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Pourquoi François Hollande a d'ores et déjà perdu tous ses débats à venir, face à la gauche comme à la droite

Après celle de Nicolas Sarkozy, c’est une véritable "semaine noire" que vient de connaître François Hollande. De cafouillages en révélations, son naufrage rhétorique s’avèrera fatal à une nouvelle candidature.

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Pourquoi François Hollande a d'ores et déjà perdu tous ses débats à venir, face à la gauche comme à la droite

Entre la tragédie de Viry-Châtillon, le pataquès de la visite de Poutine et les révélations choc du livre de Fabrice Lhomme et Gérard Davet (sans même parler des nouvelles désastreuses sur le front du chômage), le peu de capital politique qui restait à François Hollande vient sans doute de connaître un krach fatal. La chose est en tout cas assurée pour son capital rhétorique, c’est-à-dire pour sa possibilité même d’argumenter dans le cadre d’une nouvelle campagne.

Tout d’abord, l’agression contre les policiers de Viry-Châtillon.

Le moins que l’on puisse dire est que la première réaction du Président n’a pas été à la hauteur des faits : parler d’acte "inqualifiable et intolérable", c’est resté loin du compte d’une tentative d’assassinat particulièrement odieuse consistant à brûler vif des policiers. Bref un acte plus qu’ "intolérable" et tout à fait "qualifiable".

Les cafouillages autour de la visite de Poutine ensuite : l’on n’a pas assez remarqué la véritable humiliation subie par Jean-Marc Ayrault venu en personne défendre la résolution française sur la Syrie au Conseil de sécurité, résolution retoquée par le veto russe. Face à cette offense, l’on aurait pu attendre un peu plus de réactivité de la France, soit en prenant l’initiative de l’annulation de la visite de Poutine, soit en y mettant d’emblée des conditions drastiques. Mais non : le Président a fait part à haute voix (devant un journaliste encore !) de ses doutes, avant de fixer un peu tard lesdites conditions. Résultat, Poutine a pu s’offrir le bénéfice de l’annulation de la visite en se moquant au passage d’un homologue si hésitant. François Hollande aura donc perdu sur les deux fronts : pour parodier un mot célèbre de Churchill, il aura récolté la crise diplomatique et le ridicule.

Mais ce sont bien sûr le propos recueillis par Davet et Lhomme qui sont, les plus désastreux pour "l’avenir rhétorique" du Président. Et cela pour trois raisons. La première est qu’ils anéantissent son dispositif oratoire habituel, ménageant toujours dans la même phrase la chèvre et le chou ("d’un côté, de l’autre", "faire ceci sans oublier cela" etc…). Cette "rhétorique circulaire", analysée dans ces colonnes, a explosé en plein vol, puisque François Hollande s’est exprimé sans aucune ambiguïté sur la justice, les footballeurs, le PS etc. Et de façon dévastatrice dans tous les cas. Dès lors tout propos inverse, à commencer par les excuses maladroites envoyées aux magistrats, portera le lourd soupçon de l’insincérité et de la duplicité. Pour un Président déjà accusé de "mensonge", rien ne pouvait être pire.

Davantage : quel crédit accorder désormais à toutes les pétitions de principe, affirmations et autres serments, faits tout au long du quinquennat ? L’on a beaucoup parlé "d’humiliation" pour qualifier ses propos sur la justice. Mais a-t-on assez regardé le verbatim de ces déclarations ? François Hollande parle de la "lâcheté" de magistrats "planqués". Si les mots ont un sens, "lâcheté" veut dire capitulation devant des pressions :  pressions venant de qui ? Du Pouvoir lui-même ? Qu’en est-il alors de l’indépendance de la justice affirmée sur tous les tons depuis 2012 ? Remarquons d’ailleurs que la réponse des hauts magistrats n’évoque pas seulement l’ "outrance" des propos présidentiels mais aussi "la tradition monarchique", "la tutelle de l’Exécutif", dont "il est plus que temps que la justice s’émancipe". Autrement dit, la conclusion de cet épisode pourrait bien être la suivante : le Président mais aussi les hauts magistrats ont bel et bien sapé l’idée (reçue) que la justice était vraiment indépendante dans notre pays.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 17/10/2016 - 13:38 - Signaler un abus Fr. Hollande

    Et il va à Florange où l'attend une nouvelle paire de claques

  • Par Fredja - 17/10/2016 - 15:28 - Signaler un abus Analyse assez juste mais...

    il n'y avait pas besoin du bouquin des journalistes pour se rendre compte que le gros nain est un fieffé menteur. Ca, on s'en est rendu compte fabuleusement rapidement, dès le jour de son élection : un coup de Falcon de Tulle à Paris, et une fiesta dans un restau bien plus couteuse que la fête de Sarko au Fouquet's... Pour un gars "normal" qui voulait se montrer "exemplaire", c'était déjà mort. Et la suite n'a fait que renforcer ce constat. Le pire, c'est que s'il avait été efficace, on lui aurait surement pardonné de mentir tout le temps. Mais c'est vraiment un gros nul, il n'y a qu'à voir comment il a grillé la France au plan interne, et surtout au plan international. On n'est jamais autant passés pour des guignols qu'en ce moment. Tous les étrangers peuvent se foutre de notre poire, et ils auront raison. En ce moment, j'ai vraiment honte d'être Français.

  • Par vangog - 17/10/2016 - 18:26 - Signaler un abus Oui, bel argumentaire!

    Moi, je m'inquiète surtout de ses anciens soutiens électoraux, désemparés face à tant de lâcheté et d'ignominie...vont-ils aller à la pêche, ou choisir un parti dont les dirigeants ont une autre trempe que Flamby-le-menteur?

  • Par bd - 02/11/2016 - 14:16 - Signaler un abus Plus de narcissique manipulateur à la présidence!

    Ce message est plutôt destiné aux Sarkozystes. 
Sarkozy n'est pas Donald Trump mais on en est pas loin. 
Il a bon nombre de caractéristiques d'un narcissique... et en neuropsychiatrie, les narcissiques sont classés dans la même catégorie que les sociopathes et les psychopathes. 
Pourquoi lui donner une seconde chance alors qu'il a échoué lors de son précédent mandat et que l'offre politique est pléthorique? L'empathie est un meilleur critère pour un politique et le charisme est malheureusement une qualité bien différente de l'empathie. 
Le charisme de Nicolas Sarkozy cache bien son déficit d'empathie. 
Ne vous fiez donc pas au charisme d'un politicien pour effectuer votre choix. 
Débusquer et neutraliser les narcissiques en politique, c’est aussi lutter contre les propagateurs de haine.

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.

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