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Bonnes feuilles
Comment l'Allemagne s'est faite offrir l'Europe sur un plateau d'argent
Publié le 21 octobre 2018
En France, on se prévaut d’appartenir à un « couple franco-allemand » qui serait la locomotive de l’Europe. On sous-entend ainsi que les deux pays sont à égalité au sein de l’Union européenne et qu’ils la conduisent main dans la main. Pourtant, cela n’a jamais été vrai!. Dans son livre, "Le couple franco-allemand n'existe pas" publié aux éditions Michalon, Coralie Delaume dénonce une vérité tabou : il n'y a qu'en France que l'on croit en couple fantasmé. Extrait 2/2
Coralie Delaume est une blogueuse, journaliste et essayiste française. Elle est diplômée de l’Institut d'études politiques de Grenoble, elle devient ensuite journaliste et chroniqueuse pour plusieurs médias. Spécialiste de la gouvernance économique...
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En France, on se prévaut d’appartenir à un « couple franco-allemand » qui serait la locomotive de l’Europe. On sous-entend ainsi que les deux pays sont à égalité au sein de l’Union européenne et qu’ils la conduisent main dans la main. Pourtant, cela n’a jamais été vrai!. Dans son livre, "Le couple franco-allemand n'existe pas" publié aux éditions Michalon, Coralie Delaume dénonce une vérité tabou : il n'y a qu'en France que l'on croit en couple fantasmé. Extrait 2/2

Si l’Allemagne n’avait jamais voulu régir l’Europe? Qu’elle use – et même abuse – de sa position dominante est évident. Pour autant, l’Allemagne a-t-elle « gagné la paix » ainsi qu’on gagne une guerre, comme on l’entend parfois? A-t-elle tenté d’obtenir par l’économie une soumission de l’Europe qu’elle n’avait pu obtenir par les armes? Ou n’a-t-elle fait que prendre – fermement certes, mais presque surprise qu’on le lui propose – ce qu’on lui tendait benoîtement sur un plateau d’argent? Il y a sans doute un peu des deux. C’est pourquoi celui-là même qui fustigeait le retour des « Ugly Germans », Joschka Fischer, peut également énoncer, sans vraiment se contredire: « Nous nous sommes réveillés et nous nous sommes soudain aperçus de notre rôle de leader en Europe, dont nous n’avions pas envie. Le pays n’avait pas la moindre idée de ce que cela pouvait signifier d’avoir un rôle hégémonique. »

 L’ancien ministre écologiste rejoint ici le sociologue Wolfgang Streeck. Ce penseur allemand atypique, qui prône l’abandon de la monnaie unique et la réhabilitation de l’échelon national, reconnaît que son pays se trouve de facto en position dominante. Il estime toutefois qu’il s’agit là d’une « hégémonie fortuite » et rappelle que « ce n’est pas [Berlin] qui a voulu l’euro ». Alexis Dirakis, enfin, considère qu’« on ne domine jamais malgré soi ». La prédominance allemande, ajoute-t-il toutefois, « n’a pu être explicitement voulue, car elle n’a pu être anticipée (…). L’Allemagne n’a pu prévoir la nouvelle donne continentale mais elle a su, avec intelligence et pragmatisme, saisir les opportunités offertes par cette conjoncture: calcul de parité entre la monnaie unique et le Deutschemark, délocalisations vers l’Est, siège de la BCE à Francfort, euro fort, nombre grandissant de technocrates allemands au sein de l’appareil bruxellois, etc. » Une « puissance sans désir », autrement dit.

Du moins sans le désir explicite d’en être une, quoique sans repousser non plus les avantages que cela offre. Un « empire accidentel » disait pour sa part Ulrich Beck, cependant que l’historien Ludwig Dehio parlait plutôt de « semi-hégémonie ». Dans la mesure où l’attitude germanique semble a priori paradoxale, le phénomène a été beaucoup étudié. Les expressions le qualifiant sont donc nombreuses. L’une des plus utilisées – en tout cas dans les think tanks ou dans la presse anglo-saxons – est une sorte d’oxymore, forgé par le politiste britannique William Paterson et popularisé par le magazine The Economist à l’occasion d’un numéro de 2013 intitulé « Germany and Europe: The reluctant hegemon.

Depuis, cette idée d’« hégémonie réticente » a beaucoup été reprise. Paterson, lorsqu’il l’a formulée, s’inspirait lui-même de la « théorie de la stabilité hégémonique » énoncée par l’Américain Charles Kindleberger dans un livre sur la crise de 1929 devenu un classique des relations internationales. Kindleberger y postulait qu’un véritable leadership impose à l’hegemon un certain nombre de devoirs envers les pays de sa zone d’influence, ne serait-ce que pour la stabiliser et pour rendre durable une situation qui profite en premier lieu à l’hegemon. Si la Grande Dépression de 1929 s’est produite, affirme-til, c’est d’une part parce que après la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne était devenue inapte à assumer son rôle d’hegemon mondial, et d’autre part parce que les États-Unis hésitaient encore à prendre le relais. On sait bien évidemment qu’ils finirent par le faire, leur imperium étant assuré à coups d’actions ponctuelles (plan Marshall par exemple) ou plus durables, comme le choix de faire passer l’Europe sous le parapluie américain (OTAN)

Extrait de "Le couple franco-allemand n'existe pas" de Coralie Delaume, publié aux éditions Michalon

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