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Les peluches peuvent être dangereuses pour les enfants.

Mets bien tes genouillères !

A lire avant de faire vos courses de Noël : la liste des cadeaux qui causent le plus d'accidents chaque année

Selon une étude parue dans Clinical Pedatrics, 149.000 accidents domestiques causés par des jouets conduisent des jeunes de moins de 18 ans aux urgences des hôpitaux américains. Des résultats qui pourraient également intéresser les adultes français qui ne sont pas à l'abri de faire des choix inconséquents à l'approche des fêtes de fin d'année.

Bertrand Chevallier

Bertrand Chevallier

Le Professeur Bertrand Chevallier est le Chef de Service pédiatrie-adolescents-urgences pédiatriques à l'hôpital Ambroise Paré.

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Selon l'étude en question (lire ici en anglais),  les accidents domestiques causés par des jouets impliquaient pour 35% d'entre-eux des véhicules (trottinettes, vélos). 10% d'entre-eux mettaient en cause des jeux de récréation (boomerang, ballons...), 6% des jeux d'éveil, et 3% des armes-jouet. En termes de proportion, près de 37% des accidents concernaient des filles.

 

Atlantico : Quels sont les cadeaux qui causent le plus d’accidents domestiques en France ? Quels types de jouets présentent le plus de risques ?

Bertrand Chevallier : Cette étude américaine est intéressante car elle porte sur une période de 20 ans de surveillance, ce qui est rare. L’augmentation du nombre d’accidents présenté dans cette étude concerne toutefois essentiellement les enfants de plus de 5 ans. Il faut faire la différence en fonction des deux grandes tranches d’âge. Pour les moins de 3 ans, il faut être très prudent dans le choix des jouets en raison des risques mortels de suffocation. Ces risques concernent des petits jouets, ceux qui peuvent se démonter ou encore se désarticuler comme les poupées. Il y aussi des risques avec les peluches, sans compter les voitures à pédales dont les roues peuvent se défaire, et où les enfants peuvent tomber surtout s’il se passe en pente. Les accidents pour cette catégorie sont stables : 180 décès sont chaque année recencés en France par des accidents domestiques et pas loin de 10 % des morts peuvent être rattachés à ce type de problèmes. Pour les moins de trois ans un autre facteur de risque est lié aux jouets offerts aux frères et sœurs plus âgés. Un cadeau donné par exemple à un enfant de 8 ans peut être ensuite offert à un autre de 3 ans alors qu’il ne devrait pas l’avoir.

Les piles peuvent aussi présenter un risque d’hémorragie digestive et de perforation de l’œsophage ou de l’estomac. Plus récemment des accidents liés aux micro-aimants qui servent à coller les photos ont également été constatés. Si l’enfant en prend un ça va encore mais s’il en prend plusieurs les risques augmentent et peuvent amener à des complications digestives liées à l’ingestion. Il existe par ailleurs des tapis de jeu d’éveil pour les moins de 6 mois venant de Chine et de Hong Kong présentant des substances chimiques très irritantes. Elles ont été mises pour éviter que les enfants aient des mycoses. Il faut au préalable laver le tissu avant de mettre l’enfant dessus car si on le met torse nu il y a des risques de brulures.

Pour les plus grands, cette fois, il peut y avoir des accidents de vélo à partir du moment où l’enfant est capable d’en faire tout seul. S’il va trop vite il y a alors des risques de chutes pouvant entraîner des fractures de la clavicule et des possibles traumatismes crâniens. La France est l’un des pays du monde où les enfants ont le moins de protection : le port du casque de vélo est très faible. Certains enfants ont des patinettes très  jeune, dès 3 – 4 ans avec des risques de chutes. Il existe deux types de patinettes : celles qui ne vont pas vite et d’autres métalliques qui vont plus vite. Dans notre service de l’hôpital Ambroise Paré à Paris, 28 accidents de patinettes et 7 fractures ont été constatés en 2013, le reste étant des entorses. L’âge moyen des accidents est de 5 ans et à chaque fois l’enfant n’avait aucune protection. Il  y a un effort à faire du côté des parents afin qu’ils offrent les moyens de protection adéquats.

Quels sont les accidents domestiques que l’on constate particulièrement fin décembre, après le déballage des cadeaux de Noël ?

Chez les petits, certains accidents arrivent à ce moment-là à cause des sarbacanes : les enfants ne comprennent pas très bien et aspirent les petites boules au lieu de les souffler. Ils peuvent bloquer un certain nombre de ces boules dans leur gorge. Outre les sarbacanes, il y a aussi les boules de sapins de Noël que les enfants peuvent croquer ce qui entraîne des lésions buccales. Les guirlandes peuvent aussi prendre feu et le sapin peut alors brûler avec un risque par ricochet de causer des brûlures aux enfants.

Comment expliquer ces accidents ? La qualité de fabrication et la provenance de ces jouets sont-ils les principaux facteurs expliquant leur dangerosité ?

C’est clairement le fait que beaucoup de jouets en vente dans notre pays n’ont pas la certification NF (norme française) qui est  pourtant obligatoire. Il faut aussi que soit mentionné le label CE qui est une autorisation donnée afin qu’un objet soit vendu dans un pays de l’Union Européenne.

Les magasins présentant des jouets pas chers importent leurs marchandises d’Asie du sud et ne sont passés par aucune labellisation. Ils sont arrivés plus ou moins illégalement et la commission des fraudes ferme souvent ce genre de magasins. Les enfants les plus vulnérables car les moins surveillés ont ce type de jeu pas chers à Noël.

Quelles évolutions constatent-t-on au niveau des normes en vigueur ?

La norme française NF est bonne, elle n’a pas à être modifiée mais il faut faire attention aux produits qui échappent aux contrôles. Lorsque l’on constate une anomalie dans un jouet il faut savoir qui prévenir pour interdire un produit et pour le retirer du marché. On s’aperçoit que certaines personnes ne préviennent pas faute de savoir qui alerter. On peut citer en exemple des colliers en perle d’ambre autour du cou mis pour apaiser les douleurs dentaires des nourrissons alors que c’est très dangereux.

Comment les parents et les enfants peuvent-ils minimiser les dangers, notamment ceux provoqués par les trottinettes ? En quoi peut-on dire qu’il faut particulièrement faire attention aux jouets d’occasion ?

Il est vraiment important d’expliquer que le jouet doit être labellisé NF avant de l’acheter, de respecter l’âge d’utilisation, de faire attention aux enfants qui ont des frères et sœurs, de ne jamais laisser seul un enfant dans sa chambre. Ces quatres grandes mesures pour prévenir les accidents concernent surtout les moins de 5 ans.

Les notices avertissent-elles suffisamment des risques rencontrés par les utilisateurs des jouets ?

Les parents doivent acheter des jouets présentant une notice en français. Il ne faut pas donner des jouets qui ne sont pas NF mais si jamais c’est le cas il convient de vérifier la notice qui oublie peut être beaucoup d’éléments. Certains de mes collègues disent qu’il ne faudrait même pas acheter un jouet si l’adresse de l’importateur ou du fabricant n’est pas indiquée afin de savoir vers qui se retourner en cas de pépin, je trouve que ce n’est pas idiot.

Même si les parents ne peuvent pas contrôler à chaque seconde ce que font leurs enfants, en quoi peut-on dire que la surveillance de la part des adultes reste la préconisation de base ?

La surveillance et la vigilance, c’est bien mais il faut une surveillance active et pas passive. Il faut établir la sécurité autour des enfants. Ces derniers présentent un développement psychomoteur qui leurs permettent d’aller à toute vitesse surtout à quatre pattes. Le risque zéro n’existe pas mais sur 100 accidents on peut largement en prévenir les deux tiers.

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