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Le pouvoir des syndicats français pourrait bien être en perte de vitesse.
Traversée du désert

Les syndicats ont-ils toujours le pouvoir de mettre les gens dans la rue ?

Publié le 10 octobre 2012
Taux de syndicalisation très bas, mots d’ordres trop vagues et généraux, guerres de succession, les syndicats ont-ils toujours autant les moyens de mobiliser la population ?
Stéphane Sirot est historien, spécialiste des relations sociales, du syndicalisme et des conflits du travail.Il enseigne l’histoire politique et sociale du XXe siècle à l’Université de Cergy Pontoise.Derniers ouvrages parus : « Les syndicats sont-ils...
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Stéphane Sirot est historien, spécialiste des relations sociales, du syndicalisme et des conflits du travail.Il enseigne l’histoire politique et sociale du XXe siècle à l’Université de Cergy Pontoise.Derniers ouvrages parus : « Les syndicats sont-ils...
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Taux de syndicalisation très bas, mots d’ordres trop vagues et généraux, guerres de succession, les syndicats ont-ils toujours autant les moyens de mobiliser la population ?

Atlantico : La CGT décide de faire cavalier seul pour une journée d’action pour la « défense de l’emploi et l’industrie ». Cette journée est finalement peu suivie. Les syndicats aujourd’hui ont-ils encore le pouvoir de faire descendre les citoyens dans les rues ?

Stéphane Sirot : Le passé récent tendrait à prouver que oui, car en 2009 du fait de la crise puis en 2010 sur le sujet des retraites, les organisations syndicales ont réussi à mobiliser, à la fois sur le nombre et la durée, plusieurs millions de salariés. Cela prouve qu’il reste encore – dans notre pays où il y a une vieille tradition de manifestation et de conflictualité - une capacité de mobilisation assez forte. En revanche on peut tout de même y opposer plusieurs observations. Dans un premier temps, les mots d’ordres qui paraissent un peu trop vagues et généraux, sans véritable prise immédiate avec la situation des salariés ont toujours du mal à mobiliser.

Lancer des mots d’ordre qui ont comme principaux sujets, tels que celui de ce mardi, la sauvegarde de l’industrie ne séduit pas car ils ne sont pas couplés à des initiatives de réformes. Ils sont généralistes voire incompréhensibles. D’autre part, la journée d’action dont on parle, a du mal à offrir des résultats aux organisations syndicales et paraissent davantage à des moments de médiatisation, de revendication ou d’alerte de l’opinion plutôt que des mouvements de rapports de force capables de changer des orientations gouvernementales ou patronales. De plus la conjoncture immédiate n’est pas du tout favorable aux grandes mobilisations. Celles de 2009 et 2010 se sont d’ailleurs conclues par des échecs à répétition et c’est une constante depuis environ 2003. Cela a tendance à décourager les syndiqués.  

De toute façon, un syndicat tout seul aujourd’hui a beaucoup de mal à réunir ses salariés. Je pense que même si c’est vague, il y a une demande de démarche unitaire de la part des organisations syndicales plutôt et il semble de plus en plus que cela réponde à des nécessités qui ne sont pas seulement celles de la société mais qui tiennent aux enjeux internes du syndicat qui lance les mobilisations. Je parle bien entendu de la CGT. Ce mardi, pour elle, les enjeux sont peut-être autant identitaires que sociaux.

Les syndicats doivent-ils être unis pour avoir une chance de mobiliser la population ?

En tout cas, s’ils ne parviennent pas à faire une démonstration minimale de leur capacité d’action individuelle sur des revendications bien identifiées. On est de toute façon dans un contexte de relative faiblesse du mouvement syndical avec des taux de syndicalisation très bas et un doute des salariés sur leurs capacités à peser sur le réel. Ces éléments sont complexes à dépasser et le sont d’autant moins quand le syndicat paraît s’engager en solitaire dans une forme d’action qui en plus paraît discutable.  

Le charisme d’un leader fait-il la force d’un syndicat ?

Cela ne suffit pas bien entendu, toutefois l’épaisseur d’un leader syndical compte. C’est tout de même un facteur incontournable, de la même manière que dans un parti politique même si ce sont deux types d'organisation très différents. Dans toute forme d’organisation massive il y a une nécessité d’imprimer un rythme, un sens à l’action syndicale, de nourrir une réflexion et encore plus dans une période comme la nôtre qui est incertaine et qui amène les syndicats à s’interroger sur leur parole et leur capacité à la faire porter par une voix assez assurée pour qu’elle puisse être entendue. Je pense d’ailleurs que l’actuelle querelle de succession au sein de la CGT pose un véritable problème à cette confédération dans les négociations sociales qui se sont ouvertes au mois de septembre.

Dans cette série de concertations ouvertes faisant suite à la conférence sociale ouverte par François Hollande, si la CGT veut être en capacité de se faire entendre, de peser, et créer une dynamique syndicale notamment avec la CFDT, les circonstances sont particulièrement contre-productives. Le manque de représentants qui aient une légitimité suffisamment forte dans cette période de transition c’est évidemment un flottement mal venu dans une période où s’ouvrent des discussions autour de la question de l’emploi et une batterie de sujets de fond qui sont sensibles pour les salariés et les syndicats.

Quel est l’avenir du syndicalisme en France aujourd’hui ?

Il y a un impératif – même si les solutions à trouver sont compliquées et multiples - qui est évidemment de faire face à ce désert syndical qui s’est constitué en France avec des taux de syndicalisation qui sont entre 6 et 7 % globalement et qui atteignent à peine 5 % dans le secteur privé. Ce sont des chiffres qui sont ceux de la fin du 19ème siècle. C’est une menace pour les syndicats et la négociation. D’une part, les syndicats ont du mal à faire valoir leur légitimité avec des taux aussi faibles et de l’autre la négociation a aussi du mal à faire valoir sa propre légitimité  dans la mesure où des négociations et des accords sont légitimes à partir du moment où leurs acteurs ont eux-mêmes une légitimité. C’est contre-productif. Et au-delà de cela on a un problème de renouvellement du syndicalisme car il vieillit rapidement avec des moyennes d’âge autour de 45 ans, des jeunes qui adhèrent peu. Ainsi à l’horizon de 10 ou 20 ans, c’est une menace importante.

Pourquoi les jeunes n’adhèrent pas aux syndicats ?

On peut l’expliquer par plusieurs facteurs. Dans un premier temps, c’est en raison de la précarité du travail qui touche en particulier les jeunes. Or, l’acte de syndicalisation est plus volontiers fait par des salariés bien intégrés et assis dans leur poste – en bref qui disposent d’un CDI. Les salariés qui passent d’un secteur à un autre et qui sont menacés par la précarité ont plus de mal à être suivis par les syndicats car ils sont structurés de telle façon que quand on change de secteur on échappe au syndicat où éventuellement on était syndiqué premièrement. D’ailleurs c’est l’une des réflexions que les syndicats doivent produire sur l’évolution de leur structuration.

Les jeunes d’autre part ont plus de difficulté à se reconnaître dans des organisations collectives qui portent des valeurs collectives. Ils sont beaucoup moins sensibles que leurs ainés à cette démarche.

Il y a donc des chantiers à mener sur l’évolution du salariat, mais aussi sur le décalage énorme entre la sociologie des syndicats et la sociologie du monde du travail qui s’il a toujours plus ou moins existé a atteint des proportions énormes. Ils ont aussi besoin de démontrer leur efficience, quoi qu’il arrive des salariés précaires ou pas auront d’autant de difficulté à adhérer à un syndicat qu’ils auront l’impression que celui-ci ne parvient pas à obtenir des résultats ou à changer quoi que ce soit à leur situation.  

Propos recueillis par Carole Dieterich

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Skagerrak
- 11/10/2012 - 08:24
Syndicats et syndicalistes
Les salariés connaissent dorénavant le statut de leurs grands chefs syndicalistes et tous leurs avantages , le premier étant de ne pas voir sa journée de grêve amputée de sa paie . Quant aux autres prébendes , logements , voitures de fonction, préts avantageux , et autres voyages , les salariés donc les contribuables , ce sont eux qui paient la facture , alors cotiser et voter pour ces nantis , les nouvelles générations seront moins sottes que leurs parents .
Et de nos jours , tout le monde sait que les syndicats et la presse , sont les organismes qui recoivent le plus de subventions , donc rémunérés par nous-même , pauvres contribuables bien tondus .
Gégé Foufou
- 10/10/2012 - 19:14
Il y a de moins en moins
d'usines qui concentraient des grands nombres d'ouvriers qui se syndiquaient car formés au combat syndical.
La dernère grande usine c'est Pole Emploi
CQFD
Charles25
- 10/10/2012 - 17:02
Une autre chose qui n'est pas
Une autre chose qui n'est pas dite, c'est que se syndiquer en France est un acte militant qui ne rapporte finalement que des ennuis. Ca ne procure aucun avantage puisque ce qui est négocié par les syndicat profite à tous, et, au contraire, on est catalogué comme emmerdeur par son employeur.
Quand on a, comme en France, un patronat particulièrement réactionnaire, quoi d'étonnant ?