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"La-jeunesse-dans-la-rue-contre-la-précarité !" : voyage au cœur d’un mensonge français

Les sorties « des jeunes » contre la loi Travail sont l’objet de rhétoriques variées. Mais souvent à côté de la plaque : le problème de la jeunesse française réside dans un mensonge fondamental et complaisamment entretenu.

Rhétorico-laser

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"La-jeunesse-dans-la-rue-contre-la-précarité !" : voyage au cœur d’un mensonge français

Le discours médiatique dominant sur la protestation de « la jeunesse » contre la loi travail repose d’abord sur une belle figure de rhétorique : la métonymie (la partie pour le tout) qui fait passer quelques dizaines milliers de jeunes pour « la jeunesse » française, qui compte quelque 7 millions d’individus (15-24 ans). Métonymie double au demeurant, car la partie de la jeunesse qui (se) manifeste ne représente même pas un pourcentage significatif de la catégorie à laquelle elle appartient : les lycées d’enseignement général et les universités.

Bref, nous avons à faire à une petite partie d’une petite partie du tout…

Quant à la « précarité » qui est sur toutes les lèvres, elle relève également d’une technique rhétorique bien connue : la péjoration, qui consiste à reprendre l’argumentaire adverse en le reformulant de manière négative : « la souplesse » devient « la loi de la jungle », « le pragmatisme », « l’arbitraire patronal » et la « flexibilité », « la précarité ».

Et si puissante est la force de ces images qu’elles masquent aisément, dans un pays qui se dit cartésien, les sophismes les plus ahurissants : en France, un stage à 400 euros est ainsi plus désirable qu’un CDD à 1300, un CDD d’un mois, plus attractif qu’un CDI assoupli et, pour tout dire, le chômage moins « précaire » que le travail. En vertu de quoi, les milliers de non-qualifiés, souvent venus des quartiers, et qui ont trouvé leur salut dans la funeste « ubérisation », sont priés de retourner sagement à Pôle emploi…

C’est ainsi que l’on voit défiler des 16-25 ans pour sauver les indemnités prud'hommales réservées aux plus anciens, empêcher le licenciement économique de ceux déjà en place et assurer la carrière de futurs apparatchiks.  Sans se demander si, par hasard, la surprotection des uns ne se payait pas par la précarisation des autres, la leur notamment ; et encore moins pourquoi l’Etat, premier producteur français de travail précaire voire non-déclaré, ne s’applique pas à lui-même les règles qu’il impose à l’horrible secteur privé. 

Signe parmi tant d’autres d’une école où l’ignorance le dispute à l’idéologie au nom de la sainte égalité, où « le travail se partage », où « l’Etat crée des emplois » et où l’enseignement de l’économie est toujours dominé par la vulgate keynésienne des années 1970. 

Signe aussi d’une éducation parentale reflétée dans les commentaires de certains « experts », souvent parents de manifestants, où la tendresse pour les chers petits le dispute à la nostalgie de leurs propres combats (« Ah, Devaquet !), à la nécessité des « rites de passage » et… à l’intérêt bien compris de leurs confortables CDI lestés d’ancienneté. Après tout, comme on a pu l’entendre, cette bonne vieille « politisation » de la jeunesse n’est-elle pas plus rassurante que le djihad ?

 
Commentaires

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  • Par pale rider - 21/03/2016 - 15:53 - Signaler un abus je serais moins optimiste que vous : leur voyage initatique est

    d'aller faire leurs armes en Syrie et puis de revenir et de poser des bombes . Le gouvernement croit pouvoir les contrôler ,les amadouer, les acheter , mais il se leurre . 68 : quelle révolution de pacotille !Camba , cohn-B c'était des comiques apprentis dans un monde bien trop tendre avec eux . Ces crétins sont au pouvoir , ils croient que les révoltés d'aujourd'hui leur ressemblent , quelle grossière erreur , ils sont bien plus rudes et déterminés que ces gosses de riches

  • Par vauban - 21/03/2016 - 17:10 - Signaler un abus Vogage

    Au milieu des petits cons et des étudiants politisés attardes

  • Par langue de pivert - 21/03/2016 - 17:41 - Signaler un abus Vous ne servez à rien ! ☺

    Ces jeunes décérébrés ne représentent pas grand monde (infime pourcentage de l'ensemble des jeunes) ; d'une partie des activités des jeunes de cette classe d'age (lycées, universités) d'une partie de courant d'opinion (gauche) et la frange de ce courant (extrême) ! Le mieux est de les ignorer ! Que ceux qui veulent étudier normalement ne se laissent pas emmerder par cette minorité et le mouvement pourrira sur place !

  • Par jmpbea - 21/03/2016 - 19:39 - Signaler un abus Ces quelques milliers de jeunes sont les pantins

    De l'extrême gauche et des soit disant frondeurs qui veulent faire payer à Valls et Macron leurs pénibles avancées vers plus d'emploi...plus d'emploi veut dire moins de syndicats donc ...à proscrire par tous moyens...c'est ainsi qu'on détruit la FRANÇE

  • Par vangog - 22/03/2016 - 02:04 - Signaler un abus S'ils avaient manifesté contre l'article 6...

    je les aurai soutenu! Mais comme cet article 6, instituant le droit d'ingérence de l'islam dans les entreprises ( pour les autres religions, ce n'est pas grave, aussi discriminant que cela soit...) ne fait pas partie des mots-d'ordre trotskystes, ceci confirme que les djeuns manipulés ont déjà choisi leur soumission future...ils sont quasi perdus pour l'humanité, les bambins biberonnés au lait gauchiste!

  • Par zouk - 22/03/2016 - 11:18 - Signaler un abus Manifestations, manipulées, de la "jeunesse"

    Parfaitement d'accord avec cette analyse de Chr. De Voogd; Aveuglement, aveuglement.... (Marc Ferro) multiplié par le rôle méconnu de la bêtise en politique (Lucien Jerphagnon, il écrivait même connerie)

  • Par Deudeuche - 27/03/2016 - 13:12 - Signaler un abus le concours administratif

    comme papa et maman (qui sont divorcés plusieurs fois) c'est évidemment le Graal! Et vivre dans 50m2 à Paname centre, le nec plus ultra. Ailleurs on risquerait de rencontrer des Français attardés, monogames, hétéros, voire pire, je m'en étouffe, ....judéo-chrétiens, arrrrgh vite une mantra pour respirer; CRS-SS, CRS-SS. Pour résumer Paris est ce que l'on appelait jadis du temps de l'analogique; un disque rayé

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences Po. Il est également formateur accrédité en "political speechwriting" au secrétariat général du Conseil des ministres européens à Bruxelles.
 

Il est l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.

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