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Innocents aujourd'hui, coupables demain ? Pourquoi tout ce que vous faites, dites, ou pensez en ligne aujourd’hui sera utilisé demain contre vous
Publié le 20 mai 2018
Dans une tribune, l'entrepreneur suédois Rick Falkvinge fait la distinction entre la surveillance analogique du « veux monde » et celle du monde numérique, qui conserve et stocke toutes nos données. Avec le risque de devenir coupables dans le futur pour des propos et des comportements admis aujourd’hui.
Dominique Wolton a fondé en 2007 l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC). Il a également créé et dirige la Revue internationale Hermès depuis 1988 (CNRS Éditions). Elle a pour objectif d’étudier de manière interdisciplinaire la...
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Dans une tribune, l'entrepreneur suédois Rick Falkvinge fait la distinction entre la surveillance analogique du « veux monde » et celle du monde numérique, qui conserve et stocke toutes nos données. Avec le risque de devenir coupables dans le futur pour des propos et des comportements admis aujourd’hui.

Atlantico : Dans un monde où les propos sont conservés, des conversations téléphoniques aux tweets en passant par les mails, Rick Falkvinge souligne que des propos tenus aujourd'hui et socialement acceptés pourront être utilisés dans le futur contre leur auteur. Est-ce réellement quelque chose à craindre ?

Dominique Wolton : Il y a plusieurs contradictions entre la démocratie et les nouvelles technologiques : la concurrence entre les médias (chaînes d'information, etc) et les réseaux fait que tout le monde est en train de chercher de l'information sur n'importe quoi : c'est la peopolisation, la course à tout ce qu'on veut. Ensuite, les réseaux sociaux augmentent la visibilité de tout parce que tout le monde raconte quelque chose. Et les nouvelles technologies ont aussi une mémoire infinie et entraînent une traçabilité. Et, nouvelle maladie de la démocratie : tout le monde raconte quelque chose. On est dans une logique du direct, dans l'utopie de la démocratie directe : on va supprimer tous les intermédiaires inutiles (journalistes, médias, hommes politiques, etc.). La vitesse et l'illusion de la démocratie accentuent encore le phénomène.

Est considéré comme démocratique le fait de s'exprimer. Mais ce qui coince, c'est que tout le monde s'exprime. Et qu'on considère qu'il est démocratique de s'exprimer. Donc cette expression, plus la concurrence, plus la logique du direct, plus la visibilité, plus la mémoire technique, tout cela se retourne à un moment. Ce qui est grave, c'est l'idée que la démocratie représentative est vieille, corrompue, dépassée et que grâce à la technologie, on va avoir une démocratie directe, interactive. Ça, c'est complètement démagogique, mais ça marche très bien. Alors que les intermédiaires, dans une démocratie, jouent un rôle fondamental. Et de ce point de vue-là, le président Macron n'arrête pas de vouloir supprimer les intermédiaires. Il est seul face au peuple. Et ça, c'est prodigieusement dangereux, c'est ce qu'il y a plus de démagogique.

Pierre-Marie Coupry : L'analyse de Rick Falkvinge commence d'abord  par pointer les conséquences immédiates de la surveillance numérique des citoyens par les agences d'état. Aux Etats-Unis, le FBI s'est basé sur un message Facebook mal interprété pour accuser l'activiste noir Raken Balogun, le mettre en examen et l'incarcérer plusieurs mois avant d'abandonner les charges. Il montre comment le stockage croissant de données personnelles peut nous rendre immédiatement coupables, avant même de parler de "culpabilité différée". Nous contribuons toutefois volontairement, de façon consciente, ou même  inconsciente, au stockage digital de nos vies, et ceci depuis bientôt 20 ans déjà. En effet l'exploitation des données personnelles est au coeur du business model de Google depuis le lancement de sa régie publicitaire AdWords, en octobre 2000. Une course à la data qui s'est intensifiée avec l'apparition des réseaux sociaux, et en particulier de Facebook en 2004. L'ensemble de nos appareils connectés traquent en permanence nos faits et gestes et les stockent sur le long terme. Les outils existent pour gérer ses données, mais les gens n'y pensent pas, ou ne savent pas. Il suffit de faire un tour sur Google map pour voir que tous vos déplacements et lieux visités, avouables ou non, sont stockés…Le risque de devenir coupable demain parce que les mœurs auront évolué est là. Je conseille de les effacer car elles ne sont pas utiles par ailleurs. Tout en espérant que ces suppressions ne se retournent pas un jour contre nous, en étant interprétées comme "quelque chose à cacher" !

Outre la gestion des paramètres de comptes sur les applications et mails, il faut rappeler que la loi pour une République numérique du 7 octobre 2016 permet également de mieux gérer leurs données. Elle affirme le principe de la maîtrise, par chacun, de ses données, et instaure le droit à l'oubli pour les mineurs. Enfin, elle permet d'anticiper la gestion des données personnelles après son décès. En ce sens, les données détenues par les acteurs privés sont moins dangereuses si chacun prend le temps de les gérer.

On l'a vu avec l'affaire Mennel : chacun est libre de tenir quasiment les propos qu'il veut tant qu'il n'est pas un personnage public. Dès lors, à l'heure du numérique, la liberté d'expression est-elle en trompe-l'œil ?

Dominique Wolton : Bien sûr. C'est un effet pervers prévu par personne. On s'est battu pendant des siècles pour avoir la liberté d'expression mais maintenant, on estime que puisqu'on l'a, tout est plus vrai. Mais c'est faux. Les salauds, les pervers, les tordus s'expriment autant que les autres, et ils ont même plus de poids.

Pierre-Marie Coupry : Est-ce le numérique qui engendre cette restriction de la liberté d'expression ou l'évolution des attentes de la société envers ses personnages publics ? Je ne saurai le dire mais il est certain que les personnages publics doivent désormais gérer de manière proactive leur réputation en ligne. Mais l'e-réputation, finalement concerne tout le monde, car on ignore ce qui "sera retenu contre vous" et il faut apprendre à maîtriser  l'empreinte digitale Sans tout effacer, on peut déjà nuancer. Par ailleurs, l'article 40 de la loi informatique et libertés prévoit la possibilité de demander l’effacement de données personnelles si elles sont inexactes, incomplètes, équivoques ou périmées. Cela demande un effort, mais les technologies sont potentiellement contrôlables. Facebook a récemment changé ses paramètres en ce sens, mais il faut être attentif à ses mises à jour et régler ses paramètres rapidement, car ensuite vous n'y penserez plus et la nouvelle configuration vous semblera avoir toujours existé!

Autre grand principe de nos démocraties, la présomption d'innocence semble mise à mal à l'heure du numérique, en ce qui concerne la surveillance. Tout le monde est donc indirectement surveillé, qu'il soit soupçonné d'enfreindre la loi ou non. Est-ce de nature à mettre en péril les libertés fondamentales instaurées si chères aux démocraties occidentales ?

Dominique Wolton : On préfère la sécurité à la liberté. La sécurité, ce sont les caméras, les fichiers. Et pour l'instant, les gens préfèrent ça à la sécurité. Au mieux, on sacrifie les enjeux de la démocratie. Et on risque d'arriver à la connerie ultime de Monsieur Trump qui consiste à dire : si on armait tous les Américains, on n'aurait pas des massacres d'étudiants tous les trois mois dans nos collèges.

Pierre-Marie Coupry : Le cas de l'activiste Raken Balogun évoqué plus haut illustre parfaitement ce péril, et quand bien même il s’agit d’un activiste connu du FBI, il faut prendre conscience que nous sommes tous potentiellement concernés par le fait d'être innocents aujourd'hui, mais peut-être coupables demain, à notre insu.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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vangog
- 21/05/2018 - 21:48
La liberté et le pluralisme sont menacés...
par le nouveau fascisme-facebook-twitter...
cloette
- 20/05/2018 - 20:05
1984 (Orwell)
va ressortir, nouvelle édition . C'est le moment de le lire ou le relire .
edac44
- 20/05/2018 - 19:59
Il est interdit d'interdire ou mort de la liberté d'expression ?
Souriez, vous êtes filmés !...
mais si ce slogan des années 70
"ce n'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule"
avait cours dans toutes les facs et les réunions branchées du quartier latin,
ce n'est plus tout à fait vrai aujourd'hui !...
Pas sûr qu'un Pierre Desproges avec son célèbre sketch sur les juifs, aurait encore le droit de citer
https://www.youtube.com/watch?v=Ts7H0swNz0g
Mais outre le respect de la vie privée dont les GAFA se foutent comme de leur première chemise, le principal fléau qui guette aujourd'hui toutes les démocraties déclinantes est sans doute la censure aveugle vis-à-vis de celles et ceux qui crient à la mort de la liberté d'expression et au lissage de la bien bien-pensance des moutons.
Perso, je viens de me faire virer de "Twitter" au motif d'apologie à la haine et la violence pour avoir osé écrire suite aux récents attentats survenus en France :
"Aux armes citoyens, formez vos bataillons, qu'un sang impur abreuve nos sillons"
Mais il est vrai que "l'origine du monde" de Gustave Courbet, a aussi été censuré sur "fesse bouc" pour pornographie, par nos censeurs illettrés et incultes originaires des Etats Unis.