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"Les faits contre le ressenti ?"… Plutôt, le ressentiment des "fact-checkers" contre les faits !

La mode actuelle des chasseurs d'erreurs œuvrant dans les médias est à la séparation entre ce qui appartient au domaine du ressenti, sans fondement raisonnable, et ce qui est mesurable, de préférence par des chiffres. Encore faudrait-il que ces derniers aient été élaborés correctement, et exercice plus difficile encore, interprétés avec la rigueur que leurs auteurs prétendent offrir.

Mise à l'épreuve

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"Les faits contre le ressenti ?"… Plutôt, le ressentiment des "fact-checkers" contre les faits !

Un thème gagne chaque jour en force dans le débat national : les "faits" observables divergeraient du "ressenti" de la population. Des "fact-checkers" qui donnent le "la" de la vérité dans tant de médias, au "bingo" de Noël (pardon, des "fêtes de fin d’année") du gouvernement, en passant par la polémique Caron/Polony à la télévision sur les chiffres de la délinquance, tous les sujets économiques et sociaux donnent matière à opposer "la vérité des chiffres et des faits" au "sentiment" de la population.

A priori, il y aurait de quoi se réjouir de cette protestation légitime de l’esprit d’une nation glorieusement cartésienne et toujours "à la poursuite du mensonge et de l’erreur".

Hélas, rien n’est moins sûr. L’on pourrait paradoxalement assister ici à l’une des manifestations les plus éclatantes de la dérive totale de notre esprit critique… au nom même de ce dernier ! Car, si les plus dangereuses perversions religieuses sont celles qui se réclament de la fidélité absolue aux textes sacrés, les plus inquiétantes manipulations intellectuelles sont celles qui se parent des atours de la raison pure. Les sophistes se font toujours passer pour des philosophes.

Et le piège est si efficace que les défenseurs du sens commun se croient réduit à entrer dans le jeu, en se faisant (y compris dans les colonnes d’Atlantico…) les champions du "ressenti" contre les "chiffres" !

Mais justement : avant de se réclamer "des chiffres et des faits", encore faudrait-il que ceux-ci soient correctement établis et correctement interprétés. Et il y a des règles pour cela, qui sont celles de l’analyse statistique, que l’on apprenait naguère dans toutes les formations en sciences sociales. Car contrairement à un adage suspect, qui masque une véritable paresse de l’esprit, on ne fait pas "dire aux chiffres ce que l’on veut".

Dans tous les cas, je dis bien dans tous, qui ont fait polémique récemment, force est de constater la légèreté de tant de "fact checkers" improvisés qui s’assoient tout simplement sur ces règles élémentaires.

En voici 4 illustrations

1/ Le déni pur et simple : "cachons ces chiffres que nous ne saurions voir !" Cette volonté d’ignorance de données politiquement ennuyeuses a été bien illustrée par Aymeric Caron qui n’a rien dit des presque 100 000 peines de prison qui ne sont pas exécutées en France ni de la nouvelle politique pénale en matière de courtes peines (qui remonte à 2009 !). Il est vrai que Natacha Polony n’a pas su le lui rappeler… Mais, des deux, qui était le vrai "menteur" ?

2/ La disqualification des sources gênantes : ainsi de celles qui montrent une surreprésentation très forte de la population d’origine immigrée dans la population pénitentiaire : chiffres "partiels", "controversés" et de toutes façons "illégaux" ("pas de statistiques ethniques !"). On ne manquera de même jamais de rappeler – à tort ou à raison- que telle ou telle source ou tel ou tel think tank sont "proches du patronat ou de l’UMP" ; mais l’on se gardera bien de rappeler la proximité de telle ou telle publication ou fondation avec le PS ou les Verts…

 
Commentaires

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  • Par 2bout - 28/12/2014 - 23:33 - Signaler un abus Des chiffres sacrés ?

    Par la "grâce" des réseaux sociaux, 6 millions de Français en emmerdent 40 millions d'autres qui eux, ont des idées convenables. Par corrélation, dont l'intensité est certainement démontrable, la précédente causalité étant déjà vérifiée (voir plus haut), ces 6 millions représentent à peu près l'équivalent de l'électorat socialiste, ou autre option non négligeable, le nombre de fonctionnaires. Doit-on comprendre que par omission, Pulvar nous impose ici un mensonge ?... Les chiffres ont une valeur, mais pour Descartes, il suffit de penser.

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.

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