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En Guerre de Stéphane Brizé : "Aussi passionnant que sombre"
Publié le 23 mai 2018
Une vision caricaturale du monde du travail? Stéphane Brizé affirme s'en être tenu à tout ce qu'il a vu, lu et entendu. Résultat: un film qui fait si vrai qu'on croit parfois qu'il s'agit d'un documentaire.
Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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Une vision caricaturale du monde du travail? Stéphane Brizé affirme s'en être tenu à tout ce qu'il a vu, lu et entendu. Résultat: un film qui fait si vrai qu'on croit parfois qu'il s'agit d'un documentaire.
CINEMA
 
En guerre
 
 de Stéphane Brizé
 
Avec Vincent Lindon
 
 
RECOMMANDATION
 
           EN PRIORITE
 
 
 
THEME
 
Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des employés - une baisse conséquente de leurs salaires -, et en dépit d’un bénéfice record, la direction de l’usine Perrin Industrie, une entreprise française de sous-traitance automobile implantée à Agen, filiale d’un groupe allemand, décide la fermeture totale du site.
 
A la fois révulsés, anéantis et galvanisés par leur porte-parole, Laurent Amédéo (Vincent Lindon), les 1100 employés votent la grève, à l’unanimité. 
 
Entre ces salariés sacrifiés prêts à tout pour sauver leur travail et leur direction qui, au nom de la « loi du marché », ne veut pas revenir sur sa décision, une « guerre » s’engage. A cause de la législation existante qui est plutôt favorable au patronat (une usine a le droit de fermer, même si elle est bénéficiaire), le combat est perdu d’avance. Il va  pourtant être mené…
 
 
 
POINTS FORTS
 
- Tout le monde se souvient, lors de la grève, en 2015, des salariés d’Air France, de cette image, spectaculaire, du directeur des ressources humaines sortant de son bureau, la chemise en lambeaux, arrachée par des employés à bout de nerfs… C’est parce qu’il a eu envie de comprendre et de faire comprendre les raisons du surgissement de la violence pendant un conflit social, que Stéphane Brizé s’est lancé dans En guerre.
 
- Comme il n’était pas question pour lui de faire un film manichéen et/ou dogmatique, le cinéaste s’est énormément documenté. Pour comprendre à la fois ce qui préside à un plan social, la façon dont peut s’organiser, dans un cadre légal, la résistance des salariés, et  les méthodes de négociations patronales en cas de licenciements collectifs, il a rencontré beaucoup de gens : ouvriers, DRH, chefs d’entreprises, avocats spécialisés dans le droit du travail, etc…Son enquête a duré 9 mois .Elle se solde par ce  scénario, béton, imparable, inattaquable, et surtout, jamais didactique ni caricatural. En guerre relate un conflit fictif, mais tout y sonne vrai. C’est comme si on revivait, de l’intérieur, les grèves de Goodyear, Continental, Seb, Allia ou Seita.
 
- Pour donner à son film plus de force encore, montrer qu’il l’a « arraché » du réel, le réalisateur a choisi de lui donner une allure de documentaire. Rien ne manque, ni les réunions syndicales, ni les confrontations avec le patronat, ni même les reportages que les télés font des conflits sociaux consécutifs aux fermetures de sites, n’en montrant presque toujours  que le spectaculaire, jamais les vrais enjeux, la vraie souffrance, le vrai désespoir des salariés.
 
- Pour interpréter le meneur  syndicaliste du film, Stéphane Brizé a fait  appel une nouvelle fois à Vincent Lindon. Entièrement habité par la pugnacité, la rage, le désespoir et  l’humanité de son personnage, le comédien est exceptionnel.
 
- Formidable aussi est la musique, qui pulse, « énergise » encore plus ce film coup de poing.
 
 
 
POINTS FAIBLES
 
Je n'en vois aucun.
 
 
 
EN DEUX MOTS
 
Si en ce moment un film montre l’état actuel  du monde du travail, c’est bien ce En guerre, tendu d’un bout à l’autre, que l’on reçoit comme un électrochoc.
 
Qu’on ne pense pas qu’à priori, ce film ressemble à La loi du Marché  sorti en 2015, signé du même Stéphane Brizé, avec le même Vincent Lindon. Dans ce dernier, un homme se bagarre individuellement pour continuer à travailler, dans En guerre, un syndicaliste se bat pour conserver un outil de travail qui fait vivre 1100 personnes.
 
Il est incompréhensible pour ne pas dire injuste que ce film, qui  a l’élégance de ne jamais tirer sur les ficelles du mélo, ni sur celles de la démagogie, ni sur celles d’un quelconque dogmatisme, soit reparti bredouille du Festival de Cannes, où il avait été pourtant sélectionné - à juste titre  -pour la compétition officielle. (sorti depuis le 16 mai).
 
 
 
UN EXTRAIT
 
« En Guerre est un film politique dans le sens étymologique du terme : il observe la vie de la cité. Mais je ne me fais le porte-parole d’aucun parti ni d’aucun syndicat, je fais simplement le constat d’un système objectivement cohérent d’un point de vue boursier, mais tout aussi objectivement incohérent d’un point de vue humain. Et ce sont ces deux points de vue que le film oppose » (Stéphane Brizé).
 
 
 
LE REALISATEUR
 
Né le 18 octobre 1966 à Rennes dans un milieu modeste, Stéphane Brizé passe un DUT d’électronique avant de s’orienter vers l’audiovisuel. Il devient d’abord technicien à la télévision, tout en suivant parallèlement des cours d’art dramatique.
 
Après avoir mis en scène plusieurs pièces de théâtre, il se tourne vers le cinéma. En 1993, il réalise son premier court métrage, Bleu dommage, puis, en 1996 un moyen, L’œil qui traine. C’est en 1999 qu’il aborde le long avec Le Bleu des villes. Suivra, en 2005, Je ne suis pas là pour être aimé avec Patrick Chesnais.
 
Peu de temps après, le cinéaste fait une rencontre déterminante, celle du comédien Vincent Lindon. Les deux hommes vont faire la paire. Le comédien va tourner les trois  films suivants du réalisateur : Mademoiselle Chambon  en 2009, Quelques heures de printemps en 2012 et, en 2015 La Loi du marché, qui vaudra à Vincent Lindon de remporter le Prix d’Interprétation masculine au Festival de Cannes.
 
Après  la parenthèse d’Une Vie, en 2016, adapté du roman de Maupassant et qui met en haut de son affiche Jean-Pierre Darroussin, Stéphane Brizé retrouve son acteur fétiche pour cet En guerre. Sélectionné pour la compétition du Festival de Cannes, ce film a reçu un accueil aussi dithyrambique qu'unanime du public le soir de sa projection… Le moins qu’on puisse dire est que le tandem fonctionne bien.
 
 
 
Et aussi 
 
**********
 
 
 
-« Gueule d’ange » de Vanessa Filho- Avec Marion Cotillard, Ayline Aksoy-Etaix, Alban Lenoir.
 
Marlène (Marion Cotillard), jeune trentenaire peroxydée, alcoolique, instable et immature, vit seule avec sa petite fille de huit ans, Elli, qu’elle  surnomme « gueule d’ange » (Ayline Aksoy-Etaix). Un soir, après une rencontre dans une boite de nuit, elle disparaît en abandonnant sa fillette. Livrée à elle même, Elli va traîner sa tristesse et sa solitude en cherchant à imiter sa mère jusque dans sa façon de  s’habiller et de vider les fonds de verre. Un jour, la petite fille va rencontrer un type aussi déboussolé qu’elle, un ancien plongeur « sans-fout-la-mort », en qui elle va croire trouver un père de substitution (Alban Lenoir)…
 
Il a fallu quatre ans à Vanessa Filho - créatrice de clips - pour réaliser Gueule d’ange, ce premier film poignant sur l’irresponsabilité parentale et aussi la résilience. Les efforts de la nouvelle cinéaste  n’auront pas été vains. Non seulement, elle a réussi à convaincre Marion Cotillard d’être sa Marlène, ce qui relève de l’exploit, la comédienne (touchante et formidable) n’ayant pas joué dans un premier long métrage depuis plus de dix ans, mais son film a été présenté à Cannes dans la sélection « Un certain regard ».
 
Gueule d’Ange  bénéficie aussi d‘une image éblouissante signée Guillaume Schiffman (le directeur photo d’entre autres, Michel Hazanavicius) et il révèle une petite actrice extraordinaire d’intensité, Ayline Aksoy-Etaix. 
 
Sa musique, composée par Audrey Ismaël et Olivier Coursier n’est pas mal non plus !
 
 
 
                       RECOMMANDATION:EXCELLENT
 
 
 
 
 
- « Bienvenue en Sicile » de Pierfrancesco Diliberto, dit PIF - Avec Pierfrancesco Diliberto, Andrea Di Stefano.
 
Nous sommes en 1943. Alors qu’en Europe les alliés se battent contre Hitler, à New York, Arturo (PIF) ne rêve que d’une chose : épouser la divine Flora. Hélas, la belle est déjà promise à un chef de la mafia américaine. La seule façon pour Arturo d’obtenir la main de sa belle est d’aller la  demander directement à son père, resté en Sicile. Pour y parvenir, il s’engage dans l’armée américaine, sans se douter que pour assurer le Débarquement en Italie, celle-ci a scellé un pacte avec la Mafia  sicilienne…
 
Les bases de  ce scénario vous paraissent  invraisemblables ? Elles sont pourtant historiquement exactes. Même si cela reste relativement méconnu, les Américains ont vraiment pactisé avec les mafieux de Palerme pour aider les G.I. à combattre les soldats allemands…
 
Saluons le réalisateur Pierfrancesco Diliberto d’avoir porté sur grand écran ce fait historique  si longtemps étouffé par Washington. Le cinéaste mérite même un grand coup de chapeau pour  avoir eu le culot d’évoquer cet épisode peu glorieux de la grande Histoire à travers une petite histoire d’amour fictive, et cela, qui plus est, par le biais d’une irrésistible comédie. Une comédie à l’italienne, bien sûr, avec tout ce que cela comporte de réalisme, de poésie, d‘extravagance et de burlesque... Ni Risi, ni Bénigni ni Fellini ne sont loin… C’est tout dire !
 
 
 
                        RECOMMANDATION: EXCELLENT
 
 
 
- « Manifesto » de Julian Rosefeldt - Avec Cate Blanchett, Ralf Tempel, Andrew Upton.
 
Une seule interprète pour treize personnages  allant d’une enseignante à une présentatrice télé en passant par une clocharde et une scientifique… Il fallait une actrice hors pair pour se glisser dans tous ces rôles là en 98 minutes top chrono ! Celle qui fut la présidente du jury de Cannes cette année, l’australienne Cate Blanchett , s’y coule avec une facilité assez sidérante. Le challenge était d’autant plus casse-cou qu’en fait, à travers ces personnages, il s’agissait pour la comédienne de déclamer aussi bien « les manifestes futuriste, dadaïste et situationniste que les pensées de créateurs comme Yvonne Rainer ou Jim Jarmush ». 
 
Le résultat est un peu abscons et très déconcertant. Mais le charisme et le talent de  Cate Blanchett font qu’on reste  quand même scotché à ce drôle d’objet cinématographique, initialement, une installation multi écran germano-australienne de 2h10 minutes, écrite, produite et réalisée en 2015 par Julian Rosefeldt et dont le créateur a tiré ce film un peu plus court, inclassable, expérimental.
 
  
 
                        RECOMMANDATION: BON
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