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"Harold Cummings prend la tangente" : la crise de la soixantaine au scalpel. Provocant, intelligent, et drôle
Publié le 04 janvier 2019
Comment être sûr à 60 ans qu'on a raté, ou non, sa vie et que ce serait, éventuellement, bon de tout plaquer ? Voilà un roman qui ouvre (ou ferme...) bien des horizons.
Charles-Édouard Aubry est chroniqueur pour Culture-Tops.Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Comment être sûr à 60 ans qu'on a raté, ou non, sa vie et que ce serait, éventuellement, bon de tout plaquer ? Voilà un roman qui ouvre (ou ferme...) bien des horizons.

LIVRE

Harold Cummings prend la tangente

De Steven Boykey Sidley

Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Catherine Gibert

Ed. Belfond

268 pages

20,90 €

RECOMMANDATION

           EN PRIORITE

THEME

Harold Cummings arrive à un âge où le vide consécutif à la retraite et au départ des enfants l’incite à réfléchir. Une vie de couple bien rangée, une maison en banlieue et le sentiment de n’avoir jamais dérapé : est-ce vraiment ça la vie ?

La prise de conscience est aussi soudaine que ravageuse et l’absence de sa femme partie quelques jours chez sa belle-sœur va déclencher une série de réactions en chaîne. Entre la voie de la rébellion et le confort du canapé, qui va l’emporter ?

POINTS FORTS

Tout l’art de l’auteur tient dans cet équilibre délicat et toujours précaire, au confluent de la tragédie et de la comédie. Il choisit la farce, légère mais profonde, qui divertit mais interroge sur son propre parcours. Pendant une semaine, notre héros, telle une boule de flipper, va partir dans toutes les directions et se heurter à des obstacles qui vont surgir son chemin et le mener finalement à regarder son existence avec bienveillance.

Harold Cummings va croiser toute une série de personnages dans un parcours initiatique qui rappelle celle d’Ignatius J. Reilly dans « la conjuration des imbéciles ».

Voilà donc notre brave Harold s’adonnant subitement au « sex, drug and rock’n roll », menant quelques jours durant l’existence de ces rock stars que nous avons tous rêvé d’être. Il le fait avec la constance et l’obstination de ceux qui cherchent leur chemin et ne renoncent pas facilement. Car, même à soixante ans passés, il n’est jamais trop tard pour vivre ses fantasmes d’adolescent.

Mais cette épopée est construite comme une quête philosophique, une odyssée, à laquelle nous nous identifions férocement. C’est la vie d’un Américain middle class qui se prend à rêver à un improbable destin qui est dynamitée. Walter Mitty, sors de ce corps !

On retrouve dans la construction du récit le savoir-faire d’un auteur de scénarios biberonné à l’école d’Hollywood. Les motivations d’Harold sont simples et faciles à comprendre, portées par une évidence imparable. Nous nous lançons avec lui dans une quête de sensations fortes qui vont déclencher une cascade d’événements improbables.

L’écriture est mordante et dose merveilleusement la réflexion, l’humour et la provocation.

POINTS FAIBLES

Pourquoi faut-il qu’à la fin tout se termine – presque – toujours bien ?

EN DEUX MOTS

Il y a du Woody Allen chez Harold, ou peut-être devrions-nous dire chez Steven. Outre leur amour du jazz – ils jouent tous les deux dans des clubs quand ils ne travaillent pas – l’un comme l’autre se rêvent en héros magnifiques. Woody n’y croit jamais malgré d’improbables tentatives toujours vouées à l’échec, Steven essaye, et avec quelles puissance et quelle détermination !

Dans le livre, Harold se rappelle d’ailleurs un vieux film de Woody Allen, « Crimes et délits », dont il raconte une scène, une façon pour Steven Boykey Sidley de revendiquer cette filiation.

UN EXTRAIT

 Livre 2, page 359:

« Maintenant qu’il a goûté aux fruits défendus, malaxé la morale, Harold se demande si le continuum – action, justice, culpabilité et honte – n’est pas une recette partagée par tous les hommes, la seule différence entre nous étant la masse et le poids de chaque composant du continuum, le dosage obtenu jugé nourrissant ou pas par celui qui l’a concocté. Ce ne sont pas les mastodontes de l’idéologie, de la religion ou de la politique qui nous séparent vraiment. Nous sommes plus proches, chaque individu s’efforce avec courage de maîtriser ses démons avec ou sans succès et, à un moment donné, il se réveille en constatant que le soleil brille, même s’il se couchera plus tard » (page 251).

L’AUTEUR

Steven Boykey Sidley a grandi entre les Etats-Unis et l’Afrique du Sud. Il a exercé plusieurs métiers, donc ceux d’animateur, de développeur informatique, de designer de jeux vidéo … jusqu’à tenter l’aventure hollywoodienne en tant qu’auteur de scénarios, avant de se consacrer à l’écriture. Après « Meyer et la catastrophe » et « Borowitz broie du noir », « Harold Cummings prend la tangente » est son troisième roman. Harold Boykey Sidley vit aujourd’hui à Johannesburg, où on peut le croiser dans les clubs de la ville où il joue du saxophone avec son groupe de jazz.

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