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Atlanti-Culture

"LECTURES D'ETE": "Catamount, la Justice des Corbeaux" de Benjamin Blasco-Martinez

Publié le 18 septembre 2019
AUJOURD'HUI : "Catamount, la Justice des Corbeaux" de Benjamin Blasco-Martinez
Nicolas Autier pour Culture-Tops
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Nicolas Autier est chroniqueur pour Culture-Tops.Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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AUJOURD'HUI : "Catamount, la Justice des Corbeaux" de Benjamin Blasco-Martinez

RECOMMANDATION

En priorité

Si vous aimez le western, ne passez pas à côté. Vous allez trouver là tout ce qui fait le plaisir du genre, traité de façon inédite.

THÈME

Il y a trois ans démarrait l'aventure BD sur Culture-Tops avec l'original et décalé L'homme qui tua Lucky Luke, superbe hommage au western et évidemment à l'emblématique série Lucky Luke. Depuis, plus aucune chronique n'avait été faite sur ce genre culte du western, qui a pourtant inspiré à la BD des séries mythiques telles que Jerry Spring, Mac Coy, Blueberry, Jonathan Cartland,  Commanche, Durango, Bouncer, Gibiers de Potence, l'Etoile du Désert, Stern, Undertaker, Duke, sans compter de superbes albums « one-shots » tels que Western, On a tué Wild Bill, Sykes, Texas Jack... La liste est très loin d'être exhaustive tant la conquête de l'Ouest Américain semble constituer une source d'inspiration inépuisable. Il nous fallait donc réparer cette lacune ! C'est chose faite avec Catamount, La Justice des Corbeaux, qui clôt le cycle initié avec La Jeunesse de Catamount, 2015, éd. Physalis et poursuivi avec Le Train des Maudits, 2016, éd. Petit à Petit.

Devenu l'homme à abattre après l'assassinat de sa sœur et de son beau-frère dont tout l'accuse, Catamount, « l'homme qui port[e] le nom d'une bête », prend la fuite au cœur de l'hiver 1891 et des montagnes du Niobrara. Il se retrouve rapidement privé de monture, ce qui équivaut à une condamnation à mort. Deux hommes sont sur ses traces, Pad, « le chasseur efflanqué » qui le considère comme son fils, et Clark, « le colonel manchot » qui lui a sauvé la vie lorsqu'il était enfant. Ils s'aventurent sur le territoire des Crows, redoutable tribu indienne qui rêve de rendre une dernière fois « la justice des corbeaux ».

POINTS FORTS

Catamount est un plaisir à consommer sans modération pour tous les amateurs de western ou pour tous ceux qui voudraient le découvrir. On y retrouve tous les thèmes propres au genre – les caravanes de de pionniers attirés par la promesse d'une vie meilleure, les conflits entre éleveurs, l'arrivée du chemin de fer, une saga familiale dramatique, des hommes d'affaires cupides, des indiens rebelles, des régiments de cavalerie peuplés de soudards brutaux, un shérif incompétent et corrompu, un héros idéaliste et tireur d'élite, des hommes de main prêts à tuer père et mère pour quelques dollars, un vieux trappeur bourru au grand cœur, des duels au « six coups », des saloons enfumés, des plaines infinies, des montagnes enneigées... – mais traités avec une telle énergie graphique et scénaristique que l'on a l'impression de découvrir un genre nouveau ; à tout le moins une façon inédite de traiter et de revisiter le western.

Catamount repose aussi sur la densité de la galerie de ses personnages. Archétypiques, ils possèdent tous des aspérités et des parts d'ombre, qui les rendent plus authentiques. Si Catamount, le héros, est épris de justice et de fidélité filiale, il est dénué du moindre scrupule lorsqu'il s'agit de régler lui-même ses comptes. Le colonel Clark, officier ayant combattu à Little Big Horn, aura été toute sa vie tiraillé entre « sa conscience » et « son devoir ». Si le « père Osborne » incarne le patriarche courageux et généreux, il manque de finesse psychologique lorsqu'il s'agit de comprendre sa propre famille, au risque de la voir éclater... En revanche, les « méchants » le sont vraiment, et incarnent une belle lignée de « salauds », sans le moindre espoir de rémission !

Le scénario de Catamount est bâti sur deux dynamiques contrastées mais complémentaires. Il y a tout d'abord celle de dialogues au cordeau qui nous plongent au cœur d'une action menée tambour battant. En contrepoint, le récit est rythmé par la voix off du narrateur, sorte de zoom arrière qui donne le sentiment de suspendre le temps de l'action et de lui donner une dimension légendaire.

Et il y a le dessin de Benjamin Blasco-Martinez ! Débordant d'énergie, de violence et de maîtrise, imprégné de l'influence de réalisateurs tels que Sergio Leone, Sam Peckinpah, Quentin Tarentino et Clint Eastwood, il évoque autant de plans de cinémascope posés sur un cadre de papier. A découvrir de toute urgence !

POINTS FAIBLES

Je ne sais quelle faiblesse trouver à Catamount... Peut-être de nous laisser avec la frustration de devoir attendre le prochain opus pour une durée indéterminée. On pourrait également en vouloir affectueusement à l'auteur de tant multiplier les discrets clins d'œil aux BD ou films qui l'ont inspiré, qu'on en n'arrive plus à tous les repérer. J'en prendrai pour seule preuve la scène de l'attaque du train de Berton que l'on retrouve, à minima, dans Il était une fois dans l'Ouest, de Ennio Morricone, 1968 et dans Durango, T16, Le crépuscule du vautour, de Yves Swolfs et Thierry Girod, éd. Soleil, 2012. La lecture de l'interview donnée le 4 mars 2017 sur Branches Culture par Benjamin Blasco-Martinez permet de mieux comprendre les sources d'inspiration de ce jeune auteur talentueux

EN DEUX MOTS ...

Il faut prendre Catamount pour ce qu'il est : un récit d'aventure plein de bruit et de fureur, la délicieuse occasion pour tous les grands enfants de jouer encore une fois aux cow-boys et aux indiens sans autre but que le plaisir de se laisser emporter par une belle histoire. Evitons de tomber dans le jeu des mauvaises comparaisons consistant à qualifier tout nouveau western de « nouveau untel...» ou de « meilleur western depuis... ». Découvrons Catamount, dévorons-le et réservons-lui une jolie place dans nos bibliothèques.

UNE ILLUSTRATION

L'AUTEUR

Benjamin Blasco-Martinez a moins de 30 ans et la série Catamount le place parmi les auteurs dont on a furieusement envie de découvrir les prochains projets. Né à Montluçon, Benjamin Blasco-Martinez obtient un Bac L avant de suivre des études de BD à l'école Émile Cohl de Lyon. L'adaptation en BD des aventures de Catamount, dont il fait son projet de fin d'étude, naît d'une rencontre avec la fille d'Albert Bonneau. Il commence ainsi un prometteur parcours dont les principales autres réussites sont à ce jour : Rouen, T1, 2015, éd. Petit à Petit ; Le Garde Républicain, 2016, éd. Hexagon Comics ; L'homme de l'année, 1888, 2018, éd. Delcourt en collaboration avec Ceka.

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