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Le logis de George et de Martha n’est pas une réalité, le spectacle ne peut donc pas être naturaliste.
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"Qui a peur de Virginia Woolf ?" : le choc des mots, le poids des vies
Publié le 21 janvier 2016
Grande pièce, admirablement montée, au Théâtre de l'Oeuvre, ce "Qui a peur de Virginia Woolf ?" restera comme l'un des événements marquants de cette rentrée théâtrale.
Est chroniqueur pour Culture-Tops.Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été créé en novembre...
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Grande pièce, admirablement montée, au Théâtre de l'Oeuvre, ce "Qui a peur de Virginia Woolf ?" restera comme l'un des événements marquants de cette rentrée théâtrale.

L'auteur

Né en 1928 aux Etats-Unis, Edward Albee est un enfant adopté. Ses parents travaillent dans le monde du théâtre. Lui souhaite devenir écrivain, mais il est finalement rejeté par sa mère d’adoption qui n’accepte pas son homosexualité. Au début des années 60 sont créées à New York ses deux premières pièces, « Zoo story » et « La Mort de Bessie Smith ». En 1962, « Qui a peur de Virginia Woolf ? » lui apporte une renommée internationale. Mike Nichols en tire un film avec Elizabeth Taylor et Richard Burton. Suivront une trentaine de pièces dont « Délicate balance », « Trois femmes grandes », « La Chèvre, ou Qui est Sylvia ? ». Il a obtenu trois fois le Prix Pulitzer.

Thème                                                                                           

A l’issue d’une soirée très arrosée, deux quinquagénaires George, un professeur de faculté, et son épouse, Martha, reçoivent chez eux un jeune couple, récemment installé dans leur campus universitaire, pour boire un dernier verre. L’alcool aidant, George et Martha se livrent en présence de leurs deux invités à une grande scène de ménage d’une violence inouïe.

Points forts

1 La pièce est tellement riche qu’on peut la lire, comme tous les chefs-d’œuvre, de différentes façons. « Comme il vous plaira », semble nous dire l’auteur, Edward Albee. 

En adoptant comme scénographie une absence de décor (un grand mur blanc et seulement un canapé en cuir et une volée d’escalier qui conduit à l’étage), le metteur en scène, Alain Françon, nous propose de ne pas prendre la situation pour argent comptant : le logis de George et de Martha n’est pas une réalité, le spectacle ne peut donc pas être naturaliste.

2) Alors où sommes-nous ? Et si ce couple de théâtre disait tout haut par la voix d’Albee ce qu’aucun couple dans la vraie vie ne pourra jamais se dire, même tout bas ? Qu’il s’est construit en partie sur des non-dits ? Au moins George et Martha ne craignent pas de regarder la vérité en face... 

Et qui sont ces jeunes tourtereaux invités à finir la soirée ? Les témoins indispensables sans qui aucune catharsis ne peut se faire ? Ou ne sont-ils que George et Martha trente ans auparavant, fantômes de leur jeunesse confrontés à leur présent ? Il est permis de le penser puisque les deux couples se ressemblent d’une manière troublante: les deux hommes sont professeurs d’université, sincèrement attachés à leurs femmes mais sans perdre de vue que leurs beaux-pères peuvent être très utiles à leurs carrières. Autre point commun : les deux couples sont stériles, en tout cas marqués cruellement par l’absence d’enfant. L’hypothèse se tient, d’autres se défendent. Les explications sont nombreuses, passionnantes, et la pièce gardera toujours un mystère excitant.

3) En schématisant, Martha est une attaquante avec quelques faiblesses, et George un défenseur doté de quelques ruses. Ici, tout en respectant le texte d’Albee à la lettre - d’ailleurs Daniel Loayza qui signe la version française n’est pas crédité d'« adaptateur » mais de « traducteur » - et en choisissant la formidable Dominique Valadié, Alain Françon ne fait pas de Martha une virago vocifèrante comme Elizabeth Taylor. Face à elle, le George de Wladimir Yordanoff regorge d’énergie, monte à l’avant-scène comme on court vers la surface de réparation, parle fort, bouge vite et beaucoup. C’est inédit. De même, la jeune Honey de Julia Faure n’est pas une petite dinde agaçante comme souvent, mais une jeune femme candide sans être sotte. Cette distribution inattendue fait bouger la pièce sans la décaler, la renouvelle sans la trahir.

4) Le spectacle dure deux heures qui passent comme trente minutes, baigné des étranges et envoûtantes lumières de Joël Hourbeigt. On écoute le texte avec une attention très forte, comme saisi à la gorge.

Points faibles

S’il y en a, ils ne sautent pas aux yeux !

En deux mots

La pièce de l’Américain Edward Albee est désormais un classique du XXe siècle, souvent reprise, toujours surprenante. Bravo à cette mise en scène subtile d’Alain Françon, réunissant, en Dominique Valadié et Wladimir Yordanoff, deux poids lourds des planches, pour ce combat conjugal, extrême et déchirant.

Une phrase

George à Honey :

« Une fois que tu as atteint l’os, tu n’es pas au bout de tes peines, pas encore. Il y a quelque chose dans l’os… la moelle… et c’est jusque-là qu’il te faut arriver, la moelle. Mais les os sont plutôt résistants, surtout chez les jeunes. Prends par exemple notre fils… »

Recommandation

Excellent Excellent

Théâtre

Qui a peur de Virginia Woolf ? d’Edward Albee

Traduction : Daniel Loayza

Mise en scène : Alain Françon

Avec Dominique Valadié, Wladimir Yordanoff, Julia Faure, Pierre-François Garel

Informations

Théâtre de l’Œuvre

55 Rue de Clichy

75009 Paris

Réservation : 01 44 53 88 88

Du mardi au samedi à 19h ; le samedi à 15h

Dernière le 3 avril

http:// www. theatredeloeuvre.fr

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besicles
- 21/01/2016 - 18:18
Soyez nombreux à croire cette critique
Allez en masse voir ce spectacle. Laissez-vous envoûter par les lumières étranges, le minimalisme si subtil du décor, les écarts de voix de Martha qui n’est pas une virago. Répandez-vous en louanges auprès de vos amis, et évitez surtout de voir (et de pouvoir comparer avec) le film de Nichols interprété par Taylor et Burton : le soufflé risquerait de retomber.
Or je ne le souhaite pas. J’espère que ce spectacle sera un tel succès que la direction du Théâtre de l’œuvre pourra envisager d’investir dans des rangées de fauteuils de moins de cent ans d’âge.
Parce que les deux heures ne passent pas du tout comme trente minutes quand on est coincé au milieu du balcon sur un siège étroit et quasi déglingué. Même serré entre deux voisines charmantes.
Ça peut influer sur l’humeur et la réceptivité.
Tout le monde n’a pas des fesses d’acier.
Bien assis pour voir une bonne pièce, l’agrément est plus vif et le cerveau plus disponible.