En direct
Best of
Best of du 18 au 24 mai 2019
En direct
© Reuters
Les applications de reconnaissance faciale sont en train de coloniser notre quotidien.
Shazam face
La reconnaissance faciale est déjà là (et pas forcément de manière légale)
Publié le 19 juin 2015
FaceFirst, DeepFace (Facebook), FaceNet (Google)... Pour reconnaître les visages, les nouvelles applis repèrent automatiquement un certain nombre de points sur les images comme les extrémités des yeux, des narines ou les commissures de lèvres.
Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) où il enseigne principalement l'informatique, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives. Il poursuit des recherches au sein du LIP6, dans le...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Gabriel Ganascia
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) où il enseigne principalement l'informatique, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives. Il poursuit des recherches au sein du LIP6, dans le...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
FaceFirst, DeepFace (Facebook), FaceNet (Google)... Pour reconnaître les visages, les nouvelles applis repèrent automatiquement un certain nombre de points sur les images comme les extrémités des yeux, des narines ou les commissures de lèvres.

Atlantico : Il existe aujourd'hui de nombreuses applications de reconnaissance faciale. En quoi peut-on dire que celle-ci est plus présente dans nos quotidiens qu'on ne le pense ? Quels en sont les principaux exemples ? Pour quelles applications ?

Jean-Gabriel Ganascia : Rappelons d’abord que la reconnaissance des visages a quelque chose de magique : même après quelques années d’absence, nous identifions une personne d’un coup d’œil, sans savoir exactement ce qui fait que nous la reconnaissons ou croyons la reconnaître. Bien sûr, si elle s’est laissée pousser la barbe ou si elle s’est coupée les cheveux, ou encore si elle a décidé de changer la couleur de ses yeux, il arrive que l’on soit pris d’un doute. Il se peut aussi que l’on se trompe en croyant à tort reconnaître une personne. Mais, ces hésitations restent somme toute relativement rares. Jusqu’à peu, il y avait quelque chose d’impondérable dans cette reconnaissance. Or, aujourd’hui, on est capable de construire des machines qui opèrent cette reconnaissance avec une grande fiabilité. On a trouvé de nombreuses applications dont l’identification d’une personne pour le contrôle des passeports aux frontières, ou le déverrouillage des téléphones portables qui "reconnaissent" le visage de leur maître. Certains imaginent que le nom des personnes reconnus soit projetée sur notre champ de vision par réalité augmentée ou même sur les lunettes à écran comme les Google Glass de sorte qu’on les identifie avec précision.

Quels enjeux économiques se cachent derrière le développement de la reconnaissance faciale par les grandes entreprises du numérique ? A quoi pourront éventuellement servir des bases de données établies à partir de la reconnaissance faciale ?

Pour reconnaître les visages, les ordinateurs repèrent automatiquement un certain nombre de points d’intérêt sur les images, par exemple, les extrémités des yeux, des narines, les commissures de lèvres, etc. Ensuite, les proportions respectives entre ces points d’intérêt sont calculées puis comparées avec celles qui ont été extraites des photographies d’un grand nombre de visages. Plus il existe de points d’intérêt, plus la reconnaissance est fiable. Mais, bien entendu, pour être en mesure de reconnaître le visage d’une personne avec ces techniques, il faut que la photographie de cette personne ait été préalablement enregistrée dans une base de données. Comme les acteurs de l’internet que l’on range sous le sigle des "GAFA" disposent d’un grand nombre de photographies annotées avec le nom des personnes, ils procèdent sans difficulté à la mise en œuvre de la reconnaissance des visages. Songeons à toutes les photographies accumulées par les réseaux sociaux comme Facebook, Google+, Picasso, ou iPhoto pour Apple, voire Flickr... Ces acteurs se trouvent donc en situation privilégiée sur les marchés de la reconnaissance des visages. Celle-ci peut avoir des fins policières, par exemple pour le contrôle de l’identité aux frontières. Pour les GAFA, cela a surtout des objectifs commerciaux : comment mieux servir un client qu’en le reconnaissant ? Cela aide à cibler ses désirs et à proposer la publicité idoine, avec un meilleur taux de retour...

Concrètement quels sont les risques liés au développement de ces technologies de reconnaissance faciale pour les citoyens ? En quoi doit-on rester prudent?

Bien évidemment, le principal risque est policier. Où que nous soyons, dans la rue, dans les transports, dans les magasins ou dans les bâtiments publics nous serons reconnus automatiquement... et donc suivi à la trace sans même avoir besoin d’allumer son téléphone portable, de payer avec sa carte de crédit ou de glisser son passe Navigo dans un portillon automatique... Qui plus est, ce n’est plus l’Etat seul qui disposera de ces informations, mais des sociétés privées qui seront libres de les revendre à qui leur semblera bon.

Aux Etats-Unis des lois sur la protection des données biométriques ont été mises en place, notamment pour encadrer la collecte de ces données liées à la reconnaissance faciale au Texas et dans l'Illinois. Qu'en est-il en France ? Ces applications de reconnaissance faciale sont-elles déjà encadrées par la loi ou y a-t-il un retard en la matière ?

Les lois changent considérablement d’un pays à un autre ; c’est vrai en général ; et c’est tout particulièrement vrai pour le droit à l’image qui est central pour tout ce qui touche à la mise en place des algorithmes de reconnaissance des visages. En effet, comme nous l’avons vu, pour reconnaitre des visages, il faut en posséder la photo annotée. En Europe, certains pays comme la Norvège interdisent toute prise de vue qui ne reçoit pas le consentement explicite de la personne photographiée. Au Royaume-Uni, la notion de droit à l’image n’existe pas, ce qui fait que les caméras de surveillance fleurissent sans contrôle dans les villes. En France, la situation est intermédiaire : on peut prendre une photographie d’une personne dans un lieu public, sans lui demander son autorisation. On peut éventuellement l’exploiter, à condition que cela ne lui cause pas de tort. Du point de vue juridique, cela s’apparente à la photographie d’un bien : le propriétaire n’a aucun droit sur les images que l’on prend de ses possessions, à condition qu’aucun usage illégale n’en soit fait. Lorsque l’image d’une personne est prise, celle-ci ne peut s’opposer à son utilisation que si cela porte atteinte à son droit au respect de la vie privée. Qui plus est, il existe des exceptions pour les personnes publiques ou pour les images saisies dans le cadre d’activités professionnelles : dans ces cas, les personnes sont moins bien protégées. Bref, la situation en cette matière demeure encore assez ambigüe en France et dans de nombreux pays, mais pas partout...

Quelles limites doit-on mettre à la reconnaissance faciale ? Et comment pourrait-on mieux encadrer ces technologies ? 

Avant d’énoncer les limites éthiques que l’on devrait imposer à la reconnaissance faciale, indiquons qu’il existe, d’ores et déjà, des limites technologiques que l’on ne franchit pas aisément. Si l’on reconnaît assez bien un visage sur une photographie de face, sans chapeau, ni voile, ni lunette, il devient plus délicat de le reconnaître avec tous ces accessoires, et plus difficile encore de profil ou de trois quarts, ou encore tronqué. Pour toutes ces raisons, la reconnaissance de visages dans un foule n’est pas possible actuellement. Du point de vue éthique, il serait certainement important de recueillir le consentement de la personne dont ou souhaite reconnaître le visage. Plus précisément, il faudrait s’assurer qu’elle consente à ce que les images d’elles soient exploitées pour la reconnaissance de son visage. Mais, cela ne suffit pas : il faudrait aussi qu’il y ait accord sur les différentes situations dans lesquelles une personne accepte d’être reconnue, car on peut accepter que son visage soit reconnu pour entrer dans sa banque, mais pas dans les autres magasins... Une telle régulation permettrait d’éviter que l’on procède à des utilisations abusives de la reconnaissance des visages qui conduirait, par exemple, à identifier automatiquement les participants à une manifestation politique... En effet, on ne peut qu’être effrayé des conséquences que de telles utilisations feraient peser sur nos libertés publiques.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Après les trottinettes électriques, la prochaine mode pourrait bien être le bâton sauteur
02.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
03.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
04.
Ne l’appelez plus Shinzo Abe mais Abe Shinzo
05.
LREM, UDI, LR ou abstention ? Petit guide pour ceux qui voudraient (vraiment) voter libéral aux Européennes…
06.
SOS médecins : les hebdos au chevet de l'Europe ; Bellamy laisse Nicolas Sarkozy de marbre et atomise Dupont-Aignan ; L'ami milliardaire qui finance Francis Lalanne ; Valls souffre, le PS meurt (selon lui)
07.
La Chine détient-elle une arme nucléaire en étant capable de bloquer l’approvisionnement des Etats-Unis en terres rares ?
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
03.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
04.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
05.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
06.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
01.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
02.
Appel des personnes en situation de handicap ou familles concernées pour sauver Vincent Lambert d’une mort programmée
03.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
04.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
05.
Des experts estiment dans un nouveau scénario que la hausse du niveau des océans pourrait dépasser deux mètres d'ici 2100
06.
Vidéo de Vincent Lambert : son épouse va porter plainte
Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Mike Desmots
- 16/06/2015 - 14:33
C'est vieux depuis 30ans au moins...!
Bon ..., pour être précis c'était une technologie réservée aux renseignements militaires and Co... ... Maintenant grâce à Google c'est à la porté de n'importe quel clients " militaires civiles.." lol !.ca c'est le progrès.....!
Pourquoi-pas31
- 16/06/2015 - 11:46
Souriez sur Fesse-bouc
vous êtes fichés ! par qui ? Par des gens qui vous veulent du bien, ou plutot qui pourraient vouloir vos biens. Bonne journée