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Air France est mortelle (mais on s’en bat les ailes)

Si les salariés d’Air France finissent par crasher leur poule aux œufs d’or sur le tarmac, les avions continueront de décoller de Roissy. Il y en aura même davantage et voyager coûtera moins cher.

Paradis perdu

Publié le - Mis à jour le 7 Mai 2018
Air France est mortelle (mais on s’en bat les ailes)

 Crédit STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Dans le transport aérien comme dans à peu près tout le reste, dit-on, c’était mieux avant.

 

L’avion, réservé à une élite d’hédonistes fortunés ou à des types en costard-cravate qui voyageaient pour le business, coûtait un bras. Des compagnies nationales à capitaux publics avaient le monopole de leur marché intérieur et se répartissaient les liaisons longs courriers comme les cartels de la drogue se partagent les territoires de consommation. Le métier d’hôtesse de l’air était glamour et faisait autant rêver les petites filles qu’une carrière à Hollywood. Les commandants de bord n’avaient qu’à agiter leur casquette pour emballer au bar du Hilton où ils se requinquaient trois jours d’un vol de huit heures.

Les employés au sol étaient mieux rémunérés que leurs homologues des autres secteurs, faisaient moins d’heures et avaient davantage de congés, ce qui leur permettait de profiter à plein des billets hyper-discountés généreusement mis à leur disposition...

 

Et si, d’aventure, une gestion hasardeuse mettait la boîte en péril, l’État débarquait avec son gros chéquier et en renflouait les caisses, l’existence d’une compagnie portant (très haut pour le coup) les couleurs de la nation aux quatre coins de la planète étant le symbole de sa virilité conquérante.

 

C’était le paradis.

 

Puis sont arrivés les barbares du low-cost. Prolos en tongs et étudiants désargentés ont enfin pu découvrir Bali, Bangkok et Barcelone pour des clopinettes. Des Airbus aux logos rock’n’roll sont venus narguer les Boeing à pavillons patriotiques sur le tarmac. Les hôtesses sont devenues des serveuses en uniforme. Les commandants de bord ont dû accepter de passer plus de temps dans leur cockpit qu’à la pistoche avec l’augmentation des rotations. Les employés au sol ont vu leurs salaires et leurs horaires se rapprocher de ceux du commun des mortels...

 

Et surtout, en cas de coup dur, des argentiers publics ayant subitement appris à compter se sont mis à détourner pudiquement le regard, laissant se crasher les Sabena, les Swissair, les TWA et les PanAm ou revendant leurs parts des Iberia, des KLM et des Alitalia au premier consortium sino-émirati venu.

 

C’était devenu l’enfer.

 

Mais si demain, un Air France transformé en canard sans tête, accumulant les pertes, sa réputation en carafe, finissait par rejoindre le cercle Wikipedia des airlines disparues, serait-ce vraiment si grave ?

 

Ses avions sont déjà cloués au sol la plupart du temps de toute manière. Il naît une nouvelle compagnie par semaine. Il s’ouvre des dizaines de nouvelles liaisons chaque année au départ de la plupart des aéroports secondaires français. La concurrence continue de pousser les tarifs vers le bas. La demande n’a jamais été aussi élevée. La technologie aidant, et en dépit des prophètes de malheur, voler n’a jamais été aussi sûr.

 

Mieux, le tropisme protectionniste des autorités aériennes françaises n’aurait plus de raison d’être et les voyageurs, en tongs ou en costume-cravate, seraient probablement les grands gagnants de l’histoire (enfin, les pilotes d’Air France aussi, qui iront se recaser chez les voisins, qui recrutent à tout va. Ce sera plus dur pour leurs 45 000 collègues, mais il n’est pas certain qu’ils s’en soucient).

 
Commentaires

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  • Par vangog - 06/05/2018 - 10:48 - Signaler un abus Stop-Soros!

    La majorité de Viktor Orban, qui vient de remporter les deux-tiers des sièges aux dernières élections législatives, va faire passer un projet de loi « Stop-Soros », qui exigera des associations pro-clandestins, qu’elles déclarent leurs activités au parlement, afin d’en vérifier la légalité...la résistance au fascisme islamiso-gauchiste avance! Les melenchonistes sont verts-de-rage...

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 06/05/2018 - 16:21 - Signaler un abus Le problème en France, c'est

    Le problème en France, c'est que dès qu l'état est actionnaire, les syndicats se croient tout permis. Si l'état n'était pas partie prenante Air -France serait une entreprise prospère ou aurait disparu........Alors encore combien de temps , et combien cela va-t-il nous couter ?

  • Par gerint - 06/05/2018 - 20:05 - Signaler un abus L’Etat devrait gérer

    Mais il est dirigé par des politiques qui ont d’autres préoccupations

  • Par Liberte5 - 06/05/2018 - 23:22 - Signaler un abus Les salariés des entreprises nationales savent qu'ils peuvent

    compter sur la lâcheté des politiques qui cèdent facilement car il s'agit de l'argent des contribuables. Ah si c'était l'argent des politiques cela ne se passerait pas comme cela.

  • Par Borgowrio - 07/05/2018 - 08:14 - Signaler un abus Excellent

    Excellent article .... Le monde de cette nouvelle noblesse qui disparait inexorablement . L'égoïsme et l'entêtement de ces privilégiés va précipiter sa chute ... Tant mieux

  • Par pierre de robion - 07/05/2018 - 22:34 - Signaler un abus Demander plus à l'impôt, mais moins au contribuable...

    Comme 55 % des Français ne paient pas d'impôts directs et 80% peu puisque 10% en paient 90%, et je ne parle pas du dernier centile, ceux qui n'ont pas réussi à tout faire passer à l'as (légalement bien sûr), les politiques pourront continuer à dire: "renflouer AF ou la SNCF, ça ne coûte rien, c'est l'Etat qui...paie"!

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Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers romans : Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016) et Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi (L'Aube, 2015).

 

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