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"Rassembler la gauche !" : dans les urnes pour gagner la grande bataille ou sur le pont juste avant le grand naufrage ?

Si le "rassemblement" est le grand mot de tous les candidats à la primaire socialiste, l’absence de tout fondement crédible et positif sur lequel ce rassemblement pourrait se construire le condamne à l’échec.

Rhétorico-laser

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"Rassembler la gauche !" : dans les urnes pour gagner la grande bataille ou sur le pont juste avant le grand naufrage ?

Il semble qu’ils se soient passé le mot : de Manuel Valls à Martine Aubry en passant par Montebourg et Cambadélis, tous les leaders de gauche en appellent au "rassemblement". Comme François Hollande avant eux, dans les derniers soubresauts à peine audibles d’une éventuelle candidature : le renoncement du Président, qui a poussé l’usage du mot jusqu'à la saturation, devrait mettre la puce à l’oreille de ses successeurs putatifs.

Certes, il faut y voir l’effet d’un spectre qui hante le pouvoir sortant : la crainte d’un "21 avril puissance 10".

Que les gouvernants et le parti majoritaire actuels soient terrifiés à cette perspective, qui signifie un congé avec ou sans solde mais sans doute de longue durée, est parfaitement compréhensible ; mais, en dehors des militants et des convaincus, le mot d’ordre n’est pas crédible.  

Pas crédible parce qu’avec au maximum 1/3 de l’électorat, la gauche n’est plus en mesure, quoi que l’on dise pour entretenir le suspense, d’emporter l’élection présidentielle. 

Pas crédible encore parce que le résultat de la primaire, quel qu’il soit, ne recollera pas les morceaux du PS, bien au contraire, tant le clivage autour de la personnalité et du bilan de Manuel Valls va être violent. 

Pas crédible enfin et surtout parce que, comme ce dernier l’a dit, les "positions sont irréconciliables" sur le fond de la politique entre les sociaux-réformistes et les socialistes "canal historique".

Volonté de parallélisme oblige, certains essaient de mettre sur le même plan "les divisions de la droite". Il serait peut-être temps de s’aviser que celles-ci ne touchent justement pas au fond mais à la méthode et plus encore aux querelles d'égos qui lui ont tant coûté dans son histoire. En un sens, l’instauration de la primaire aura été le plus beau cadeau fait par la gauche à la droite, qui y a trouvé le remède inespéré à ce mal congénital.

La victoire écrasante de F. Fillon à cette primaire devrait en retour faire réfléchir la gauche. Le thème du "rassemblement" n’a en effet jamais été présent dans sa rhétorique de campagne. Bien au contraire, il n’a cessé d’insister sur sa volonté de "casser la baraque". Tout l’inverse d’Alain Juppé qui n’avait que le "rassemblement" à la bouche. On connaît le résultat.

Trois raisons fondamentales concourent à cet échec prévisible du thème du "rassemblement" à gauche.

1/ Il n’a pas de sens AVANT le premier tour d’une primaire, où il faut précisément se différencier de ses concurrents (nombreux). Le brandir dès aujourd'hui c’est se croire (comme Alain Juppé) déjà au 2ème tour. Petite erreur de contexte dont la prise en compte est, faut-il le rappeler, l’impératif absolu de tout discours réussi.

2/ Contexte qui va d’ailleurs bien au-delà : la situation du pays, l’échec des politiques menées depuis 30 ans privilégient les scénarios de rupture et les discours transgressifs : d’où l’échec retentissant d’Alain Juppé et la composition du trio de tête actuel : Fillon, Le Pen, Macron. Certes ce dernier parle de "rassemblement" mais, justement, à travers la transgression du clivage gauche/droite.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 12/12/2016 - 14:48 - Signaler un abus "21 avril puissance 10" ou "21 avril puissance patriotique"?

    la gauche va comprendre son malheur, et c'est quand même un peu grâce aux patriotes, non?

  • Par zouk - 13/12/2016 - 07:06 - Signaler un abus RASSEMBLER LA GAUCHE?

    Quoi qu'il en aient, ouvertement ou non (Martine Aubry tirant le ficelles du pantin Peillon), c'est FOUTU, aucun rassemblement n'est possible: Valls, Peillon, Montebourg, Mélenchon, Macron.... qui encore?

  • Par BOCE64 - 13/12/2016 - 10:32 - Signaler un abus Rassemblement

    Le seul possible, c'est avec Fillon. Du pragmatisme comme dogme !

  • Par Citoyen Ordinaire - 13/12/2016 - 13:06 - Signaler un abus Quelle Gauche ?

    Il faudrait à mon sens déjà redéfinir ce qu'est la gauche après 5ans de gouvernement de droite mondialiste du quinquénnat Hollande. Comment réconcilier Valls de droite avec la girouette Montebourg un jour pour la concurrence un jour contre et les socialos-démaguos amoureux des impôts à gogos et du coulage du pays version Aubry ? Je pense que c'est foutu. Chacun ferait mieux de tracer sa route et refonder un parti différent, ce serait plus lisible.

  • Par Deudeuche - 16/12/2016 - 00:56 - Signaler un abus Tous sur le pont

    et il n'y a pas assez de canots.

  • Par kiki08 - 17/12/2016 - 22:10 - Signaler un abus élections

    si fillon est élu, et si il fait ce qu'il dit , je pense réembaucher . si c'est la gauche , je vais continuer a glandouiller tranquille ,comme mais collègues. . bosser comme un con pour se faire plumer ,c'est hors de question et je leur souhaite que le bateau coule . on sait construire ,mais on sait aussi détruire et cette gauche de merde ne mérite pas que l'on se casse la tète pour elle .

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences Po. Il est également formateur accrédité en "political speechwriting" au secrétariat général du Conseil des ministres européens à Bruxelles.
 
Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.

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