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Bonjour, je suis un robot

Comment l’intelligence artificielle de Google est déjà capable de répondre à des questions simples sur la high tech… et sur le sens de la vie

Dans un article publié récemment par Google, la compagnie de Mountain View a déclaré avoir mis au point un programme permettant de tenir une conversation avec un humain qui demandait une assistance technique pour résoudre un problème informatique. Celle-ci s'est avérée être un succès.

Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia

Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) où il enseigne principalement l'informatique, l'intelligence artificielle et les sciences cognitives. Il poursuit des recherches au sein du LIP6, dans le thème APA du pôle IA où il anime l'équipe ACASA .
 

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Atlantico : Google-car, algorithme de recherche sur internet, traitement de données... Quelles sont les différentes performances que Google a réussi à faire en matière d'intelligence artificielle jusqu'à aujourd'hui ? 

Au début, Google a réalisé un moteur de recherche très performant qui s’est vite imposé comme leMoteur, au point que l’on a crée un néologisme, le verbe « Googler » en français (to google en anglais) qui signifie recherche à l’aide de Google. Puis, petit à petit, cette société a investi des domaines connexes comme la traduction automatique, la cartographie, la biologie moléculaire, la robotique, etc. en ayant recours aux techniques d’intelligence artificielle qu’elle sait mettre en œuvre pour traiter des très grandes masses données, ce que l’on appelle aussi les Big Data, et qui contiennent des Téraoctets (1012 octets), voire des Pétaoctets (1015 octects) d’information. Beaucoup de domaines d’application de l’intelligence artificielle ont été bouleversés par les approches nouvelles adoptées par Google et, plus généralement, par celles qu’utilisent les sociétés de l’internet que l’on range sous le sigle de « GAFA » (Google, Amazon, Facebook, Apple), car elles disposent et exploitent d’immenses quantités d’information. C’est ainsi qu’en utilisant les requêtes soumises par les utilisateurs, ces sociétés profilent les individus et vendent ces profils aux annonceurs publicitaires qui ciblent les contenus qu’ils envoient afin d’être plus efficaces. Les résultats obtenus avec ces techniques se révèlent impressionnant. Qui plus est, de nouvelles applications comme la voiture sans conducteur, la Google car, sont en train de voir le jour. Là encore, Google fait appel à des techniques d’apprentissage machine pour traiter les signaux envoyés par des capteurs, ce qui se révèle d’une grande efficacité pour piloter automatiquement cette voiture. Aujourd’hui, Google annonce qu’elle est en mesure, en utilisant toujours les mêmes techniques d’apprentissage machine sur de grandes masses de données, de réaliser un agent conversationnel ou ce que l’on appelle en jargon un chatbot, littéralement, en anglais, un « robot bavard » (de chat, « bavarder » et bot, « robot »). Il s’agit d’un logiciel capable de dialoguer de tous les sujets avec un interlocuteur. On en fabrique depuis les années soixante-dix en les programmant à la main. L’originalité de Google consiste à recourir aux échanges sur Internet comme sources de données pour fabriquer, par apprentissage machine, un logiciel capable de dialoguer de façon étonnamment performante en adaptant ses réponses au contexte. Là encore on constate l’efficacité remarquable de ces approches.

2) L'intelligence artificielle décrite dans la première question aurait également évolué d'elle-même pour répondre à des questions "philosophiques". A la question "Quel est le but de la vie ?" le programme de Google aurait répondu "servir le bien supérieur". Quelle serait la portée d'un tel accomplissement ? Jusqu'où ce programme pourrait-il être autonome dans son apprentissage ? 

Notons que les agents conversationnels font écho, en intelligence artificielle, au fameux test dit deTuring, car il a été décrit en 1950 par Alan Turing dans son fameux article « Computing Machinery and Intelligence » qui posait les fondements de ce qui allait devenir quelques années plus tard, en 1955 exactement, l’intelligence artificielle. A l’époque, il s’agissait pour ce mathématicien de caractériser ce que l’on appelle l’intelligence d’une machine. Pour cela, il imagina une expérience de pensée dans laquelle une machine dialogue avec un être humain à son insu, comme un autre être humain. Depuis, les machines programmées manuellement pour dialoguer en langage naturel et « passer » le test de Turing, manifestent, après quelques échanges, une forme de raideur qui les trahit. Avec les techniques développées par Google, on obtient un agent doué de plus de finesse, car il s’adapte au contexte. Ainsi, non seulement, si l’on demande « Quel est le but de la vie ? » (What is the purpose of life ?) il répond, avec un ersatz de philosophie, « Servir le bien supérieur », mais si l’on demande « Quel est le but d’un être vivant ? » (What is the purpose of living ?) il réplique, plus pragmatiquement, « Vivre éternellement »… Cela ouvre des perspectives neuves, car au cours des échanges que nous aurons sur Internet avec de tels logiciels, ceux-ci pourraient se révéler indiscernables, du moins du des faibles durées de temps. Cela peut avoir une portée pratique, pour réaliser des logiciels de dialogue et nous aider, comme le feraient des hôtesses ou des services d’aide aux utilisateurs. Mais, on peut imaginer que cela aille plus loin et entretienne la confusion et le brouillage entre l’humain et la machine.

3) A quelles difficultés Google est-il encore confronté dans ses recherches ? Quel serait son objectif ultime, et en est-il éloigné ?

Les difficultés que rencontre Google tiennent à la compréhension profonde du contexte, autrement dit à ce que l’on appelle la sémantique. Les machines qui dialoguent sont en mesure de répliquer de façon pertinente et appropriée, mais il ne s’agit que de réactions, pas d’élaborations à proprement parler. Cela fait illusion dans un dialogue assez bref, voire dans une discussion futile qui dure quelques minutes. En revanche, s’il s’agit d’un échange approfondi sur un temps plus long, par exemple d’un quart d’heure ou d’une demi-heure, les techniques développées actuellement par Google risquent de montrer leurs limites. Pour proposer de nouvelles offres de services, cela ne pose aucun problème. Beaucoup d’applications pourront bénéficier de logiciels de dialogues. De nombreuses personnes seront contentes d’échanger en langage naturel avec des robots virtuels pour prendre un billet de train, poser une question à l’administration ou consulter un service d’assistance en ligne. Au-delà de ces services à la personne, on peut se demander quel est l’objectif inconscient de Google. Est-ce simplement d’aider toujours plus les hommes ? N’y a-t-il pas derrière ces réalisations un projet politique diffus qui serait, progressivement, de remplacer les administrations et les services dont se chargeaient jusqu’ici les Etats ? A moins qu’il ne s’agisse de remplacer totalement l'homme…

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