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THE DAILY BEAST

Born to Run : quand Bruce Springsteen publie ses mémoires et les accompagne de 5 excellentes chansons jamais sorties avant

Publié le 11 octobre 2016
Le jour même de la publication de ses mémoires, le Boss a organisé la sortie dans les bacs de "Chapter and Verse", un nouvel album contenant cinq titres inédits remontant au début de sa carrière. En bonus, voici sept morceaux qui n’en font pas partie, mais que vous devez connaître.
Andrew Kirell
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Andrew Kirell est journaliste pour The Daily Beast.
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Le jour même de la publication de ses mémoires, le Boss a organisé la sortie dans les bacs de "Chapter and Verse", un nouvel album contenant cinq titres inédits remontant au début de sa carrière. En bonus, voici sept morceaux qui n’en font pas partie, mais que vous devez connaître.

 The Daily Beast - Andrew Kirell

La publication des mémoires de Bruce Springsteen, Born to Run, s'est accompagnée de la sortie simultanée d'un nouvel album de compilation : 18 morceaux sélectionnés par le Boss lui-même comme autant de compagnons de route qui ont rythmé sa vie.

Les cinq premiers titres de Chapter and Verse ("Baby I", "You Can’t Judge a Book by the Cover", "He’s Guilty (The Judge Song)", "The Ballad of Jesse James" et "Henry Boy") sont des inédits. Les deux premiers ont été enregistrés par le groupe The Castiles avec, à l'époque, un Bruce adolescent à la guitare et au chant.

En hommage aux mémoires épiques de Bruce Springsteen relatées sur 500 pages – qui retracent toute sa vie, depuis sa relation tumultueuse avec son père décédé, en passant par son bref mariage avec une jeune actrice, jusqu’à son combat contre la dépression – et pour rester dans l’esprit de ces morceaux inédits, voici une plongée en eaux profondes dans la carrière du Boss, à travers d’autres morceaux qui ne sont jamais officiellement sortis dans les bacs.

Bien que ces titres circulent depuis des décennies entre les mains des collectionneurs de bootlegs et autres fans inconditionnels de Springsteen, ils n’ont jamais été officiellement pris en compte dans son abondant répertoire. Et pourtant, ils devraient l'être.

"Visitation at Fort Horn"

Avant de trouver sa voix des premiers albums - celle d’un narrateur de contes à la West Side Story à base d’angoisse urbaine, de combats au poignard et de courses de rue - Springsteen semblait obsédé par les mythologies de l’Ouest sauvage.

Ecrit et enregistré en juillet 1972, "Visitation at Fort Horn" pourrait être l’adaptation d’un inquiétant film de Christopher Nolan : une force surnaturelle assiège un fort militaire de l’Ouest et hante son arrogant capitaine. Sur une progression d’accords qui rappelle "Amazing Grace", Springsteen raconte comment les problèmes continuent de s’aggraver, même après que les hommes du capitaine ont capturé et pendu leur prisonnier "paranormal". Lors d’un climax théâtral, le capitaine tombe à genoux, l’ombre du corps pendu projetée sur sa porte, un violent orage éclatant au-dessus de sa tête, et réalise en son for intérieur : c’est "un magicien".

Le morceau a été enregistré en solo et prévu pour être intégré dans son premier album Greettings From Asbury Park, N.J., mais le producteur de CBS Clive Davis exigeait plus de chansons rock adaptées à la radio. Résultat : "Visitation" a donc été supprimée et définitivement abandonnée sur le bas-côté du studio de montage, au profit d’ajouts de dernière minute tels que "Blinded by the Light" et "Spirit in the Night".

"Jazz Musician"

Springsteen a d’abord enregistré "Jazz Musician" en solo au piano durant sa demo session fatidique de 1972 enregistrée par le producteur John Hammond - qui a propulsé sa carrière de chanteur - et comptait l’inclure dans son premier album. Mais, tout comme "Visitation", le titre a été rejeté au profit de morceaux enregistrés avec tout le groupe, qui avaient plus de potentiel pour une diffusion radio.

Flot de paroles interminable, "Jazz Musician" étale sa logorrhée sur près de 6 minutes – un style hérité des débuts de Bruce Springsteen. Et les paroles sont dans la droite ligne des drames street-punk que le compositeur affectionnait tant. On y croise un musicien de jazz tourmenté dans la salle enfumée du Blue Light Lounge, où il contemple ses succès et ses échecs, et mesure le prix à payer pour parvenir à récolter ne serait-ce que la plus petite étincelle de gloire.

Au bout du compte, il est très regrettable que ce titre soit resté sur le carreau après la sélection finale de la tracklist de Greetings, alors que son instrumentation dominée par le piano dégage une atmosphère similaire au morceau plus médiocre "The Angel", qui a pourtant passé avec succès l’épreuve de sélection.

"Two Hearts in True Waltz Time"

Il est impressionnant de voir le nombre d’excellents morceaux qui ont été sabrés ne serait-ce que dans le premier album de Bruce Springsteen. "Two Hearts in True Waltz Time" a été enregistré plusieurs fois au cours de l’année 1972, pendant les enregistrements de Greetings. Mais cette balade folk à la guitare et à la basse, acoustique et "dylanesque", a finalement été abandonnée.

Enregistrée pour la première fois lors de la session avec John Hammond, "Two Hearts" semble raconter l’histoire d’une femme malheureuse dans son mariage, et de son aventure extra-conjugale avec un policier, avec le "crime de la piste de danse" commis par "deux cœurs au temps de la vraie valse" comme thème de leur amour interdit. Les lignes de basse évoquent parfois l’ambiance brumeuse des films noirs, et le jeu de guitare idiosyncrasique de Springsteen laisse déjà présager de l’écriture frénétique qu’on retrouvera un an plus tard dans le second opus du Boss : The Wild, the Innocent & the E Street Shuffle.

"Evacuation of the West"

Dans le prolongement de l’obsession de Springsteen pour l’Ouest américain, ce morceau, initialement intitulé "There Are No Kings in Texas", a été enregistré en 1973 pour The Wild, the Innocent & the E Street Shuffle mais sonnait comme un titre qui aurait pu être parfaitement dans son élément dans Greetings. Avec son accompagnement au piano aux accents funèbres et dramatiques, et l’introduction graduelle des percussions et des orgues, ce titre rappelle indéniablement l’éblouissant "Lost in the Flood" du premier album, jusqu’aux protagonistes qui partent en guerre contre la loi, pistolets en main.

Bien qu’il n’ait pas eu sa place dans le deuxième opus jazz-folk de Bruce, le morceau a de nouveau été pressenti en 1997 pour la sortie de la grande compilation Tracks. Mais il n’a pas eu cette chance.

"Song for Orphans"

Si vous avez eu la chance d’assister au concert donné à Trenton lors de la tournée Devils & Dust en 2005, vous avez entendu jouer cette chanson dans un cadre relativement officiel. A part ça, le titre a été largement relégué au statut de légende entretenue seulement parmi les fans les plus puristes.

Springsteen avait pris pour habitude de fréquemment entamer les concerts de la tournée de Greetings avec ce morceau, accompagné uniquement par un accordéon envoûtant. Il l’a ensuite inclus en 1974 dans une première liste de 10 morceaux qu’il prévoyait d’intégrer dans ce qui deviendrait son troisième, et peut-être plus célèbre album, Born to Run.

Un an plus tard, le morceau avait disparu. Et le légendaire Born to Run a pris une trajectoire résolument plus lyrique.

"The Klansman"

Enregistré en 1983 pendant la préparation de Born in the U.S.A., "The Klansman" est écrit du point de vue d’un jeune garçon en proie au doute : il est témoin de la façon dont l’idéologie raciste mais séduisante du Ku-Klux-Klan s’empare des esprits dans sa ville ouvrière.

"J’avais 10 ans quand mon père a dit ‘Fils, un jour tu verras/Quand tu grandiras tu porteras la robe comme ton frère et moi/Quand la guerre entre les races nous laissera dans un rêve brûlant/Je serai un Klansman qui nettoiera cette ville/Voilà mon rêve, mon fils’", chantait le Boss sur une piste synthétique guitare-percussion glaçante de brutalité, enregistrée solo dans sa maison de Los Angeles.

Trente ans plus tard, le morceau parait étrangement visionnaire, au moment où un nouveau type de racisme s’infiltre dans notre discours politique national, à travers les partisans de Donald Trump et de son "Alt Right".

"The Train Song"

De loin le plus vieux morceau du lot, "Train Song" a été enregistré en 1970 avec le groupe Steel Mill. Cette chanson remarquablement country-folk était probablement une façon pour le groupe de prouver sa polyvalence, alors qu’il n’avait jusque-là joué que du rock’n roll de bar au son poisseux.

Cette mélodie de saloon au piano et à la guitare, au rythme haletant proche du "stomp", semble raconter l’histoire d’un homme au cours d'un long voyage en train, impatient de retourner auprès de sa "jolie petite femme"... jusqu’à ce que le sol ne s’écroule sous ses pieds quand Springsteen révèle qu’il est en réalité un condamné à mort, attendant dans l'angoisse son tour pour aller "valser dans les bras de [s]a chère chaise électrique".

Ce superbe morceau marque ainsi un jalon important dans la carrière de Bruce Spingsteen, qui commençait à développer l'une de ses marques de fabrique essentielles : la punchline.

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