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Le film a été un échec aux Etats-Unis cet été car personne ne s’y est reconnu, ni les chrétiens orthodoxes du Tea Party, ni le public non religieux.
N'est pas Charlton Heston qui veut
Ben-Hur ou le déclin du péplum américain
Publié le 08 septembre 2016
Avec Harry Bos
Annoncé avec force battage publicitaire, le film n’a pas bénéficié d’un buzz très favorable dans les médias et sur le web. Fallait-il vraiment réadapter, pour la cinquième fois – si on inclut une minisérie pour la télé et un film d’animation – le roman de l’Américain Lew Wallace sur les aventures de Judah Ben-Hur, juif et contemporain du Christ ?
D’origine néerlandaise, Harry Bos vit et travaille depuis 25 ans en France en tant que programmateur et promoteur du cinéma de son pays natal. Il écrit régulièrement des articles sur le cinéma et des productions télévisuelles, en se focalisant en...
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Annoncé avec force battage publicitaire, le film n’a pas bénéficié d’un buzz très favorable dans les médias et sur le web. Fallait-il vraiment réadapter, pour la cinquième fois – si on inclut une minisérie pour la télé et un film d’animation – le roman de l’Américain Lew Wallace sur les aventures de Judah Ben-Hur, juif et contemporain du Christ ?
Avec Harry Bos

Le début du film fait craindre le pire. On voit des images manifestement virtuelles d’un cirque de l’Antiquité romaine, une foule en liesse qui encourage outrageusement ses héros ; une voix grave, en l’occurrence l’acteur Morgan Freeman, nous annonce qu’on est dans l’empire romain « aux temps du Messie ». On se croirait dans l’univers cheap des documentaires historiques qu’on peut visionner sur Youtube. Et bien non, c’est le début de la nouvelle version de Ben-Hur de Timur Bekmambetov, un péplum américain sorti cette semaine dans les salles.

Annoncé avec force battage publicitaire, le film n’a pas bénéficié d’un buzz très favorable dans les médias et sur le web. Fallait-il vraiment réadapter, pour la cinquième fois – si on inclut une minisérie pour la télé et un film d’animation – le roman de l’Américain Lew Wallace sur les aventures de Judah Ben-Hur, juif et contemporain du Christ ?

Pour les deux initiateurs et producteurs de Ben-Hur, le couple Mark Burnett et Roma Drowney, catholiques affirmés, la réponse était clairement « oui ». A Hollywood, ils se sont même spécialisés dans la production de (télé-) films bibliques, en profitant ainsi de la résurgence des mouvements néo-bibliques du Tea Party. Sur le plateforme Netflix, on peut visionner actuellement la 1ere saison d’une série produite par Burnett & Drowney sur la vie des apôtres et leurs adversaires après la crucifixion du Christ : A.D., Kingdom and Empire. Cet étrange feuilleton, assez indigeste, navigue entre références à la violence de la très orthodoxe voire antisémite Passion du Christ de Mel Gibson et une conception résolument contemporaine de l’Evangile : les anges et même plusieurs apôtres sont noirs.

Dans Ben-Hur, pas de signes d’antisémitisme ou d’orthodoxie religieuse. On est régulièrement frappé par l’horreur en revanche, mais c’est plutôt l’influence de Game of Thrones que celle de Mel Gibson. Mais surtout, on est interpellé par le personnage de Messala. Rappelons que l’un des deux scénaristes du film n’est autre que John Ridley, également scénariste du film oscarisé 12 Years a Slave de Steve McQueen. Messala, selon Ridley, n’est plus du tout l’habituel méchant unidimensionnel des versions antérieures du film – et du livre – mais quelqu’un dont les actes plus (ou moins) cruels trouvent leur explication dans sa position sociale inférieure au début du film. Il est le fils adoptif romain, plutôt mal accepté, de la riche famille juive Ben-Hur. Cette différence sociale s’entend aussi à l’accent populaire de l’acteur qui joue Messala et l’accent « oxfordien » des Hur. On se croirait presque dans l’univers de classes de Downton Abbey !

C’est l’un de ces savoureux anachronismes de Ben-Hur. Il y en a d’autres. On entend à plusieurs reprises le mot « sport », pour définir le spectacle cruel au sein du cirque romain, alors que la notion était inconnue aux Romains car inventée au XIXe siècle en Angleterre. Notons d’ailleurs que ce cirque, notamment les statues, ressemble étrangement à la place Navone à Rome et sa fontaine des Quatre-Fleuves de l’architecte Bernini, un ensemble baroque érigé au XVIIe siècle, il est vrai sur les ruines d’un stade antique. Et Judah Ben-Hur porte souvent un pantalon (des braies ou « braccae »), très populaire dans le monde antique… des Celtes et des Germains. Messala le porte également au début du film mais le délaisse pour les habits classiques romains dès son départ de se famille d’adoption. Le péplum, c’est le cinéma de l’anachronisme et Ben-Hur est parfaitement conforme à cette tradition.

Le problème de Ben-Hur est donc ailleurs. Son propos psychologique voire sociologique ne se transforme jamais en un récit cohérent et dense. Les dialogues sonnent souvent creux et leur banalité porte atteinte à la crédibilité des personnages. Et surtout, le message christique que Ben Hur doit véhiculer n’apporte rien au film. Déjà, la figure du Christ lui-même est une « pièce rapportée » dans le récit. On l’aperçoit de temps en temps, parfois dans un coin de l’image, mais son charisme est totalement absent et la fin « chrétienne » du film est aussi bâclée que non crédible. L’on quitte la salle dans une perplexité totale ; dommage car cette impression efface presque tout l’enthousiasme pour plusieurs scènes spectaculaires très bien conçues : la bataille navale, dont le réalisme cru sent la sueur et le sang, et surtout la course des chariots qui surclasse parfois la même scène de la version de William Wyler de 1959, tout en la citant en permanence.

Comme dans d’autres péplums récemment produits à Hollywood, on a l’impression que la production de Ben-Hur n’a pas pris la mesure des règles du genre. Malgré les enjeux financiers – c’est un genre cinématographique qui coûte cher et qui doit rapporter beaucoup –  le péplum américain a toujours été un cinéma du message. Griffith, Cecil B. DeMille, Kubrick dans Spartacus avaient tous quelque chose à dire et inséraient un message contemporain dans leurs films, qui ainsi parlaient directement au spectateur de l’époque. C’est la force et la crédibilité de ce message qui constituait la clef du succès du film. Lorsque Ridley Scott ressuscite le péplum en 2000, il suit la tradition : Gladiator est une interrogation sur la nature d’un empire mondial et reflète très bien la situation et les interrogations des USA, devenue seule superpuissance. Dans le film de Timur Bekmambetov, le message n’a rien de crédible ou de nécessaire, il ne dit rien sur les tensions et les conflits de notre époque. C’est sans doute pour cette raison que le film a été un échec aux Etats-Unis cet été car personne ne s’y est reconnu, ni les chrétiens orthodoxes du Tea Party, ni le public non religieux. Serait-ce également le signe que le péplum est sur le déclin car n’étant plus en phase avec l’état d’esprit d’aujourd’hui ? Ça ne serait pas la première fois : le genre avait quasiment disparu dans les années 1930 et à partir de la fin des années 1960. Ben-Hur : le péplum de trop ?

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