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Les gaz qui ne détruisent pas la couche d'ozone ont tendance à engendrer de l'effet de serre.
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Les dangereux effets secondaires des produits chimiques qui aident à préserver la couche d’ozone

Certains composés chimiques destructeurs de la couche d’ozone, présents dans des produits utilisés au quotidien, ont été remplacés par d'autres moins nocifs. Or, ces nouveaux produits (tels que les fluides frigorigènes présent dans les réfrigérateurs ou le liquide de refroidissement d'une voiture) sont surtout des gaz à effet de serre néfastes pour le climat.

Patricia Martinerie

Patricia Martinerie

Patricia Martinerie est chargée de recherche au CNRS au laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement de l’université Joseph Fourier à Grenoble.

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Atlantico : Quels sont les composés chimiques, présents dans des produits d'usage du quotidien, qui ont encore un impact sur la couche d'ozone ? Concernant ceux supposés préserver la couche d'ozone, présent-ils d'autres risques pour l'environnement ?

Patricia Martinerie : Les principaux gaz destructeurs de la couche d’ozone sont les CFC : les chlorofluorocarbures ont été utilisés dans les réfrigérateurs et climatiseurs, dans les bombes aérosol comme les déodorants, la fabrication de mousses.

Depuis 1987, leur utilisation a été progressivement réduite puis interdite par le Protocole de Montréal. Cependant, j’ai participé à une étude qui a montré qu’un CFC : le CFC-113a est encore produit au XXIème siècle. Les Halons, utilisés dans les extincteurs sont aussi proscrits par le Protocole de Montréal.

Ces gaz restent dans l’atmosphère pendant plusieurs décennies avant d’être détruits par les rayons ultra-violets. Ce sont aussi des gaz à effet de serre qui réchauffent l’atmosphère. Leurs substituts de première génération, principalement les HCFC : hydrochlorofluorocarbures détruisent beaucoup moins la couche d’ozone et sont en cours de remplacement par les HFC : hydrofluorocarbures qui ne la détruisent pas. Cependant, les HCFCs et HFCs sont aussi des gaz à effet de serre. Un article scientifique paru cette semaine a montré que deux de ces gaz les plus abondants : le HCFC-22 et le HFC-134a sont émis vers l’atmosphère deux à trois fois plus pendant l’été que pendant l’hiver.

Ceci est probablement dû à leur utilisation dans les réfrigérateurs et climatiseurs, plus sollicités pendant l’été et qui ont des fuites plus importantes quand il fait chaud. Le Protocole de Montréal a permis de limiter le trou d’ozone et il commence à se combler, mais la surveillance des gaz destructeurs d’ozone reste nécessaire. Par exemple, la source des émissions de CFC-113a vers l’atmosphère doit être identifiée, et les émissions de HCFC-22 et de HFC-134a pourraient être réduites par l’utilisation de circuits frigorifiques plus étanches.

Ces composés existent-ils à l'état naturel ou sont-ils le fait des activités humaines ? 

Ces composés,n’existent pas dans l’atmosphère naturelle, ils sont produits uniquement par les activités humaines. Cela a été mis en évidence par leur mesure dans l’air piégé dans les neiges et glaces des régions polaires, qui permettent d’accéder à de l’air ancien.

Les émissions des CFCs ont débuté dans les années 1930, ils ont connu un développement important à partir des années 1950 et ils se sont accumulés dans l’atmosphère. Leur lente destruction par le rayonnement ultra-violet libère les atomes de chlore qu’ils contiennent. Ce sont ces atomes de chlore qui détruisent la couche d’ozone.

Et leurs effets néfastes ne sont découverts que maintenant ?

Le « trou dans la couche d’ozone » a été découvert en 1985. Comme il se produit principalement dans les régions polaires (avant d’être dispersé par les vents) où les observations de l’atmosphère sont rares, il aurait pu être détecté plus tardivement et les conséquences auraient été plus graves.

La cause du trou d’ozone a été identifiée très rapidement et des mesures de replacement des CFCs par des gaz moins nocifs pour la couche d’ozone ont été mises en place dès 1987 avec le protocole de Montréal. Depuis, il a été révisé et ratifié par un nombre croissant de pays. Aujourd’hui, ce sont les substituts des CFCs qui s’accumulent dans l’atmosphère et c’est surtout leur impact sur le réchauffement du climat qui est préoccupant.

L'Agence américaine de protection de l'environnement estime que les composés (type HFC) pourraient représenter l’équivalent de 19% des émissions de CO2, le principal gaz à effet de serre, d'ici 2050 si rien n'est fait. Quels sont les moyens mis en œuvre pour lutter contre la propagation de ces émissions

La mise en place de mesures pour lutter contre le réchauffement climatique est beaucoup plus difficile que dans le cas du trou d’ozone.  En effet, le principal gaz à effet de serreproduit par l’homme : le dioxyde de carbone (CO2) a des utilisations beaucoup plus étendues que les CFCs, HCFCs et HFCs.

Cependant, l’utilisation croissante des HFCs, en particulier pour la réfrigération et climatisation, pourrait conduire ces gaz à avoir un impact climatique important. Comme ils sont utilisés dans des circuits fermés, il est assez facile de limiter leurs émissions dans l’atmosphère en renforçant l’étanchéité des circuits, et en recyclant les réfrigérateurs et climatiseurs en fin de vie.

Ces mesures sont beaucoup plus faciles à prendre que de stopper les émissions de CO2 vers l’atmosphère lorsqu’on brûle du pétrole pour produire de l’énergie ou dans les moteurs de voiture par exemple.

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