Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 09 Décembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Sarkozy, Juppé, Fillon, Le Maire, Mariton, Bertrand… ce que les sondages disent sur ceux qui correspondent le mieux aux attentes des électeurs de droite

En fonction des derniers sondages, Atlantico a tenté de déterminer quels sont les candidats à la présidence de l'UMP et aux primaires du parti qui correspondent le mieux aux attentes de leurs électeurs.

Qui dit quoi

Publié le - Mis à jour le 26 Septembre 2014
Sarkozy, Juppé, Fillon, Le Maire, Mariton, Bertrand… ce que les sondages disent sur ceux qui correspondent le mieux aux attentes des électeurs de droite

Qui correspond le mieux aux attentes des électeurs de droite ? Crédit Reuters

1 – Famille et autres questions de société

Pour les électeurs du Modem, l'autorisation du mariage pour les couples homosexuels n'était prioritaire que pour 3% d'entre-eux, contre 2% des électeurs UMP selon un sondage Harris pour RTL réalisée en décembre 2012. Aujourd'hui, selon un sondage Opinion Way pour Le Figaro, 41% des sympathisants attendent du retour de Nicolas sarkozy qu'il supprime cette loi alors que 44% seraient contre. 

Bruno Cautrès : Sur les question de société et en particulier ce qui touche à la famille et au mariage, les différents candidats UMP à la présidence de l’UMP ou à la présidentielle doivent réaliser un grand écart. D’un côté une partie de leurs électeurs ont été très sensibles à la question du mariage homosexuel et se sont joint à la "Manif pour tous" ; d’un autre côté une autre frange de leur électorat pense qu’il ne faut pas revenir sur la loi relative au mariage homosexuel et sont en phase avec l’évolution générale de l’électorat vers une tolérance plus grande qu’avant vis-à-vis de l’homosexualité.

Et par ailleurs, gagner la présidentielle passe obligatoirement par l’élargissement de l’électorat. Parmi les candidats UMP à la présidence de l’UMP ou à la présidentielle, seule la position d’Hervé Mariton tranche et ne couvre qu’une catégorie particulière de l’électorat UMP. Hervé Mariton a été très engagé dans la "Manif pour tous" et propose explicitement de revenir sur la loi. Les autres, qu’il s’agisse de Bruno Le Maire, Alain Juppé, François Fillion ou Nicolas Sarkozy, tout en critiquant François Hollande d’avoir "dressé les Français les uns contre les autres", ont exclus de remettre en cause la loi et propose des ré-écritures sur les questions d’adoption ou de la GPA. Ils couvrent de manière plus large les franges les plus culturellement tolérantes de l’électorat de droite ou les franges qui estiment que là n’est pas la priorité en cas de retour au pouvoir en 2017.

Yves-Marie Cann : Nos études montrent que le mot famille en tant que tel est aujourd'hui très valorisé par l'ensemble des Français. Le contexte de crise et l'individualisation des rapports sociaux favorisent ce retour sur la famille. Mais ce n'est pas parce qu'on y est  attaché que l'on appose les mêmes valeurs, enjeux et attentes. Une partie des sympathisants de droite se caractérisent par l'attachement à la famille traditionnelle, dont on a vu la défense émerger à l'occasion des débats sur le mariage pour tous. La mobilisation venait essentiellement du peuple de droite, et se rattachait à l'héritage judéo-chrétien du mariage : un homme, une femme et des enfants.
 
S'il n'y avait que cet enjeu auquel les sympathisants de droite attachaient de l'importance, cela donnerait clairement à Hervé Mariton, car celui-ci s'est largement emparé de la thématique et assume son côté conservateur. Sans doute pourra-t-il profiter de son positionnement auprès d'une partie de la base militante UMP à l'occasion des primaires du 22 novembre 2014. Cependant, pour une majorité d'adhérents UMP ce ne sera pas le sujet le plus déterminant. Ils choisiront surtout la personne susceptible de reconstruire et redynamiser leur famille politique. Nicolas Sarkozy n'a pas été très clair sur ce sujet, il a même esquivé la question par le reproche sur la méthode de François Hollande. On voit bien la difficulté, même pour Nicolas Sarkozy, de se positionner, car même si la droite traditionnelle est attachée à la famille traditionnelle, une autre frange de la droite a une conception plus ouverte du modèle familial. Ceci dit il n'est pas le seul, Bruno Le Maire s'est abstenu lors du vote de la loi sur le mariage en arguant du fait qu'il est favorable à une union civile, mais opposé à l'adoption plénière telle que la prévoit la loi aujourd'hui. 

2 - Travail

En décembre 2012, le chômage représentait un sujet prioritaire pour 87% des électeurs de l'UMP et 82% des électeurs du Modem (Harris pour RTL). 82% des sympathisants de droite attendent désormais du retour de Nicolas Sarkozy une simplification du Code du travail pour permettre plus de flexibilité et plus de 60% espèrent également une suppression des 35 heures.

Bruno Cautrès : Ce sont essentiellement les questions des 35 heures, de la flexibilité du marché du travail et de l’âge de la retraite qui constituent l’épine dorsale des propositions des candidats UMP. L’électorat UMP attend très clairement la fin des 35 heures, la simplification du code du travail, le recul de l’âge de la retraite, ce que proposent tous les candidats UMP à peu de différences près. L’électorat UMP souhaite que si l’un des candidats UMP gagne la présidentielle de 2017 il aille plus loin que Nicolas Sarkozy ne l’avait fait après sa victoire de 2007. Les différents candidats sont plutôt à l’unisson ici même si la vigueur de la dénonciation des 35 heures est plus accentuée chez François Fillion, qui souhaite un retour aux 39 heures dans la fonction publique. Le credo très libéral de l’ancien premier ministre, ou celui moins surprenant d’Hervé Mariton, leur permet d’apparaître comme plus nettement tournés vers les valeurs du libéralisme économique. Mais les propositions de Bruno Le Maire, Xavier Bertrand, Alain Juppé (en attendant celles de Nicolas Sarkozy, mais qui devraient être en ligne avec ses positions précédentes) ne sont pas en reste. La question du travail et du marché du travail rapproche les candidats UMP malgré quelques nuances.

Yves-Marie Cann : La valorisation du travail en général et la simplification de la législation font l'objet d'une prise de conscience générale dans la société, à gauche comme à droite. Ceci dit, les attentes sont plus élevées chez les sympathisants de droite, ceux de gauche restant attachés aux acquis sociaux et progrès obtenus par les militants qui les ont précédés. Les sympathisants de droite, eux, se projettent davantage dans la perspective d'une remise à plat de la législation. Ils sont particulièrement sensibles à cet argument, car de manière générale ils valorisent très fortement la contribution de l'entreprise au rayonnement de la France au niveau international. Pour eux c'est de là que viendra le salut, par conséquent tout ce qui est susceptible de générer un blocage fait l'objet d'un rejet.
Sur ce sujet de l'entreprise, chacun des candidats se trouve sur un pied d'égalité. Sauf à jouer la stratégie de la course à l'échalote et de la surenchère, les propositions des différents candidats sont peu ou prou les mêmes. On le voit avec la thématique des 35h : autant c'est un "totem" de gauche, autant c'est une source de rejet chez les sympathisants de droite. Les différents leaders de l'UMP l'ont bien compris. Néanmoins les 35h sont devenues très théoriques, puisque les entreprises et les branches qui le souhaitent peuvent d'ores et déjà engager des négociations sur le sujet depuis que des aménagements ont été introduits sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

3 - Immigration

Selon un sondage CSA pour Atlantico réalisé au mois de juin 2014, le mot "immigrés" n'évoque rien de très positif pour les sympathisants UMP. Seuls 16% d'entre-eux l'associent à quelque chose "d'assez positif". Par ailleurs, 86% des sympathisant espèrent un durcissement de l'acquisition de la nationalité français et 76% souhaitent la suppression de l'aide médicale d'Etat pour les étrangers (Opinion Way pour le Figaro). 

Bruno Cautrès : Les candidats UMP n’ont pas encore pris des positions bien nettes sur cette question même si l’on peut penser qu’ils plaideront tous position en faveur d’un lutte renforcée centre l’immigration dite "clandestine". Sans doute ne veulent ni "rouler pour le FN", ni se sentir trop rapidement coincés sur ces question. En revenant à nouveau sur sa proposition de 2012 de remettre ne cause Schengen, Nicolas Sarkozy a commencé à marquer son territoire sur une question toujours très sensible parmi les électeurs de l’UMP. On peut s’attendre à ce que les candidats UMP qui jouent le match au centre (Alain Juppé) ne soient pas très à l’aise sur cette question ou sur les questions de laïcité. Les électeurs de l’UMP attendent des réponses sur ces questions et la période 2014-2016 verra les candidats obligés de se positionner.

Yves-Marie Cann : Le rapport à l'immigration est source de clivages très forts en France, entre une gauche attachée au multiculturalisme et une droite qui dans son ensemble valorise l'héritage judéo-chrétien du pays. Par rapport à une immigration perçue comme émanant principalement des pays nord-africains, et qui pose la question de la place de l'Islam en France, les sympathisants se montrent particulièrement attentifs au thème de l'identité. D'où l'attente d'une régulation plus forte aux frontières, et d'une lutte accrue contre l'immigration illégale. Là encore, les différents leaders de droite se différencient peu. Ils sont en phase avec la base militante. De plus, sous l'effet de la concurrence avec le Front National, ce thème s'intègre forcément dans la stratégie des candidats UMP à la présidence du parti ou de la République. Nicolas Sarkozy a toujours été présent sur les thèmes de l'immigration et de la sécurité, sans établir de lien de cause à effet, et a d'ailleurs construit sa stature et sa crédibilité d'homme d'Etat là-dessus. Au cours de sa présidence on a tout de même vu cette légitimé s'éroder chez une partie des électeurs de droite, notamment ceux qui étaient tentés par le vote FN. Ils faisaient confiance au ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, mais n'ont pas maintenu cette confiance à l'égard du président de la République. Mais auprès des sympathisants UMP et des adhérents, il conserve un crédit et un capital de confiance assez fort, en tout cas plus que Bruno Le Maire ou Hervé Mariton.

4 - Justice

89% des sympathisants de droite souhaiteraient le rétablissement des peines planchers (Opinions Way pour Le Figaro, septembre 2014). 

Yves-Marie Cann : Dans le cadre des élections internes à l'UMP, les candidats s'adressent à des électeurs pour lesquels les peines plancher restent une mesure et un marqueur fort du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Pour le coup, c'est un "totem" de droite. De même qu'il est difficile pour eux de se différencier sur de très nombreux sujets, il leur est difficile de tenir un discours alternatif.

5 - Finances publiques

Selon un sondage Harris pour RTL réalisé en décembre 2012, la question des déficits publics et de la dette représentait une question prioritaire pour 80% des électeurs UMP et pour 79% des personnes ayant voté pour François Bayrou au premier tour de l'élection présidentielle.  C’est une constante depuis de nombreuses années : les aspirations à lutter contre les déficits publics et la dette sont nettement plus marquées à droite qu’à gauche. Ceci est plus particulièrement le cas auprès des électeurs du centre droit (UDI, MoDem) et de l’UMP. Aussi dans une étude réalisée par l’Institut CSA au premier tour de l’élection présidentielle en 2012, la lutte contre les déficits publics apparaissait comme l’une des premières motivations du vote des électeurs de Nicolas Sarkozy.

Bruno Cautrès : Les attentes sont fortes parmi les électeurs UMP sur la réduction des dépenses publiques et la réduction des impôts. Réformer l’Etat, les collectivités locales et les dépenses sociales (limiter les abus, les conditions d’accès aux soins universels) sont des enjeux majeurs pour cet électorat et les différents candidats sont assez proches sur ces questions. Réduire les dépenses et ne pas augmenter les impôts sont ici les priorités. Il faudra voir pendant la période 2014-2016, ce que proposent précisément les différents candidats : quelles dépenses doivent être coupées ou transférées vers les collectivités locales ou le secteur privé ? La tonalité de chacun  introduit pour le moment des différences : Hervé Mariton est ici fidèle à son crédo libéral ; Alain Juppé, sans doute ayant en mémoire la période 1995-1997 semble plus prudent et parle du transfert d'une partie de la fiscalité, celle qui pèse sur la production et les entreprises, vers d'autres impôts comme la TVA. Les électeurs qui voteront Nicolas Sarkozy pour la présidence de l’UMP auront de fortes attentes sur ces questions et celui-ci devra impérativement développer ses idées sur la fiscalité. Il a parlé de redonner des marges aux entreprises pour qu’elles investissent, mais quid de la fiscalité sur les ménages ?
 
Yves-Marie Cann : Le rapport à l'Etat qu'entretiennent les sympathisants UMP et plus globalement de droite peut expliquer l'assentiment très marqué en faveur d'une lutte contre les politiques publiques (pour 80 % des sympathisants UMP, c'est un sujet marquant. Sondage Harris pour RTL, ndlr). Mais ce n'est pas la première raison de l'importance qu'ils attachent à la maîtrise des finances publiques. L'électorat de droite est assez âgé, et son niveau de vie dépend de la capacité de l'Etat et des pouvoirs publics en général à assurer le paiement de leur retraite et un système de santé efficace. Le niveau de l'endettement public peut être perçu comme une menace sur la capacité de l'Etat à assumer son rôle. Ceci étant dit, la droite n'est pas composée que de personnes âgées, beaucoup de personnes sont soucieuses de l'excès de charges qui pèsent sur les entreprises. Valorisant fortement le rôle de ces dernières, ils sont partisans d'une gestion plus rigoureuse des finances publiques pour donner plus d'oxygène aux acteurs économiques. Au risque de tomer dans la surenchère et de promettre l'impossible, il est très difficile pour les différents candidats de se démarquer. Ce n'est pas tant la capacité à tenir les engagements que le dynamisme et le volontarisme affichés qui joueront auprès des gens de droite. Un adversaire comme Alain Juppé pourrait contester à Nicolas Sarkozy la crédibilité gestionnaire, ce dernier ayant tout de même laissé la France s'endetter sous son quinquennat.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par john mac lane - 24/09/2014 - 13:46 - Signaler un abus Avec Juppé profiteur de régime spécial de retraite.

    Sur la fin des régimes spéciaux, Juppé aura du mal a expliquer qu'il a plié hier devant des syndicalistes et qu'il a licencié au bout de 3 mois Madelin, qui avait proposé cela à cet époque. Pire dès qu'ils aborderont cette thématique, il se verra responsable de ne pas avoir agit en son temps et être l'un des plus grand responsable des inniquités sociales actuelles. On doute qu'il aura le courrage d'aborder le tabou qui fâche, alors qu'il est l'exemple type du profiteur du système.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann est politologue, spécialiste de l’Opinion publique. Il a dirigé les études d'opinion (Politique, société et affaires publiques) au sein de l'Institut CSA. Il est désormais Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil.Twitter : @yvesmariecann

Voir la bio en entier

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€