemps : le liquide est bien vite absorbé par le corps, et le « bagel » disparait au bout de 24 heures.
Mais l’opération n’est pas sans contraintes : le liquide est injecté très progressivement, et c’est seulement au bout de deux heures que le creux final peut être créé.

 

« Au bout de deux heures d'opération, votre crâne qui paraît être sur le point d'imploser est prêt à recevoir la touche finale, le coup de maître qui signera l'oeuvre d'art qu'est devenu votre faciès. « explique le Daily Geek Show.
Bien sur chacun peut varier les plaisir à sa guise, avec des doubles bagels de chaque coté du front, ou des formes plus extravagantes encore.

 

 

Le tout sans douleur, selon les témoignages : "Je sens juste de légers picotements", assure un des adeptes dans un reportage de la chaîne National Geographic. Cependant, d’autres affirment ressentir une sorte de brulure. Et comme toute chirurgie, le procédé n’est pas sans risque « Il faut le faire bien pour limiter les risques de complication » note le chirurgien Asami dans le reportage.

Étrangement, l'un des participants témoigne ressentir une sensation de plaisir te de plénitude : il décrit "une sensation relaxante". "Je sens une pression grandissante, j'ai l'impression de m'endormir lentement et calmement", ajoute-t-il.

"En fait, l'injection saline est une opération assez facile à réaliser par rapport aux autres modifications corporelles. On est tout simplement mis sous perfusion, notre corps est juste un peu lourd, notre peau tendue, mais tout disparaît au bout de 12 ou 24 heures. Cela dit, l'impact visuel des bagelheads est vraiment  grandiose", explique de son coté Sasorin.

Le photographe Keroppy Maeda a lui même testé la méthode. Il en a tiré une expérience hors du commun, d'un point de vue physique mais aussi psychologique : "avec ces injections salines, on te met une grande masse d'eau dans la tête. On parle de "l'expérience du dauphin" et c'est une sensation difficile à décrire. C'est assez étrange, on a la tête et l'esprit complètement embrumés. On est dans le vague. C'est vraiment une expérience surnaturelle."

Recherche de sensations fortes, besoin de se démarquer, ou simple masochisme ? Qu’est ce qui pousse les jeunes japonais à se transformer en monstres ?


Au Japon, la mode des modifications corporelles a littéralement fait un bond après la crise des années 90 qui a remis en cause le bien fondé du "modèle nippon". Fuyant l'image des travailleurs fourmis, sans garantie d'un "travail pour la vie", de nombreux jeunes japonais se sont tournés vers des modes de vie qui laissent plus de place à leurs passions.

 

Atlantico a interrogé Karyn Poupée, journaliste et correspondante de l'AFP au Japon, auteur de l'essai sociologique sur la culture japonaise : "Les japonais".

Atlantico : Avez-vous en tête d'autres exemples de modifications corporelles extrêmes du même type que les bagel heads ?

Karyn Poupée : Les tatouages intégraux, sur l’ensemble du corps sont assez communs au Japon, ils ne sont certes pas très répandus et ne sont pas uniquement japonais : ils existent ailleurs. Cependant, le tatouage a longtemps eu une mauvaise connotation au Japon, liée aux yakuzas, à la mafia et le tatouage était donc plutôt tabou, il n’était pas perçu comme un art esthétique. Cette réputation a changé depuis une dizaine ou une quinzaine d’années. On trouve maintenant des tatouages beaucoup plus peaufinés, beaucoup plus esthétiques.

Est-il vrai que la mode des modifications corporelles a fait un bond après la crise des années 90 ? Comment s'explique ce phénomène ? S'agit-il d'une forme d'échappatoire pour la jeunesse confrontée à un manque de débouchés ?

Il est difficile d’affirmer que ce phénomène est dû à la crise, car avant cela, dans les années 80, années de bulle spéculative, les Japonais sont aussi devenus un peu fous, et se sont lancés dans des expériences encore plus folles que cela. J’ai donc du mal à lier cela à la crise. Il me semble que cela existe dans la société japonaise depuis très longtemps.

Les Japonais sont des gens assez excessifs, et je dirais même binaires. C’est-à-dire que lorsqu’ils font quelque chose, ils ne le font pas à moitié, ils le font à fond. Cela ne s’applique pas seulement aux transformations corporelles, mais aussi aux pratiques sportives. Un Japonais qui décide de faire du vélo par exemple, va commencer par s’acheter toute la panoplie du professionnel. Il va être habillé en cycliste de la tête au pied et se raser les jambes.

Dans les pratiques de mode, c’est la même chose. Il s’agit d’une façon de penser japonaise, en rapport avec le perfectionniste japonais. Par exemple,  lorsque les Japonais visent la ponctualité, c’est très précis : à la seconde près. L’heure des trains est calculée à la seconde près, et non à plus ou moins 10 secondes.

C’est un fondement de la société japonaise : tout doit être extrêmement précis et mené le plus loin possible. Cela ne se traduit pas par un extrémisme politique, mais par un perfectionniste culturel et esthétique. Ils sont aussi assez binaires : c’est tout, ou rien.

S'agit-il d'une forme de rébellion en réaction à la pression de la société traditionnelle au Japon et à une forme de puritanisme qui persiste ?

Ce n’est pas forcément un trait caractéristique des jeunes. Mais la société japonaise est extrêmement codifiée et encadrée. Mais il existe des soupapes. Ce genre d’expériences extrêmes font partie de ces soupapes qui permettent de supporter tout le reste.

En société, les Japonais doivent être parfaits et respectueux d’une foule de consignes innombrables, qui finissent pas être oppressantes. Certains vont se saouler, d’autres vont au pachinko ou au karaoké. Toutes ces activités qui sortent du contexte social normal sont des soupapes, et sont parfois poussées très loin.

Il y a certes des phénomènes plus en vogue que d’autres a certains moments. Mais le karaoké touche des personnes de 50, 60 ou 70 ans. De même, le pachinko permet aux personnes de tous ages de se défouler dans une ambiance assourdissante. C'est un lavage de cerveau volontaire.

Mais c’est grâce à tout cela qu’il y a très peu de petite délinquance, cela les aide à respecter les règles le reste du temps.

En occident, les personnes qui se lancent dans ce type d’activité sont souvent dans un mouvement de rébellion. Au Japon, il s’agit simplement d’un divertissement, au sens fort du terme.

Les activité extrêmes sont partagées par beaucoup de personnes très bien intégrées dans la société. Cela peut être des salarymen en costume toute la semaine, qu'on retrouve le week-end dans des karaokés, déchaînés, à chanter du rockabilly.

Des lolitas au cosplay en passant par les modifications corporelles extrêmes, pourquoi se besoin de cultiver son image à l'extrême au Japon ? Les Japonais ont-ils un rapport au corps si particulier ?

Le corps est un moyen d’expression très exploité. L’apparence compte beaucoup. Le corps est le meilleur moyen d’expression des japonais, car les mots sont difficiles à employer au Japon. Un Japonais ne va jamais dire ce qu’il pense, mais on va lire sur lui ce qu’il pense.

Il y a aussi dans ces pratiques une volonté artistique. Je pense à un photographe japonais qui a enfermé des couples dans des sacs sous vide pendant quelques secondes, le temps de les prendre en photo, en aspirant l’air avec un aspirateur il les serrait au maximum. C’était à la fois une façon d’exprimer la fusion des corps mais aussi d’utiliser un moyen extrême, jusqu’à l’évanouissement.

Il y a une crainte de parler, de dire un mot plus haut que l’autre. Si quelqu’un s’exprime franchement au Japon, il apparaît comme quelqu’un de puéril. Seuls les enfants sont autorisés à dire exactement ce qu’ils sont en train de penser. Un adulte est censé deviner ce que l’interlocuteur aimerait qu’on lui dise, afin de ne pas heurter l’interlocuteur. Mais cela demande une réflexion qui est une réflexion d’adulte.

Notre schéma de pensée est différent. Pour nous, un adulte est quelqu’un qui est capable de donner son opinion, clairement et franchement, quel que soit son interlocuteur. Vu par un occidental, le japonais a du mal à exprimer le fond de sa pensée. Mais en réalité, il ne veut pas le faire. Cependant, cela peut devenir facilement insupportable, de garder en permanence pour soi ce que l’on a envie de dire, et par moment, les Japonais craquent. Ils craquent en s’exprimant différent, par le corps ou par un moyen artistique, en se déchaînant sur de la musique, ou en peinture.

 (Propos recueillis par Julie Mangematin)

 

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kettle
- 16/10/2012 - 14:02
Avant les tarés etaient enfermés
Mainenant ils sont libres :)
Lrt64
- 16/10/2012 - 11:58
Incroyable
La betise humaine semble sans fin ...
serendir
- 16/10/2012 - 08:51
Je ne sais pas d'où le
Je ne sais pas d'où le pachinko est une pratique rebelle ou excentrique, ou le karaoké !!! ou le fait de se bourrer la gueule pour des type en costard ! le tatouage ou le piercing sont encore rares au Japon, surtout comparé aux US par exemple. Et finalement rien n'est dit sur le pourquoi du comment ? s'il y a des pratiques qui nous semblent excentriques, elles sont généralement massives au Jap. Exemple de s'habiller en soubrette. Un uniforme comme un autre pour le 15/18 ans. En revanche, au sein du couple et dans la famille il y a une vraie violence cachée, c'est là qu'on craque (depuis le pinku, Murakami etc...).
Il faudrait aussi voir du côté de la perte d'identité et de repères de la société en général face aux US à cause du trauma de la défaite de 45 qui est toujours le substrat des souffrances du pays, à mon avis. Mais comme d'hab, rien n'est dit vraiment. Qu'en penses tu, Nakuyo, ton avis me semble vraiment intéressant ?