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Le coup de coeur de la semaine : "Un racisme imaginaire", un livre clé
Publié le 19 mars 2017
Documenté, construit, intelligent, courageux, le dernier livre de Pascal Bruckner, "Un racisme imaginaire", s'impose d'entrée comme un ouvrage de référence sur l'islamophobie et son instrumentalisation dans notre société. Passionnant, inquiétant, indispensable.
Bertrand Devevey est chroniqueur pour Culture-Tops. Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.). 
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Documenté, construit, intelligent, courageux, le dernier livre de Pascal Bruckner, "Un racisme imaginaire", s'impose d'entrée comme un ouvrage de référence sur l'islamophobie et son instrumentalisation dans notre société. Passionnant, inquiétant, indispensable.

LIVRE

Un racisme imaginaire. Islamophobie et culpabilité

de Pascal Bruckner

Ed. Grasset

256 pages

 

L'AUTEUR 

Enseignant dans des universités américaines et à Sciences Po Paris, Pascal Bruckner a fait partie, dans les années 70, du mouvement des "nouveaux philosophes" avant de devenir essayiste, écrivain et éditeur. 

Il collabore au journal en ligne Causeur, au Nouvel Observateur, au journal Le Monde et au Figaro

Ses essais et ses romans ont reçus de nombreux prix (Médicis, Renaudot…) et sont traduits dans une trentaine de pays.

 

THÈME 

Ce livre part d'un constat : depuis la révolution iranienne en 1979, toute critique de l'islam politique, de ses dérives intégristes et communautaires est systématiquement qualifiée de racisme. L'émergence de "l'islamophobie", concept né à la fin du XIXe siècle, en a éteint le débat, sauf à le diaboliser par essence, au nom du respect des libertés ou de la menace de blasphème. 

Pascal Bruckner s'attache à démontrer que ce racisme est purement imaginaire (d’où le titre) et instrumentalisé. L'islamophobie nous serait présentée comme un refus de la renaissance des cultures opprimées par le colonialisme. Avec de très nombreux exemples tirés de la presse et de publications, il explique comment cette approche a été construite en substitution à la lutte des classes, sur le terreau des débats entre intégration, assimilation, inclusion, défense du multiculturalisme, victimisation des communautés issues de l'immigration, culpabilité anti-coloniale.

Il explique aussi la transformation de "l'islamophobie" en nouveau paradigme du racisme absolu. 

Pascal Bruckner propose, dans le dernier tiers de l'ouvrage, trois pistes de réflexion : un plaidoyer pour un retour à une lecture contradictoire et apaisée du Coran, le soutien aux musulmans modérés de France, mais aussi la défense de l'humanisme, de la laïcité et de la liberté d'opinion, valeurs fondatrices de la France.

 

POINTS FORTS 

1- Ce livre n'est pas un plaidoyer contre l'islam mais un plaidoyer pour un débat libre et démocratique sur la question des intégrismes religieux, et singulièrement du fondamentalisme musulman. Il témoigne (on n'est pas obligé de le croire) que l'islam est la seule religion pour laquelle le débat est interdit en France au nom d'un antiracisme moins spontané qu'idéologique.

2 - Il fourmille de références et de citations, qui parfois consternent quand elles font des assassins des attentats de 2015 et 2016 les victimes de la "violence sociale" dans laquelle la France les a relégués. Au delà de cet exemple, force est de constater qu'elles étayent solidement le propos.

3- Il aborde un sujet tabou, celui des liens idéologiques entre islamistes radicaux et extrême gauche, faisant des musulmans les nouveaux damnés de la terre, "l'internationale des réprouvés", véhicules utiles de l'abattage du capitalisme. Ce rapprochement peut choquer - mais à lire les nombreux exemples donnés depuis la révolution iranienne ("émergence d'une nouvelle spiritualité politique" avait dit à l'époque Michel Foucault), cela fait solidement réfléchir.

4- Le dernier tiers du livre, qui présente une analyse sans concession de notre société, esquisse des pistes de réflexion simples et intéressantes.

5 - Un vocabulaire ciselé et le sens des formules font de certains passages, notamment des derniers chapitres, des sommets de pensées synthétiques. Accessoirement, une couverture belle et surprenante, à la fois respectueuse et pleine de sens.

 

POINTS FAIBLES 

1- Qu'il provoque l'adhésion ou le rejet, ce livre a un coté déprimant ! Parce qu'il montre que tout débat sur l'islam en France est systématiquement mis en cause au nom de l'injonction multiculturaliste, du respect des minorités, de la liberté de penser et de pratiquer sa religion.

2 - Sans langue de bois, ce livre pourtant très documenté, peut être rejeté sans être ouvert, diabolisé par essence pour avoir osé mêler dans ses analyses, les composantes politiques et religieuses de l'islam fondamentaliste.

 

EN DEUX MOTS 

La question que pose cet essai n'est pas de savoir s'il faut y adhérer ou le rejeter en bloc, mais de considérer à quel point le débat sur l'islam en France n'est pas libre. 

Retenez que Bruckner y critique la radicalité, et non la religion. Il souligne qu'au nom de l'antiracisme en France, on peut tout dénoncer, sauf les excès du fondamentalisme islamique et son antisémitisme ; depuis 40 ans, aucune religion n'a fait preuve d'autant d'indulgence. 

Les pistes prospectives que Bruckner propose sont concises et précises : l'Europe doit arrêter sa détestation d'elle même - et ne pas "négocier" ses valeurs fondatrices. L'appel au soutien aux musulmans réformateurs est de simple bon sens. La restauration d'une pensée critique sur l'islam est une exigence bienveillante et démocratique. 

A synthétiser les conclusions de l'ouvrage, ces manifestations fondamentalistes et radicales témoignent peut être moins "du retour du religieux" que d'une détresse à vivre, comme d'autres grands monothéismes avant lui, les mutations profondes de ce début de troisième millénaire.

 

UN EXTRAIT

Cassons la tirelire, voici non pas un mais onze extraits:

- "Imaginons […] qu'à chaque remise en cause de la Bible par les libres penseurs, les autorités ecclésiastiques aient répondu par le crime de christianophobie pour censurer l'expression de ces arguments. " P 16

- "L'antiracisme ne cesse de raçialiser toute forme de conflit ethnique, politique, sexuel ou religieux. Il recrée en permanence la malédiction qu'il prétend combattre. " P 22

- "Le tabou contemporain [du politiquement correct, faisant référence à Barak Obama et à François Hollande] ne prétend pas sanctuariser seulement des croyances ou des idées, mais des pans entiers du réel." P 28

- "L'accusation d'islamophobie n'est rien d'autre qu'une arme de destruction massive du débat intellectuel." P 41

- "On peut, en France, pays de tradition anticléricale, ridiculiser Moïse, Jésus, le Dalaï-Lama, le Pape … mais on ne devrait jamais rire de l'Islam, sous peine d'encourir le courroux des tribunaux ou la mise à mort par les justiciers du djihad…. Pourquoi ce traitement préférentiel ?" P 48

- A propos du concept des "enclos symboliques" de Pierre Bourdieu, "Le voile, loin de dissimuler la chevelure, est d'abord une stratégie de visibilité : il départage "nos" femmes des vôtres, les sauvées des damnées…" P 77

- "Tout crime, égorgement, attentat à la bombe… serait un peu de notre faute et devrait nous inciter à battre notre coulpe. Dans l'idéologie de l'absolution, l'acte n'est plus qu'un symptôme." P 91

- "Le réchauffement climatique global est accéléré par l'islamophobie, forme dominante du racisme aujourd'hui […] laquelle prend sa source dans la forme coloniale d'accumulation capitaliste." Citation d'un professeur d'anthropologie de Melbounre ! P 133

- "C'est l'ambigüité du multiculturalisme qu'il incarcère les hommes et les femmes dans des coutumes dont ils aspirent souvent à s'émanciper : il postule une étanchéité des modes de vie qui en fait des prisons existentielles." P 161

- "Tel est le chantier qui concerne l'humanité entière : il faut banaliser l'Islam, en faire une religion parmi d'autres, et non l'autre des religions." P 207

- "Ce réveil du religieux, sous sa forme obscurantiste, nous force à reconsidérer tout ce que nous tenions pour acquis : la laïcité, l'égalité hommes-femmes, le régime démocratique, la liberté d'expression, la tolérance amoureuse, le statut de la foi et de l'impiété. Il contraint la modernité au devoir d'inventaire." P 256

RECOMMANDATION 

EN PRIORITE

                                  

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essentimo
- 21/03/2017 - 07:34
pourquoi
acheter un livre alors que nous vivons ces situations, au jour le jour et gratuitement.Comme le chantait Sardou : on n'est quand même pas 50 millions d'abrutis !
A M A
- 19/03/2017 - 18:36
Parler de "racisme en matière
Parler de "racisme en matière de religion", il doit y avoir erreur de vocabulaire.