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Bye-bye énergies fossiles, la fin du pétrole et du charbon est proche mais pas pour cause de pénurie
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Atlantico Green

Bye-bye énergies fossiles, la fin du pétrole et du charbon est proche mais pas pour cause de pénurie

Chute des coûts du solaire et de l'éolien, prise de conscience accrue des acteurs économiques, politiques et des citoyens, etc. : autant de facteurs qui ont précipité le développement des énergies alternatives, à tel point qu'elles risquent de mettre en péril l'avenir des énergies fossiles.

Myriam Maestroni

Myriam Maestroni

Myriam Maestroni est présidente d'Economie d'Energie et de la Fondation E5T. Elle a remporté le Women's Award de La Tribune dans la catégorie "Green Business". Elle a accompli toute sa carrière dans le secteur de l'énergie. Après huit années à la tête de Primagaz France, elle a crée Ede, la société Economie d'énergie. 

Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages majeurs: Intelligence émotionnelle (2008, Maxima), Mutations énergétiques (Gallimard, 2008) ou Comprendre le nouveau monde de l'énergie (Maxima, 2013), Understanding the new energy World 2.0 (Dow éditions). 

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Atlantico : Une étude publiée par le Bloomberg New Energy Finance Analysis  prévoit un renversement des consommations énergétiques en 2025: une chute de la demande en énergies fossiles et une nette augmentation de la demande en énergies alternatives. Pourquoi ?

Myriam Maestroni : Il semble, en effet, que le scenario qui prévoyait un abandon progressif des énergies fossiles les plus émettrices de C02 en faveur des moins émettrices (ie du charbon et pétrole vers le gaz naturel jusqu’à récemment encore vu comme l’énergie de la transition) soit en train d’être abandonné en faveur d’un scénario privilégiant directement les énergies renouvelables appelées à se développer plus vite que prévu, notamment du fait de la chute des coûts du solaire et de l’éolien, de nature à rendre l’électricité produite à partir de ces deux sources renouvelables plus compétitive que celle produite à partir des énergies fossiles. Et ceci est valable malgré un contexte de prix du pétrole cassé. Cette tendance doit également être analysée en tenant compte du développement exponentiel des technologies (télécommunications, Internet, multimédia…) de plus en plus électro-dépendantes, tant dans le cas de nos économies développées, que dans le cas de la consommation à venir pour permettre l’accès à l’énergie de 1.3 milliards de personnes dans le monde vivant encore sans éclairage, télécommunications, etc. Enfin, il ne faut pas négliger les prises de position de pays en fort développement qui pèsent sur l’évolution de la consommation mondiale, dont notamment la Chine qui connaît une croissance rapide de l’énergie solaire et qui se place depuis 2015 au premier rang du marché mondial du solaire photovoltaïque (avant l’Allemagne). Elle fait d’ailleurs état d’une politique éminemment volontariste qui lui permettrait d’afficher dans les 25 ans à venir les plus fortes baisses d’émissions de CO2.

Comment expliquer que l'inversion, prévue plus tard, surprenne finalement les analystes par sa précocité ? Quel a été l'élément déclencheur ? 

Curieusement, et il paraît donc nécessaire de le rappeler, la prise en compte de l’urgence climatique est récente. En effet, malgré les alertes du GIEC, un groupe constitué par les meilleurs experts au monde en matière de climat, depuis les années 1990, il a fallu attendre la validation de leur 5ème rapport, fin 2014, pour enfin prendre acte d’un niveau de concentration des gaz à effet de serre jamais mesuré dans l’atmosphère depuis plus de 800 000 ans, et ce, avec la plus forte hausse observée cette dernière décennie. Les conclusions de ce rapport sont malheureusement étayées par une série de faits concrets : record de chaleur (2014 et 2015 en sont une triste illustration), intensification de plus en plus visible partout dans le monde d’événements climatiques extrêmes  (sécheresses, canicules, pluies diluviennes, inondations, ouragans, typhons…), lourdes pertes humaines (2 millions et demi de personnes sur les 30 dernières années), multiplication du nombre de réfugiés climatiques (plus de 20 millions selon le Conseil norvégien pour les réfugiés) et des coûts financiers liés à ces catastrophes naturelles en forte augmentation (200 milliards par an au cours de la dernière décennie, soit 4 fois plus que dans les années 1980 selon Rachel Kyte, vice-présidente de la Banque mondiale chargée du développement durable). Tout cela a fini par avoir raison des derniers climato-sceptiques et a, bien sûr, largement contribué à cadrer les discussions de la COP 21 en décembre dernier, à Paris.

Le monde, au travers de l’engagement de 196 pays, s’est mobilisé pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C au travers de différentes mesures à mettre en œuvre dans les années à venir et, donc pour viser la réorientation de l'économie mondiale vers un modèle à bas carbone, bien sûr, basé sur un abandon progressif des énergies fossiles, qui constituent encore près de 80% du mix énergétique mondial.

A cet engagement politique s’est ajoutée une mobilisation citoyenne sans précédent, et surtout, last but not least, une prise en compte de cette nouvelle donne éco-climatique par l’ensemble des acteurs économiques - dont bien sûr les entreprises de toutes tailles et tous secteurs - et financiers (banques, investisseurs,..). Ces derniers ont bel et bien pris conscience, et souvent de façon douloureuse, de la façon dont le réchauffement climatique pouvait impacter leurs activités au sens large: dépréciation faramineuse d’actifs (évaluée en dizaines de milliards de $), baisse significative de la capitalisation boursière des sociétés d’énergies fossiles, campagnes orchestrées d’activistes visant les investisseurs fortement impliqués dans des entreprises trop carbo-intensives (Go Fossil Free, Divest/Invest…), engagement croissant d’investisseurs reconnaissant l’impact du changement climatique sur les investissements à prendre des mesures pour réduire l’empreinte carbone de leurs portefeuilles. L’appel de Ban Ki-Moon, Secrétaire général des Nations Unies fin 2014 à New York, est ainsi venu renforcer l’engagement de grands investisseurs qui intégraient déjà les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance - ESG - dans leurs stratégies d’investissements. Bref, le risque carbone, malgré un prix paradoxal du CO2 au plus bas, est bien devenu une épée de Damoclès de nature à décourager fortement les investisseurs, qui, du coup délaissent leurs investissements  en énergies fossiles.

Malgré tout, celles-ci supposeront, comme le signale le rapport de Bloomberg New Energy Finance (BNEF), 2 100 milliards de $ d’ici à 2040, à mettre face aux 7 800 milliards investis en renouvelables. Il est sans doute intéressant de noter qu’avec 3 400 milliards pour le solaire et 3 100 milliards pour l’éolien, ces deux énergies renouvelables semblent être clairement celles qui se taillent la part belle car de nature à produire durablement de l’électricité à des niveaux de coûts inférieurs à ceux des centrales à énergie fossiles. Et ceci est d’autant plus vrai que "Construire de nouvelles fermes solaires et éoliennes sera souvent moins cher que de continuer à opérer les centrales de génération d’électricité existantes au charbon et au gaz " selon le rapport.

Les énergies alternatives sont développées depuis plusieurs dizaines d'années sans réussir à être véritablement rentables. Avons-nous trouvé un point d'équilibre entre le coût de l'élaboration des installations solaires, hydrauliques, et aérodynamique et leur production? 

Les énergies renouvelables sont désormais clairement reconnues comme compétitives face aux fossiles dans de nombreux pays. Pour le solaire, le développement à grande échelle des capacités installées renforce l’ambition du secteur qui prévoit que le photovoltaïque mondial continuera à se développer de façon exponentielle pour atteindre 540 GW de puissance solaire totale installée en 2020 contre 178 GW à fin 2014 et une année 2015 record (147 GW de capacités installées, 286 milliards de dollars investis). Cette croissance intègre l’avantage de la production décentralisée, critique dans de nombreux territoires. L’effet d’échelle se traduit par une baisse des coûts. Ainsi, le coût du solaire photovoltaïque a baissé de plus de 50% entre 2010 et 2015 et une autre diminution de près de 60% est à prévoir d’ici 2025 d’après l’IRENA - Agence internationale de l’énergie renouvelable. Cela contribuera à améliorer encore davantage la compétitivité de cette énergie. On constate la même tendance pour le solaire à concentration qui connaîtra une chute de 43%, mais aussi l’éolien onshore et celui offshore qui coûteront, respectivement, 26% et 35% moins chers au même horizon.

Au-delà de l’effet d’économie d’échelle, cette baisse des coûts est également liée aux progrès technologiques, et plus généralement à une courbe d’apprentissage rapide dans un contexte favorable. L’enchaînement de cercles vertueux sert fortement cette tendance, puisque l’on voit se développer un éco-système global qui permet d’envisager un développement plus rapide que prévu des véhicules électriques vus comme autant de mini stockages d’électricité, des technologies dites "smart" facilitant le confort de l’utilisateur, partie prenante dans une logique globale de producteur-consomm’acteur, mais aussi bien sûr des technologies de stockage de cette énergie qui deviendra idéale lorsqu’on sera complètement capable de la stocker. Un sujet sur lequel les plus grands progrès restent à venir et surviendront.

L'analyse prévoit une crise de l'industrie du pétrole dans la prochaine décennie, non pas à cause de sa pénurie, mais parce que sa consommation va chuter. Les énergies alternatives suffiront-elles à supporter la consommation française en électricité dans 10 ans? Et faut-il sonner la mort des énergies fossiles ?

C’est une grande première que de renoncer définitivement à croire que le peak oil ne sera pas la conséquence de l’épuisement des ressources naturelles mais bien d’une prise de conscience collective et accélérée des multiples menaces liées à l’excès d’émissions de C02 ayant pour conséquence de produire un effet de serre responsable du réchauffement climatique.  On était à des années lumière de pouvoir imaginer pareille chose il y a à peine 15 ans… Je me souviens qu’alors que j’étais directeur général d’une société de commercialisation d’énergie fossile, j’avais déjà annoncé m’engager dans une bataille alors fort peu comprise, à savoir celle d’aider mes clients à consommer moins. Alors totalement hérétique, cet engagement est devenu, depuis 2011, la pierre angulaire de mon engagement professionnel actuel, partagé par une génération de moins de 30 ans plus mobilisée que jamais et nouveaux décideurs des années à venir. Cette expérience me permet désormais de constater la rapidité à laquelle le citoyen s’est converti en eco-consomm’acteur, fortement aidé par les outils du numérique.
 
L’accélération des politiques favorables à l’efficacité énergétique et leur mise en œuvre particulièrement remarquable à tous niveaux réduit les consommations d’énergie fossiles traditionnelles (chauffage notamment dans nos pays) et, du coup, permet raisonnablement de croire à l’accélération de cette chute des consommations. La mobilité durable semble également décoller avec des véhicules électriques ou hydrogènes de plus en plus prometteurs. Le vrai problème de la France sera de ne pas reproduire "l’erreur du Minitel" en ne permettant pas un développement beaucoup plus agressif des énergies renouvelables toujours limitées à cause d’une sur-représentativité du nucléaire qui continue à peser pour plus de 70% dans la production d’énergie électrique… mais ce sera un autre débat !
 
Propos recueillis par Clémence Houdiakova
 

Les éne

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