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Comment faire la différence dans un monde politique où tout le monde s’est mis à "faire du régalien" ?

"Pour un Etat fort" est le titre du livre que vient de publier Alain Juppé. Mais contrairement aux apparences, celui-ci est loin d'être le seul à se saisir des sujets régaliens (sécurité intérieure et extérieure, justice, autorité) pour séduire les Français. Face aux troubles que connaît le pays, l'opinion est de plus en plus en attente d'un politique qui protège et donne un cap ; en d'autres termes, d'un homme qui ait la stature d'un chef d'Etat.

Autorité, autorité, autorité

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Comment faire la différence dans un monde politique où tout le monde s’est mis à "faire du régalien" ?

Atlantico : Dans le JDD, Alain Juppé se dit "pour un Etat fort". Dans les sondages, la notion de sécurité en tant que priorité a pris près de 25 points auprès des Français. En quoi cette position est révélatrice d'un positionnement de plus en plus fort de nos politiques sur le régalien? Comment décrire et expliquer une telle évolution?

Bruno Cautrès : On constate en effet que les indicateurs d’opinion publique vis-à-vis de tout ce qui touche aux fonctions régaliennes de police, d’ordre public, de fermeté de la justice ou de sécurité extérieure sont au plus haut. Dans le Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, on a constaté au cours des dernières vagues des niveaux de confiance très élevés dans l’armée et dans la police : la confiance dans la première est passée de 73% à 83% entre la fin 2012 et le début 2015, juste après les attentats du 7 janvier ; la confiance dans la seconde est passée de 63% à 80% entre la fin 2009 et février 2015.

On constate également dans des enquêtes d’opinions réalisées depuis les attentats du 13 novembre des niveaux d’adhésion élevés aux thèmes sécuritaires : ainsi, une enquête récente de l’IFOP (publiée le 17/11 pour le Figaro et RTL) montrait une large adhésion des français interrogés au renforcement des contrôles de police pour garantir leur sécurité. Il faut néanmoins conserver à l’esprit deux dimensions temporelles ; d’une part, les enquêtes sociologiques réalisées sur des périodes plus longues, comme par exemple les enquêtes sur les valeurs des européens (EVS), montrent depuis près de quinze ans une élévation de la demande d’ordre public ; d’autre part, la forte adhésion des français aux nouvelles mesures dans le domaine de la sécurité intérieure peuvent, si elles perdurent et se durcissent encore, faire naître des oppositions ou des contestations. Et l’on commence à voir les premiers signes de cela à gauche.

Le contexte de l’année 2015, avec toute la série d’attentats terroristes sur le sol français et avec la guerre contre Daech, a bien entendu fortement jouer dans l’évolution d’Alain Juppé vers cette posture d’un « Etat fort ». Dans le même temps, cette posture est une posture classique dans l’affirmation d’une stratégie présidentielle en France et aussi chez un homme politique qui se revendique de droite et d’inspiration néo-gaulliste. Dans un contexte économique et géopolitique qui apparaît menaçant, on a constaté partout en Europe un retour des questions de sécurité intérieure et extérieure, de protection des frontières, comme le montre la situation aujourd'hui chaotique de Schengen et peut-être même sa fin. La tentation protectionniste est forte aujourd'hui en Europe et les partis politiques de gouvernement sentent qu’il leur faut s’affirmer ou se réaffirmer comme protecteurs et défenseurs ; la concurrence qu’exercent sur ces thèmes les partis politiques qualifiés de « populistes » est forte. 

 
Commentaires

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  • Par zouk - 06/01/2016 - 10:43 - Signaler un abus Régalien

    Eh oui! Nous attendons simplement un HOMME D'ETAT, et non pas une accumulation de règlements pointilleux, et de discours lénifiants qui ne se justifient que par des obsessions idéologiques.De minimis non curat praetor

  • Par vangog - 06/01/2016 - 23:15 - Signaler un abus La notion d'état fort est un des thèmes patriotes du FN...

    Juppé est en train de virer sa cuti? Il sera prévenu, cependant, que nous faisons passer des tests drastiques de patriotismes à ceux qui feignent de s'approprier nos thèmes et voudraient prendre les électeurs du Front National, avant d'en prendre la carte...

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Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

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