Main aux fesses dans le métro parisien : le témoignage en ligne d'une jeune femme fait débat | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Un témoignage d'une jeune femme sur ses déboires dans le métro parisien fait débat sur la toile.
Un témoignage d'une jeune femme sur ses déboires dans le métro parisien fait débat sur la toile.
©Reuters

Revue de blogs

Main aux fesses dans le métro parisien : le témoignage en ligne d'une jeune femme fait débat

Un témoignage en ligne sur un "pelotage" très serré d'une jeune femme qui s'est défendue dans le métro parisien a déchaîné un torrent de réactions, paradoxalement souvent hostiles.

"Je venais d’entrer dans la rame, j’étais encore debout dans l’attente de trouver une place assise et je tentais de reprendre mon souffle en m’accrochant tant bien que mal à la barre pour ne pas défaillir (mes poumons ayant la taille d’une demi-cacahuète fourrée à la nicotine, il m’en faut peu). Je n’ai donc pas fait attention au quadra lambda qui se tenait juste derrière moi (...) Du coup, lorsqu’il a fait mine de se baisser pour ramasser un truc par terre, j’ai pas réagi. Et c’est ainsi que j’ai senti ses doigts se faufiler sous ma jupe et s’enfoncer dans mon entrejambe, à travers mes collants. Comme à ma triste habitude, j’ai réagi au quart de tour, je me suis retournée et je l’ai attrapé par les cheveux avant de lui matraquer la gueule à coups de petits poings osseux. Les autres passagers ont eu un moment de flottement, n’ayant pas assisté à la scène précédente, et se demandaient ce qui avait bien pu me passer par la tête pour que je me déchaîne violemment sur ce pauvre homme qui n’avait, semblait-il, rien demandé. Je me suis donc époumonée pour expliquer rapidement la situation, l’homme a tenté de placer quelques coups, en vain, et je l’ai recadré une dernière fois, juste avant que les portes ne s’ouvrent sur le quai et que deux gentilles paires de bras m’aident à le balancer hors de la rame, où il a dû passer quelques minutes à chercher ses dents avant de ramper jusqu’à son trou pour ne plus jamais en sortir (du moins, c’est tout ce que j’espère)."

A priori, Le témoignage de Jack parker, pseudo d'une journaliste et blogueuse parisienne, dans '"Baisse les yeux. Ravale ta colère et déglutis tes larmes" sur son blog et sur Madmoizelle aurait du être applaudi. Toute sa génération n'en peut plus du "harcèlement de rue" : propositions, insultes, sifflets, attouchements dès qu'elles mettent une robe ou une jupe. Mais non. A l'agression a succédé une rafale de commentaires soit solidaires, soit très méchants, de la part d'hommes, (dont elle a fait des captures d'écran) sur son compte twitter. Parmi les plus civilisés : "De la merde d'hystérique féministe qui confond accident léger dans le métro dont les freins font s'entrechoquer passagers et paranoïa de la victime". Les autres comprenant souvent le mot  "connasse" et excusant le "tripoteur". Parce que "Jack" portait une jupe. 

Sauf que "Jack" n'est pas un cas isolé. Le ras-le-bol monte partout en témoignages sur les blogs et Facebook contre une constante guerre des regards, mots et corps dans les lieux publics, dont Jack, ulcérée, fait la liste : "Et ça fait pas avancer le bordel de râler, mais putain, à ce stade, on fait quoi ? Je vais pas m’amuser à tabasser tous les connards qui se permettent de me toucher, j’ai quand même autre chose à foutre de mes journées. Tous ceux qui se frottent contre moi dans le métro, qui mettent leur main un peu trop près de la mienne sur la barre pour me caresser du bout de leur doigt, qui m’attrapent des mèches de cheveux au vol, qui laissent trainer leur main à 1mm de ma cuisse et qui profitent de la moindre secousse pour parcourir la distance restante accidentellement, qui me dissèquent et me déshabillent longuement du regard sans la moindre pudeur, qui poussent des hmmmmm… sur mon passage, qui m’ordonnent de sourire pour eux, de leur dire bonjour, de leur répondre, d’aller prendre un verre avec eux, de les suivre chez eux, de monter dans leur bagnole, de leur filer mon numéro, la liste est longue putain, et ça me fout la gerbe. Ça me gonfle, ça me gonfle, ça me gonfle, et je sais pas quoi faire, et je peux rien y faire, et ça m’énerve, et j’en ai marre, et ça me gonfle, et putain, sortez-moi de là. "

Le blog féministe Crepe Georgette a conduit l'an dernier une petite enquête informelle parmi ses lecteurs et lectrices sur "l'agression sexuelle dans les lieux publics" et particulièrement les "pelotages" dans les transports en commun :

 "123 femmes ont témoignées avoir été pelotées dans l'espace public. 33 ont réagi, 90 n'ont pas réagi et ont eu peur, ont été surprises, ont été sidérées. Le motif de surprise chez les femmes s'exprime de manière différente que chez les hommes ; les femmes mettent plus en avant qu'elles ont douté de ce qu'elles ressentaient. Étaient-elles bien touchées ? Allait-on les croire si elles s'énervaient ? Allaient-elles viser la bonne personne ? N'était-ce pas accidentel ?

Celles qui ont réagi l'ont fait de trois manières différentes :

- En changeant de place ;
- En criant contre l'agresseur ;
- En frappant l'agresseur (la réponse la plus physique a été de lui saisir les parties génitales).

Plusieurs de celles qui ont réagi ont dit qu'elles ne réagissaient pas il y a quelques années."

Mais l'autocensure règne toujours, poursuit Crepe Georgette : "La majorité des femmes ne réagit pas à cause d'une peur paralysante (nous sommes éduquées à peu réagir et dans la peur panique face au viol) ou parce qu'elle n'a pas confiance dans ce qu'elle ressent. Les regards extérieurs ont, également, peu confiance dans ce que peuvent dire les femmes. On le voit dans certains cas d'agression racontés (sur le blog), les femmes ont vu nier leur agression, ce qui entraîne une réaction somme toute logique où l'on se dit qu'on a exagéré, que peut-être même on débloque un peu. Est-ce si grave, n'est-on pas en train de se comporter comme une hystérique ?..."

Elle cite un autre témoignage étonnant, reproduit dans le New York Times, cette fois-ci dans le métro de New York. Là aussi, il est question d'une jeune femme victime d'une agression lourde d'un homme collé à elle. Elle ne se défend pas, craignant qu'il ne s'agisse d'un fou et qu'il soit armé. Mais c'est en sortant de la rame et du traumatisme qu'elle est approchée par une agent de la brigade des pickpockets, qui a vu ou deviné ce qui s'est passé. La brigade lui conseille de porter plainte, ce qu'elle a fait. Pourquoi les officiers de la brigade de pickpockets interviennent-ils dans les "pelotages" commis ou non, subreptices ou avérés, qu'ils voient ou devinent ?  Parce que, disent-ils, "la vraie épidémie dans le métro, ce ne sont pas les pickpockets, ce sont les pelotages."

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !