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©ARUN SANKAR / AFP

Communication vs protection des données

Voilà comment paramétrer vos médias sociaux pour contrôler qui voit quoi de vos publications

Il est possible de maîtriser qui voit vos tweets, vos posts Facebook ou Instagram. Tout comme vous pouvez aussi choisir ce que voulez voir.

David Fayon

David Fayon

David Fayon est consultant Web pour des entreprises et organisations françaises depuis la Silicon Valley, co-fondateur de PuzlIn et membre de l'association Renaissance Numérique. « Il est l'auteur de Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ? (Economica, 2013), Facebook, Twitter et les autres... (avec Christine Balagué, Pearson, 3e éd, 2016) ainsi que de  Made in Silicon Valley – Du numérique en Amérique (Pearson, 2017). Il vient de publier avec Michaël Tartar Transformation digitale 2.0 (Pearson, 2019).

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On le sait, les réseaux sociaux présentent de potentiels dangers de piratage ou d’intrusion dans la vie privée des utilisateurs. Quels dangers court-on quand on utilise des réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter, etc.) ? Les inquiétudes et leurs résolutions à ce sujet ont-elles évolué depuis les dernières années, et notamment après la période de confinement ?

David Fayon : Les dangers d’utilisation des réseaux sociaux sont potentiellement plus grands car au fur et à mesure de leur utilisation, les données tant publiées que collectées s’ajoutent, ce qui permet d’en savoir davantage sur l’identité de la personne, ses goûts, ses contacts, ses localisations, ses matériels de connexion (PC, smartphone, tablette, etc.). En outre le fait d’utiliser des applications tierces en grand nombre lié au réseau social (on l’a vu avec l’affaire Cambridge Analytica qui a occasionné une fuite de données via l’App concernant 87 millions d’utilisateurs de Facebook), les failles potentielles des mots de passe trop faciles à déceler, etc. sont des risques de collectes de données personnelles voire d’intrusion. Aussi, il convient il convient de déconnecter les applications tierces inutiles ou qui ne sont plus utilisées associées à ses comptes notamment les applications ludiques, de quiz depuis Facebook. Des bonnes habitudes peuvent être prises : ne pas trop en dire sur ses informations personnelles : l’objectif est de protéger son identité personnelle et de promouvoir son identité professionnelle. Se dire que des données personnelles, même si elles permettent des profilings très performant permettant à des annonceurs de vous proposer du contenu vous intéressant, peuvent être utilisées par des personnes malveillantes. Ne pas par exemple indiquer sa banque alors que les malwares ou ransomwares fleurissent, ne pas mettre une photo de sa voiture avec sa plaque minéralogique ou ne pas poster sa carte d’identité, ou encore ne pas signaler que l’on est en vacances ou donner des informations sur les personnes de son entourage pouvant être exploitées par des personnes mal intentionnées.

Par ailleurs, les conditions générales d’utilisation des réseaux sociaux évoluent en permanence et de nouvelles fonctions apparaissent (par exemple les stories sur Instagram, la reconnaissance faciale sur Facebook qui peut par ailleurs être désactivée). Il convient d’intégrer ces évolutions au fur et à mesure de son utilisation des outils qui ne sont pas figés dans le temps.

Des réflexes ont été acquis pour le choix des mots de passe par les internautes même si des progrès restent encore à faire. Par exemple, des mots de passe différents selon les réseaux sociaux et qui plus est alphanumériques avec l’utilisation de caractères spéciaux de type %, ), #, etc. Nous avons aussi le développement de l’authentification à deux facteurs (mot de passe + code de vérification envoyé sur son smartphone) lorsqu’une connexion est faite par un appareil nouveau ou sur un lieu de connexion inhabituel par exemple à l’étranger.

S’agissant de la période de confinement, deux points sont à noter. D’une part son PC peut avoir été partagé par les membres de son foyer avec potentiellement des risques liées à la manipulation de celui-ci par des enfants et d’autre part la localisation de son adresse IP qui est fixe puisque l’usage n’est plus mobile est une possible information quant au lieu de résidence. Aussi la géolocalisation peut être désactivée et sera alors approximative. Le but est de réduire les risques d’être trouvé, d’être usurpé. Tout ceci peut être réglé par la modification des paramètres de son profil (connexion faites sur son compte Facebook en regardant les équipements qui y ont accédé dans Paramètres/Sécurité et connexion). On peut également sur Instagram et Facebook désactiver l’option qui indique par défaut lorsque l’on est en ligne.

Plus nuancés que Facebook, Instagram et Twitter marquent davantage la distinction entre le contenu privé (seuls les amis acceptés peuvent voir) et le contenu public (tout le monde peut voir, avec ou sans compte). La frontière entre activités privée et publique a-t-elle été abolie ou renforcée par les réseaux sociaux ? Qu’ont-ils changé dans notre rapport à ces deux sphères ?

Il est vrai qu’avec Instagram et Twitter la diffusion est plus binaire, publique ou privée (avec le petit cadenas indiqué sur les comptes Twitter privés).  Ainsi sur Twitter, dans Plus/Paramètres et confidentialité/Confidentialité et sécurité, il est possible de cocher Protéger mes tweets pour que les tweets publiés ne soient accessibles qu’à ses abonnés. Sur Instagram, on peut verrouiller ses stories pour qu’elles ne s’adressent qu’à certaines personnes même si par défaut elles sont publiques.

En fait, il existe de nombreuses possibilités de paramétrage par défaut sur les outils et au cas par cas en fonction des informations qui sont publiées au fil de l’eau et chaque réseau social a ses spécificités.

Ainsi sur Twitter, on peut masquer des réponses à un tweet. Il est possible de choisir de ne pas être identifié sur une photo postée par un autre utilisateur du réseau social (mais cela n’est pas possible dans les mentions @compte_twitter qui sont faites). On peut bloquer un utilisateur ou le signaler par rapport à des types de contenu haineux, de nature à être une fake news, etc.

Pour Instagram, on peut bloquer les commentaires comme on peut le faire sur un blog. Il existe un filtre à mots qui aide pour bloquer certains commentaires en réponse à des photos postées. On peut aussi supprimer certains commentaires dans une optique de modération. Il en est de même sur Facebook (masquer ou supprimer un commentaire). Sur Facebook, il est possible de supprimer un ami ou de ne plus le suivre tout en restant ami. Ou encore, empêcher les facebooknautes de vous taguer sur Facebook.

La disparition des frontières entre la vie personnelle et la vie professionnelle est une tendance forte avec le numérique et des usages mixtes car la denrée précieuse est le temps. Il n’y a qu’à constater l’usage des équipements numériques dans les transports pour réinvestir le temps perdu. Pour autant de nouvelles frontières sont à réinventer. Et c’est à chacun de les déterminer selon ses buts poursuivis mais en connaissance de cause.

Voici 10 ans, certains utilisateurs disposaient d’un compte Facebook personnel et d’un compte Facebook professionnel. Désormais il est plus courant avec un compte unique de segmenter son audience. Le réseau social défunt Google+ avec la notion de cercles a permis à Facebook d’évoluer… Ainsi selon les cas, sur Facebook, on précise à qui est destiné son post. A contrario, LinkedIn était un réseau social professionnel mais celui-ci évolue d’une façon un peu plus ludique avec les anniversaires comme sur Facebook.

Des outils comme LinkedIn selon l’utilisation qui en est faite peuvent donner moins d’informations sensibles au sens de la CNIL (opinions politiques, religion, orientation sexuelle, santé) sur l’utilisateur que Facebook voire Twitter.

Les revendications générales des utilisateurs portent d’ordinaire sur la portée de leurs publications (qui peut voir ce que je publie ?). À l’inverse, choisir ce que l’on veut voir parmi les autres publications n’est-il pas aussi un droit des utilisateurs ? En quoi la protection des utilisateurs devrait aussi concerner ce qu’ils consultent ?

Oui, a priori si la cible est choisie, on peut savoir qui verra le contenu publié. Ainsi, sur Facebook, avant de publier, on choisit qui peut le voir : ses amis, ses amis et les personnes mentionnées dans le post précédées par un @, tout le monde, ses amis moins telles ou telles personnes si on veut que certains de ses contacts ne voient pas le post. Le public est également visible des personnes n’ayant pas de compte Facebook. Toutefois, avec l’algorithme utilisé par Facebook – baptisé l’EdgeRank – seulement 12 % environ de ses amis verront le post affiché sur la timeline voire moins. A contrario, pour voir ce qu’un utilisateur a publié et qui est visible par soi-même, il convient de regarder l’historique du profil de celui-ci, ce qui est une opération manuelle. Les posts sont ainsi accessibles dans un ordre antéchronologique.

Choisir ce que l’on veut voir des autres utilisateurs est un objectif louable. Pour autant aussi bien Facebook que Twitter insèrent dans les timelines de leur outil des informations sponsorisées qui viennent polluer l’utilisateur mais qui font partie du modèle économique car comme le veut l’adage « Quand c’est gratuit, c’est vous le produit ». Aussi il convient de rechercher le contenu souhaité avec discernement. C’est assez facile sur Twitter avec les options A la une, Récent, Personnes, Photos ou Vidéos dans le moteur de recherche de tweets avec des mots clés idoines ou via la Recherche avancée ou on peut effectuer des recherches sur une période donnée, etc.

La protection des utilisateurs est de nature plus subjective. Qu’est-ce qu’un contenu offensant, comment être sûr que l’on est face à une fake news, etc. ? Une modération peut filtrer à tort du contenu pertinent. Je crois plus à l’éducation à l’information et sa recherche, au discernement qui s’acquiert avec l’expérience.

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