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Calories et composants
Quand les lobbies de l’agro-alimentaire se déchaînent contre la perspective d’un meilleur affichage des qualités (et défauts) nutritionnelles de leurs produits
Publié le 19 février 2016
Pour lutter contre l'obésité, véritable problème de santé publique en France, de nouvelles règles plus compréhensibles d'affichage nutritionnel sur les emballages ont été proposées par le professeur Hercberg, en partie pour les publics ayant un faible niveau d'éducation. Malheureusement, la finalisation de ce projet est fortement menacée par la vive opposition des lobbies alimentaires.
Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéro, Manger tous et bien et Nourrir l...
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Bruno Parmentier
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Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéro, Manger tous et bien et Nourrir l...
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Pour lutter contre l'obésité, véritable problème de santé publique en France, de nouvelles règles plus compréhensibles d'affichage nutritionnel sur les emballages ont été proposées par le professeur Hercberg, en partie pour les publics ayant un faible niveau d'éducation. Malheureusement, la finalisation de ce projet est fortement menacée par la vive opposition des lobbies alimentaires.

J’ai participé à une table ronde à la Sorbonne, qui sera diffusée sur France culture le jeudi 18 février à 16 h sur le thème Cancer, obésité… : est-il encore possible de bien manger ? Ce fut l’occasion de débattre avec le professeur Serge Hercberg (président du Programme national nutrition-santé PNNS) sur les blocages incroyables que rencontre sa proposition d’étiquetage nutritionnel « cinq couleurs ».

Les dégâts sur la santé publique provoqués par la consommation irréfléchie de produits alimentaires conçus davantage par des spécialistes du marketing que par ceux de la bonne et saine nutrition sont considérables. En particulier dans les classes populaires, plus sensibles aux méfaits de la publicité et moins aux messages de prévention et de santé. C’est ainsi qu’un mot d’ordre aussi simple et facile à retenir que « Manger cinq fruits et légumes par jour » est malheureusement encore fort peu suivi par les jeunes et dans les banlieues, et en tous les cas beaucoup moins que par les personnes âgées et les intellectuels… Du coup, moins on a fait d’études, et moins on a de revenus, plus on risque les maladies de la mal et la sur consommation, comme l’obésité.

D’où l’importance d’aller plus loin que les règles actuelles d’affichage nutritionnel sur les emballages, avec leurs listes de produits et de pourcentages écrites en tout petit, et leurs tableaux de composition très difficiles à comprendre. Après de nombreuses études et une large concertation, Hercberg a proposé un étiquetage en cinq couleurs, beaucoup plus simple à comprendre, qui se rapproche de celui de la consommation d’énergie, auquel les français sont dorénavant habitués puisqu'ils peuvent le voir depuis des années sur tous des appareils ménagers.

En attribuant des points négatifs à la présence d’éléments « défavorables » comme le sucre, le sel, les matières grasses, etc. et des points positifs à celle de fruits, légumes, légumineuses, fibres, etc. On arrive à calculer une note globale allant de A (couleur verte), pour les aliments les plus vertueux, à E (couleur rouge), pour les plus problématiques pour la santé. Bien entendu il resterait à mettre en place une instance totalement indépendante, transparente et irréprochable qui attribuerait les notes… ce qui n’est nullement impossible si on en a la volonté politique.

 

Ce code très intuitif et simple à interpréter, s’il était rendu obligatoire sur tous des emballages, permettrait aux consommateurs de faire un meilleur choix entre différents produits (exemple mueslis ou céréales fourrées), et dans une classe de produits, de faire un meilleur choix entre les différentes marques (souvent on est confronté à une offre de 10 ou 20 mueslis dans son supermarché). De plus il aurait également un effet incitatif vertueux sur l’agro-industrie, chaque firme étant ainsi motivée pour tenter d’éclaircir la couleur de son produit.

Des études approfondies (6 400 personnes pendant 13 ans) ont montré que l’absorption régulière de produits qui auraient la note E rouge plutôt que des produits A verts expose à 34 % de risques supplémentaires de développer des cancers, 61 % des maladies cardio-vasculaires, 61 % une obésité, etc. Un vrai enjeu de santé publique non ?

On a également prouvé que ce code simple en 5 lettres et cinq couleurs est de loin de plus facile et le plus rapide à appréhender, en particulier pour des publics ayant un faible niveau d’éducation et de connaissances en nutrition.

Cette proposition a franchi presque tous les obstacles, en particulier celles de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitairede l’alimentation, de l’environnement et du travail) qui a réalisé une simulation très convaincante sur 12 000 produits transformés et 500 aliments génériques, et celle du Haut conseil pour la santé publique (HCSP), qui a fait une revue des travaux scientifiques disponibles pour conclure que « seul le système coloriel à cinq couleurs répond aux critères de pertinence et de faisabilité d’un système d’information nutritionnelle synthétique ».

Ce rapport Hercberg est dorénavant sur le bureau du Ministre de la santé…Pour comprendre rapidement de quoi il s’agit, on peut visionner cette courte vidéo.

Et là… plus rien, car les lobbies se déchainent, avec énormément de moyens, pour que rien de change et vienne menacer leurs gigantesques intérêts économiques. En particulier bien entendu L’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) qui « maintient son opposition à tout dispositif d’étiquetage nutritionnel simpliste et stigmatisant, reposant uniquement sur un code de couleurs et une approche médicalisée de l’alimentation ».

On est donc devant une vraie question citoyenne, face à un gouvernement affaibli et donc timoré, et une Commission européenne ultra libérale : qui doit avoir le dernier mot, sur ce sujet aux effets considérables sur la santé publique, les citoyens ou les intérêts économiques ? Quand-est-ce qu’on vote au fait ? Et peut-on faire intégrer de telles questions fondamentales dans les programmes des différents candidats ?

Pour agir dès maintenant, on peut déjà commencer par signer la pétition que propose le professeur Hercberg (texte ci-dessous). Un bon début, faisons-le, pour nous, pour nos enfants, pour une France en meilleure santé ! Texte ci-dessous :

La France, comme de nombreux pays industrialisés, fait face à une épidémie de surpoids, d’obésité et de maladies chroniques (cancers, diabète, maladies cardiovasculaires) pour lesquels les facteurs nutritionnels sont des déterminants importants. Les politiques publiques doivent chercher à améliorer non seulement les déterminants individuels des comportements alimentaires et de la pratique d’activité physique, mais aussi leurs déterminants environnementaux et en particulier l’information du consommateur sur la qualité nutritionnelle.

Pour mon information, je demande au gouvernement que soit mis en place le système d’information sur la qualité nutritionnelle simple et compréhensible sur la face avant des emballages des aliments : modèle des 5 couleurs présenté par le Pr Serge Hercberg ; mesure soutenue et demandée par les professionnels de santé, les consommateurs et les associations de malades. 

 

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brennec
- 19/02/2016 - 12:44
méfiance
L'impact des mesures étatiques est tout aussi dangereux que les produits 'marketing' c'est ainsi qu'aux états unis on attribue la responsabilité de l'épidémie d'obesité et de diabète aux recommandations anti-lipides (qui ne font pas grossir et dont on révise la nocivité pour ce qui concerne le cholestérol) qui datent maintenant d'une soixantaine d'années et qui continuent plus que jamais si on en croit la prolifération de produits allégés. Cette chasse aux lipides se serait faite au profit des glucides qui eux sont les vrais responsables et de l'obésité et du diabète. Si ce marquage avait été mis en oeuvre au moment ou on a préféré la margarine au beurre, il n'aurait pas eu grand chose a voir avec la santé mais beaucoup avec l'état des lubies nutritionelles susceptibles de larges variations.