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La lente dérive de la Ve République vers une démocratie censitaire

Le premier tour des élections législatives a confirme une tendance lourde : les catégories socialement intégrées et les personnes âgées votent beaucoup plus - et plus régulièrement - que les autres. Un état de fait qui se rapproche d'une forme de vote censitaire: une minorité intégrée étant parvenue à inverser le résultat de l'élection.

Inexorable ?

Publié le - Mis à jour le 16 Juin 2017
La lente dérive de la Ve République vers une démocratie censitaire

Atlantico : Selon le dernier sondage Ifop fiducial CNews Paris Match du 13 juin, 25% des Français inscrits sur les listes électorales seulement souhaiteraient voir une majorité absolue en faveur d'Emmanuel Macron, alors que 44% des Français qui ont voté affirment s'être prononcés dimanche dernier dans l'intention de forcer une cohabitation, soit un résultat inversé par rapport au scrutin législatif de ce dimanche. Comment expliquer une telle contradiction?

Les chiffres de ce sondage montrent bien en effet que l’électorat vraiment partisan du parti d’Emmanuel Macron et de son allié, le Modem, reste minoritaire dans l’univers large des électeurs inscrits sur les listes électorales, mais aussi parmi l’univers des électeurs ayant participé au premier tour des élections législatives. En fait, selon ce sondage, 54% des électeurs inscrits auraient aimé forcer une cohabitation au choix avec une majorité de droite (LR, UDI), de gauche (PS, PRG, FI, PCF, EELV) ou d’extrême droite (FN).

Il se trouve que ces trois oppositions, aussi nettement majoritaires à elles trois qu’incompatibles entre elles, sont prises chacune isolément dans le scrutin réel bien plus faible que le parti du Président et son allié du Modem. L’abstention différentielle joue bien sûr. Le scrutin à deux tours, avec en plus la règle des 12,5% des électeurs inscrits pour atteindre le deuxième tour dans un contexte de basse participation, fait le reste : la plus grosse minorité parmi les électeurs, les partisans du Président Macron, atteint toujours ou presque le second tour, et peut ensuite espérer gagner de très nombreux sièges au second tour, car les électeurs des autres camps éliminés ont tendance à s’abstenir ou à soutenir plutôt mollement l’opposant resté en lice. Et comme LRM constitue un Janus biface faute de toute autre référence que son positionnement central et la garantie qu’il entend représenter de stabilité politique, il gagne plutôt : si la gauche est éliminée, il peut être soutenu par des électeurs socialistes ou même insoumis pour battre un LR ou un FN resté en lice, ou inversement, si la droite est éliminée, il peut être aidé par des électeurs républicains pour battre un LFI, PS, PCF, et bien sûr, si le candidat LRM affronte un FN,  par tous les électeurs de droite et de gauche modérée pour écraser le candidat FN. De fait, rarement, sinon jamais, le mode de scrutin à deux tours n’avait produit un effet de cette nature aussi favorable à une force centrale.  On peut dire en fait que LREM n’est certes pas la force préférée par les électeurs, mais la force la moins détestée.

Dans quelle mesure la responsabilité de cette situation peut-elle incomber aux forces d'opposition, entre les LR, la FI ou encore le PS, ne pas avoir su mobiliser un électorat pourtant opposé dans sa majorité à une majorité absolue en faveur de la République En marche ?

Il y a certes une grande responsabilité des états-majors des oppositions. La droite n’a pas su renouveler son dispositif depuis la présidentielle. Investir François Baroin à la tête de la campagne des législatives était admettre d’avance la défaite, puisqu’il était très largement responsable du maintien de F. Fillon comme candidat LR-UDI. La nomination d’un LR à la tête du gouvernement n’a pas non plus été l’occasion d’un sursaut, bien au contraire d’une ambiguïté chaque jour croissante que tout le monde a pu percevoir : le Figaro Magazine a fini par faire sa une la veille de l’élection sur les deux droites sans les opposer vraiment.

 
Commentaires

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  • Par g16 - 14/06/2017 - 14:41 - Signaler un abus Ceux qui n'ont pas votés, ont

    Ceux qui n'ont pas votés, ont sans doute pensé qu'il était urgent de laisser-faire, pour que Macron ait du temps et les mains libres afin d'améliorer la vie des Français.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 14/06/2017 - 16:45 - Signaler un abus Et ça gêne qui ?

    Je suis intégré, je travaille, je ne touche aucune aide sociale, je paie des impôts... donc je vote ! Tu n'es pas intégré, tu ne travailles pas, tu vis de l'aide sociale, et tu ne payes pas d'impôt.. donc tu ne votes pas ! Finalement les choses sont bien faites...... Parcequ'alors, il faudrait admettre que si TU DÉCIDES d'augmenter MES IMPÔTS,......en choisissant Mélanchouille.je n'ai plus d'autre d'autre choix que de partir ou me faire saigner.

  • Par lasenorita - 14/06/2017 - 17:28 - Signaler un abus L'absention!

    Les Français n'ont plus envie de voter car ils savent que ''les dés sont jetés'': Nos apparatchiks avaient décidé que ce serait Macron notre futur président de la République française et avec l'aide de nos merdias, qui ont fait le ''bourrage de crâne'' aux ''veaux'' de Français, ils ont obtenu satisfaction! Je vous conseille de lire le mail des Contribuables Associés:http://www.argus-parlementaire.net/la-cote-des-deputes/recherche/carte-des-deputes/?departements=02062017 vous verrez la note donnée à votre député par les Contribuables Associés. .ainsi ma députée (Nîmes 1ère circonscription),Françoise Dumas, a obtenu une note de 2 sur 20...elle avait aussi gardé la ''réserve parlementaire'' pour elle au lieu d'en faire profiter sa circonscription en créant des associations(pour les personnes âgées, etc.),mais les gens qui ont voté pour elle dimanche passé l'ont oublié!

  • Par vangog - 14/06/2017 - 20:00 - Signaler un abus "À quoi ça sert?"

    Réflexion de deux de mes voisins, dimanche, lorsque je leur demandais s'ils allaient voter...il y a, en France gauchiste, trop d'élections qui ne servent à rien! La gauche politique qui a tout gangrené, institutions, medias, Justice, Éducation..., est au même niveau d'impuissance que les dictatures socialistes d'avant-mur: une offre politique uniforme, médiocre et auto-renouvelée. Et des élections ridiculement multiples pour se donner l'illusion d'une démocratie...comme toutes les dictatures, la Présidence Macron finira mal...

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 14/06/2017 - 23:32 - Signaler un abus Faut pas inverser l'ordre des facteurs

    Toute les républiques ont mal fini .....c'est bien la différence qu'il y a avec des démocraties issues de monarchies constitutionnelles, qui elles, sont hyperstables.

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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