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De la "sécu" au "49-3" : François Fillon et Manuel Valls pris au piège mortifère de la contradiction

La semaine écoulée aura vu deux des grands noms de la course présidentielle mis en difficulté par leurs propres revirements. Gare aux effets délétères et durables sur leur crédibilité !

Rhétorico-laser

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De la "sécu" au "49-3" : François Fillon et Manuel Valls pris au piège mortifère de la contradiction

Sans doute la situation des deux hommes et le sujet de la controverse sont-ils fort différents : Manuel Valls n’en est qu’au début d’une primaire fort incertaine pour lui, alors que F. Fillon est sorti grand vainqueur de la sienne. Le premier a anticipé la reprise d’une attaque sur son exercice du pouvoir, alors que le second a réagi à une polémique qui gonflait de jour en jour sur la distinction entre "grands" et "petits" risques en matière de santé. 

 

Il reste que les calculs politiques sont finalement assez proches dans les deux cas : pour le candidat à la primaire de la gauche, désamorcer la coalition montante du "Tout sauf Valls" qui aurait pu aisément prendre pour mot d’ordre "A bas Monsieur 49-3 !" ; pour François Fillon rassurer la droite juppéiste tout juste ralliée et surtout un électorat (même à droite) attaché au totem de la "Sécu".

Mais le succès d’un tel calcul est tout sauf assuré et pour la même raison dans les deux cas : la contradiction avec leurs positions précédentes met en péril leur CREDIBILITE, sans laquelle aucun discours de leur part ne peut être reçu.

 

Certes, Manuel Valls a eu l’habileté de ne pas cacher son revirement, instruit, a-t-il dit, par son expérience de Premier ministre qui y a eu tant recours. Mais ce renversement de l’argument pousse le paradoxe un peu trop loin. F. Fillon, lui, n’a pas voulu reconnaître son changement de cap et, de "malentendus" en "précisions" et autres "approfondissements", les éléments de langage ont déferlé dans les médias.   

Or, nier l’évidence de ce revirement -attestée par la suppression de la mesure controversée sur son site – non seulement ne sera pas efficace mais ajoutera à la confusion et à la polémique. Quitte à changer de position, il valait mieux le reconnaître d’emblée et mettre le sujet derrière soi. Il y avait bien des façons de le dire, surtout quand on est un aussi fin rhéteur que F. Fillon. Il vient encore de le prouver dans sa tribune du Figaro sur la question. Mais justement : cette tribune montre qu’il avait toutes les raisons et toutes les armes pour justifier la proposition attaquée, quitte à la conditionner à l’audit annoncé des comptes sociaux. Ceux-ci sont en effet bien loin de "l’équilibre" proclamé par la langue de bois socialiste et repris en chœur par trop de médias complaisants : 6,9 milliards d’euros de déficit prévus pour 2016 et plus de 10 milliards l’an prochain. Pourquoi la droite ne martèle donc pas ces chiffres au lieu de se perdre en circonvolutions rhétoriques ? En reculant trop vite, François Fillon ouvre la boîte de Pandore : la suppression de 500.000 postes d’agents publics est déjà sur la sellette en attendant les 100 milliards d’économie budgétaire, la dégressivité des allocations chômage etc. Nul doute que les adversaires (voire certains "amis") vont dérouler toute la pelote. 

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 19/12/2016 - 16:39 - Signaler un abus Fausses comparaisons

    Fillon peut ajuster son programme autant qu'il le veut sans se désavouer; la "primaire" n'ayant aucune valeur institutionnelle, il n'a rien promis à personne. En revanche, Valls fait preuve d'un cynisme inouï en proposant de supprimer ce qu'il a utilisé et défendu lui-même quelques mois auparavant: le mépris affiché pour les citoyens et la majorité à l'Assemblée (et donc la démocratie) atteint des sommets avec lui. J'ai déjà dit qu'il avait le profil d'un dictateur: je confirme.

  • Par Anouman - 19/12/2016 - 21:01 - Signaler un abus Plus petit dénominateur commun de l'opinion

    Pour ça il faudrait encore que les gens aient une opinion. Or leur seule préoccupation est de préserver tous les petits avantages qu'ils ont obtenus par le clientélisme de leurs politiques qui ne vivent que de ça.

  • Par pierre de robion - 19/12/2016 - 21:41 - Signaler un abus Anouman, combien vous avez raison!

    "Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée" Descartes ici se montre un piètre visionnaire, et il serait confondu en voyant ce pays où chacun est persuadé de détenir "sa" vérité" , tout en vérifiant le postulat bien réel selon lequel " la somme des intérêts particuliers n'est jamais que l'inverse de l'intérêt général, face à l'utopique "l'intérêt général doit être la somme des intérêts particuliers"! Aussi ce pays, d'une inculture économique crasse et d'un égoïsme invétéré va dans le mur car il ne peut imaginer des solutions qui lui éviteraient après demain le drame qui le menace demain, car demain "qui l'a vu"! Après moi le déluge? Voici la meilleure façon de s'y préparer!

  • Par vangog - 20/12/2016 - 00:39 - Signaler un abus Une "erreur de 7 milliards d'Euros" de déficit de la SS...

    vous nommez ça de la "langue de bois gauchiste"???? Moi, je nomme ça un mensonge éhonté qui justifierait la démission de la bécasse Touraine, dans n'importe quel pays démocratique...pas en France gauchiste!

  • Par Ganesha - 20/12/2016 - 05:14 - Signaler un abus Francois Fillon !

    Francois Fillon ! Cet homme n'a aucune opinion, aucune volonté, sur aucun sujet ! Il n'est qu'une carpette, un majordome obséquieux, entièrement dévoué au service de m. Gattaz et du club Bilderberg ! Élisez-le et vous passerez ensuite cinq ans à vous lamenter !

  • Par Eolian - 20/12/2016 - 12:44 - Signaler un abus Toujours aussi élégant

    Toujours aussi élégant Ganesha!!!!!!

  • Par zouk - 20/12/2016 - 14:17 - Signaler un abus Fr. FILLON

    Il est clair que tous les prétextes seront bons pour déformer toute explication ou précision sur tel ou tel point de son programme en contradiction ou omission. La mauvaise foi n'a jamais de limite en politique. Je vois n'être pas le seul à être excédé de la grossièreté sans limites de Ganesha, et prie le/les modérateurs de nous épargner ses insanités. Je sais, il va hurler à la censure, alors que ce n'est qu'épargner ses insanités aux lecteurs, c'est peut être d'ailleurs son but pour aller pleurer auprès de Libé ou de l'Obs qui en rajouteront

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences Po. Il est également formateur accrédité en "political speechwriting" au secrétariat général du Conseil des ministres européens à Bruxelles.
 
Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.

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