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Plus de 30% de logements sociaux dans une commune, la gauche gagne... et autres étonnantes leçons des régionales en Île-de-France

Une note de Jérôme Fourquet (Directeur du département "Opinion et stratégies d’entreprise", Ifop) et Sylvain Manternach (géographe-cartographe, formé à l’Institut français de géopolitique) en exclusivité pour Atlantico et la fondation Jean-Jaurès.

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Plus de 30% de logements sociaux dans une commune, la gauche gagne... et autres étonnantes leçons des régionales en Île-de-France

Vote périphérique contre vote métropolitain (1)

Lors de chaque élection, la situation en Ile-de-France fait l’objet d’une attention particulière.

Forte de ses 7 millions d’électeurs et de son statut de région-capitale, l’Ile-de-France constitue un véritable enjeu. Cela a été encore plus le cas à l’occasion des régionales de 2015 car l’issue du scrutin est apparue particulièrement incertaine et jusqu’au soir du 2nd tour, l’hypothèse d’un basculement à droite comme celle d’un maintien à gauche ont été avancées.

Dans ce contexte, se pencher sur l’analyse du scrutin régional francilien apparaît des plus utiles et ce d’autant plus que cette élection s’est déroulée dans un climat très particulier, marqué par les attentats du 13 novembre ayant ensanglanté le cœur de la région et par une bataille idéologique et des représentations ayant atteint une intensité rarement égalée entre la gauche et la droite. Il convenait donc d’essayer de mesurer quels avaient été les impacts de tels événements sur les comportements électoraux, sachant qu’il n’est pas exclu qu’un tel climat soit de nouveau présent durant la campagne présidentielle de 2017.

Les particularités électorales et sociologiques de l’Ile-de-France confèrent un intérêt supplémentaire à l’analyse de ce scrutin. Ce territoire se caractérise en effet par la très grande diversité de sa population et des disparités socio-économiques très marquées. L’Ile-de-France rassemble à la fois les quartiers hyper-branchés du centre de la capitale mais aussi de vastes étendues rurales et agricoles, des villes comptant plus de 70 % de logements sociaux et des communes très huppées de l’ouest francilien. A ces clivages géographiques, économiques et sociaux s’ajoute une diversité démographique avec un poids significatif des immigrations africaine et maghrébine mais aussi asiatique dans certains quartiers. A cette hétérogénéité sociologique répond un paysage électoral particulièrement diversifié. Les Républicains et le PS dominent mais, bien que déclinant, le PC conserve une influence non négligeable dans certains territoires quand sur une autre partie de l’espace francilien l’écologie politique est parvenue, plus qu’ailleurs, à prendre racine et à s’implanter. De la même façon, si le FN s’impose à la droite de l’échiquier politique, il doit composer avec l’influence de Debout la France, qui pèse en Ile-de-France davantage que dans le reste du pays.

Plongeons donc sans plus attendre dans le kaléidoscope francilien et explorons ses fractales, qui sont autant de loupes grossissantes pour comprendre comment s’articulent mutations et clivages sociologiques et comportements électoraux aujourd’hui à l’œuvre, avec une intensité plus ou moins forte, partout en France.

 

L’analyse de la carte électorale au plan national montre que, comme depuis maintenant une dizaine d’années, le vote FN prospère dans les territoires ruraux et péri-urbains alors que son audience est plus limitée dans les principales agglomérations et dans leur immédiate périphérie. Dans la plupart des régions, il semble même que le vote FN obéisse à une loi de la distance par rapport aux grands centres urbains. Le cas le plus emblématique et le plus caricatural est celui de l’Ile-de-France. Le parti frontiste arrive en tête dans quasiment toutes les communes de Seine-et-Marne, mais aussi dans le sud de l’Essonne et en périphérie des Yvelines et du Val d’Oise. La gauche (principalement le PS) domine dans la majeure partie de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne et dans la moitié est de la capitale mais elle a quasiment disparu (si l’on prend, comme sur cette carte, le critère de la liste arrivée en tête au 1er tour) de la grande couronne. La droite s’en sort mieux avec un ancrage dans les quartiers bourgeois du cœur de la métropole mais également des points d’appui assez nombreux en grande couronne, correspondant à des territoires ruraux ou péri-urbains plutôt préservés : régions de Fontainebleau, de Rambouillet ou de Saint-Germain-en-Laye.

 
Commentaires

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  • Par Alain Proviste - 01/06/2016 - 11:50 - Signaler un abus TOUT CA POUR CA

    30% de logements sociaux et la gauche gagne, où est l'étonnant là-dedans ? Ça s'appelle du clientélisme et ce n'est pas nouveau. Que le PS soit le parti des bobos et des divers n'est pas une nouveauté. Par contre la segmentation actifs du privé / actifs du public n'est pas abordée dans l'article.

  • Par bebert4 - 01/06/2016 - 12:52 - Signaler un abus Amour partagé

    Les socialistes aiment les pauvres(ils vont même jusqu'a en importer),les pauvres aiment les socialistes

  • Par vangog - 01/06/2016 - 22:17 - Signaler un abus Étude très intéressante!

    Mais il y manque la conclusion née d'iune analyse rigoureuse. Et la conclusion est : clientélisme. L'offre subventionnée est multiple, mais elle peut se décliner autour de deux axes majeurs: le transport et le logement. Les deux ont été d'autant plus subventionnés, ces quarante dernières années que la demande en transports et en logements croissait. La tentation était forte, pour des politiciens sans scrupules, d'offrir un cadeau qui ne leur avait coûté rien de plus que la salive pour convaincre...subventionner transports et logements était la façon qu'ont les médiocres de gagner les votes qu'ils ne pourraient gagner par leur seule conviction! Et voilà pourquoi le subventionnement des transports et des logements entraîne une inégalité majeure, entre ceux qui profitent à plein des deux, et ne peuvent que chérir la main qui les nourrit, et les autres, les délaissés, les solitaires, ceux que leurs goûts éloignent des villes et des transports. Ajoutez à cela les trois autres grands clientélismes qui corrompent la société française, les subventions à la presse, aux artistes, les privilèges de la haute fonction publique, et vous comprendrez alors la magie électorale du centre de Paris...

  • Par Paul Emiste - 02/06/2016 - 08:29 - Signaler un abus Maggy revient!

    Je n'ai jamais oublié que l'objectif inavoué du socialisme - municipal ou national - était d'accroître la dépendance. La pauvreté n'était pas seulement le sol nourricier du socialisme : elle en était l'effet délibérément recherché. Margaret Thatcher

  • Par Hilario - 02/06/2016 - 09:38 - Signaler un abus Peut-on conclure de votre

    Peut-on conclure de votre analyse que les employés et les travailleurs sont une minorité des habitants des HLM?

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Sylvain Manternach

Sylvain Manternach est géographe-cartographe, formé à l’Institut français de géopolitique, et auteur d'une note sur les résultats du second tour des élections départementales co-écrite avec Jérome Fourquet, Directeur du département Opinion et stratégie d'entreprises de l'Ifop. Parmi ses publications, on retrouve notamment : Perpignan, une ville avant le Front (avec Jérôme Fourquet et Nicolas Lebourg, Fondation Jean Jaurè), Karim vote à gauche et son voisin vote FN (collectif sous la direction de Jérôme Fourquet, éditions de l'Aube), L'an prochain à Jérusalem (avec Jérôme Fourquet, éditions de l'Aube). Prochainement, une double note de Sylvain Manternach (avec Jérôme Fourquet) sur la crise migratoire à Calais et la très nette augmentation du vote FN, paraîtra à la Fondapol. 

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