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Le concours d'innovation d'Anne Lauvergeon ou comment mal concrétiser une bonne idée

François Hollande a lancé un "concours mondial d’innovation", dont l’initiative figurait dans le rapport de l'ancienne patronne d'Areva Anne Lauvergeon, remis au président en octobre dernier.

Le Nettoyeur

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Le concours d'innovation d'Anne Lauvergeon ou comment mal concrétiser une bonne idée

Tubes à essais d'un centre de recherche. Crédit Reuters

Une idée que je développe à longueur de chroniques depuis des mois est celle de la nécessité d'innovations de rupture et d'un rôle possible de l'Etat pour amener ces innovation, via le mécanisme d'un concours ou d'un prix pour l'innovation.

Deux sujets sur ces thèmes à lire ici :

L'avenir intéresse-t-il encore quelqu'un ? Inventaire des mesures folles et nécessaires pour sauver la France

La France va-t-elle rater la révolution de l'université en ligne ?

Ai-je donc bondi de bonheur à l'annonce d'un concours mondial d'innovation organisé par l'Etat français et chapeauté par Anne Lauvergeon ?

Au début, oui.

Puis j'ai vite déchanté.

En réalité, cette approche du concours d'innovation est exactement contraire à celle qui est nécessaire et n'apportera strictement rien.

Pourquoi ?

Tout d'abord - et disqualifiant d'entrée - est le montant indigent des subventions. 200 000 euros pour commencer, puis 2 millions d'euros pour une poignée de projets.

Si on réfléchit à une innovation de rupture comme des meilleures batteries pour des véhicules électriques, ou de l'énergie photovoltaïque plus efficace, pourquoi ces innovations n'existent-elles pas ? Est-ce parce qu'il manque 2 millions d'euros pour investir ? Bien sûr que non. Le marché pour de telles innovations est gigantesque et les investisseurs sont là. A titre de comparaison, selon Chausson Finance, au premier semestre 2013, 421 millions d'euros ont été investis dans le capital risque en France. Ce ne sont pas quelques enveloppes de 2 millions d'euros qui vont changer quoi que ce soit.

Pour créer des innovations de rupture, il faut des chiffres de rupture. Il faut des chiffres qui créent une ruée vers l'or de la part des inventeurs, entrepreneurs et investisseurs. On parle de dizaine de milliards d'euros. (J'explique pourquoi ce n'est pas fou plus bas.)

Mais, surtout, c'est la méthode employée qui garantit l'échec du projet. En effet, un vrai concours d'innovations de rupture doit prendre la forme d'un prix. C'est-à-dire que deux critères doivent être remplis : le prix ne peut être versé qu'après la réalisation du projet ; et ce prix doit être fixé sur des critères objectifs.

Autrement dit, le prix prendrait la forme de : la première organisation ayant créé une batterie pouvant tenir dans tant de centimètres cubes et pouvant déployer tant de charge électrique, etc. recevra X milliards d'euros.

C'est essentiel pour la raison suivante : l'Etat n'est juste pas capable d'évaluer les mérites d'une innovation de marché, et n'est certainement pas capable d'être un investisseur à haut risque ou d'amorçage. Il se trompe toujours. Ce qu'il faut, c'est une grosse carotte pour que les investisseurs privés donnent les 200 000 euros et 2 millions d'euros dont les divers projets ont besoin de démarrer.

Ce caractère objectif et post facto du prix est le seul moyen de garantir que cet argent public serve à la création de vraies innovations de ruptures au lieu d'une politique industrielle ou d'un capitalisme de copinage ou d'un effet d'affichage (qui sont ce à quoi se limite le concours d'innovation adopté par le gouvernement). L'objectif est de créer le marché, pas de s'y substituer.

Ce caractère objectif et post facto permet également à l'Etat de dégager des financements énormes sans complexe : à partir du moment où l'invention est effectivement réalisée, l'Etat est sûr d'être gagnant en versant le prix. L'usage de la dette publique pour l'investissement est le seul sur lesquels s'accordent tous les observateurs économiques, et il s'agirait là d'un investissement “garanti” puisque des prix ne seraient versés qu'à des inventions réalisées. Des centaines de milliards de dette publique, les quelques dizaines qui seraient ainsi déboursées seraient les mieux dépensées. Et la croissance générée par de vraies innovations de rupture la renfloueraient rapidement (imaginons l'impact économique si, par exemple, la France devient la Silicon Valley de l'impression en 3D).

Voilà, en quelques mots, la structure que doivent prendre des prix d'innovation qui peuvent espérer créer de vraies innovations de rupture. Tout le reste n'est que bavardage et com'.

 
Commentaires

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  • Par Daniel carton - 06/12/2013 - 14:59 - Signaler un abus Foutez nous la paix

    L'etat représenté par Hollande promouvoir l'innovation ? c'est à hurler de rire ou de colère . Qu'il laisse faire les entreprises , qu'il cesse de réglementer , taxer , saupoudrer de subventions . Elles connaissent leur métier mieux que ce petit notable de province insignifiant qui ne songe qu'à sa carrière

  • Par prochain - 06/12/2013 - 15:23 - Signaler un abus Le réacteur EPR en Finlande...

    Pas de nouvelles... les retards, combien ça va coûter aux contribuables...

  • Par Benvoyons - 06/12/2013 - 16:50 - Signaler un abus Mr Gobry vous avez parfaitement raison l'Etat idéal doit

    être un facilitateur ce que sont les États dans beaucoup de pays comme l'Allemagne , les USA, l'UK, mais pas la France. Pourquoi?: et bien en France il faut que l'élu Fonctionnaire donne son nom dans toute chose et les contraintes incontournables. L'intérêt de la France, le nom de la France ne sont pas suffisant pour lui. Son nom est impératif. Tel un chien qui marque son territoire. C'est pour cela et éviter les nuisances du despotisme et bien que le Fonctionnaire des pays qui sont devant la France ne peut être élu. Ils ont tous compris et s'est pour cela qu'ils sont devant la France pour le dynamisme, la créativité, la remise en cause de l’État et donc faire les réformes qui rend un pays libre,compétitif, innovant, car il pourrait de nouveau bouger.

  • Par pascalou2 - 06/12/2013 - 17:07 - Signaler un abus bonjour

    je vous trouve un peux séver , atomic anne a la bonne energie au bon moment .... la piste des bracelet qui analyse et transmet vos donné psysiologique pour une analyse medical en continu est un proget d avenir pour tous les elite hypocondriac (la compagne de bashar el hassade en as deja un ainsi que tous les bobo hipp...lol) . et pour l energie , le stockage des surplus d electriciter française grace a l hydrogene qu on peut retransphormer en electriciter au heur de pointe , créerai beaucoup d emploi qui serai financer par ,notre grave deficite avecl allemagne (prix de cellke qu on leur vent et prix de celle qu on leur achete...cqfd ) . pascalou

  • Par zelectron - 06/12/2013 - 17:28 - Signaler un abus pire qu'une épidémie !

    innover pour se voir phagocyter par le parasite le plus dangereux de la planète, le socialo-fascistus putréfactionem, pour engraisser ses fonctionnaires vecteurs consentants de ce fléau ?

  • Par laurentso - 06/12/2013 - 18:47 - Signaler un abus L'État n'est pas compétent pour apprécier une innovation,

    c'est pour cela qu'il doit distribuer des milliards aux seules innovations ayant déjà reçus des capitaux privés et ayant déjà réussis sur le marché. Y'a quelque chose qui m'échappe là-dedans. Cherchez encore, cherchez encore, le CNRS et la Banque mondiale vous filerons bien une subvention...

  • Par jean fume - 06/12/2013 - 19:09 - Signaler un abus Un "concours mondial d’innovation" en France ??

    C'est tout à la fois consternant, pathétique et navrant. Quel individu ou groupuscule innovant aurait intérêt à innover en France, à moins d'être stupide, si ce n'est juste le temps d'empocher des subventions ? De plus, s'agissant d'innovations de rupture, tout un chacun sait que la France est bien le dernier endroit de la planète, qui présente un intérêt pour les exploiter. Alors faire un "concours mondial d’innovation" relève de l'altération mentale.

  • Par pascalou2 - 06/12/2013 - 20:40 - Signaler un abus bonjour

    anne reussira , elle est la derniere chance de moderniser une france aphatie ....et qui ne sait quoi dire pour lui repondre dans son opptimisme creatif ...lol...les pessimiste sontr deja depasser mais ne le savent pas encors .. bonne nuit a eux ..lol vive atomic anne , la france a besoin de nouvelle idée ..elle peuit les incarner pascalou

  • Par pascalou2 - 06/12/2013 - 21:17 - Signaler un abus bonjour

    il suffi d ecouter ça pour comprendre le decalage entre la jeunesse inovatrice et les elite au pouvoir ...lol.... http://www.youtube.com/watch?v=uZk31jgsUFE vous n y comprendrer rien , mais anne pourrai le comprendre ...cqfd ...etre moderne est un art , par une absolution par les elite au pouvoir(qui chante encor du sardou ...lol) ...cqfd bonne soirée , desolé pour le bruit ...lol pascalou amateur de science

  • Par gliocyte - 07/12/2013 - 09:26 - Signaler un abus Un concours mondial d'innovation?

    Ce titre ne relève que la mégalomanie de son auteur. Quand on pense à l'état de nos universités qui ne sont plus que des mouroirs. Plus d'argent, plus d'investissement, que des ruines. Seule initiative des années précédentes, donner de l'autonomie mais sans aucun moyen financier. R.G Schwartzenberg a été nommé secrétaire d'Etat aux universités. Qu'a t-il proposé: Rien… Comme Haigneré ( Ministre déléguée à la Recherche et aux nouvelles technologies). Rien…Le vide sidéral. En revanche accorder 4 millions d'euros à l'Humanité en effaçant ses dettes par un amendement à la loi rectificative des finances, ils savent faire. Nourrir nos élèves chercheurs avec de la prose communiste, ou comment vivre d'idéologie et d'eau fraîche. En voilà une idée innovante!

  • Par Le Lampiste - 07/12/2013 - 21:27 - Signaler un abus De quel "capital-risque" parle-t-on, à propose de 2 milliards ?

    Il y a "capital-risque" et "capital-risque à la française". Cette version hexagonale se limite à supporter "la croissance externe", qui consiste à acheter souvent à des prix démentiels des start-up supposées innovantes, mais qui ont déjà une activité, plutôt dans un domaine commercial pompeusement baptisé "nouvelle économie". On en a vu des exemples célèbres ces dernières années, avec des sociétés opérant sur internet, en particulier lors de la bulle des années 2000 Autrement dit, du fric spéculatif à l'état pur, Yahoo, fessedebouc ou Google n’étant pas reproductibles à l’infini. Ceci n'est en fait qu'une amorce de pompe à fric, l'opération étant destinée à permettre une introduction en Bourse par un volume suffisant du groupe augmenté de ces acquisitions. Aucun apport réel de technologie, mais des incidences sociales négatives à craindre, le plus souvent. Du vent, pour les couillons qui achèteront les actions. L'exercice a d'ailleurs montré sa imite, avec fessedebouc. Et pour ce qui est du développement technique innovant pur, aucun opérateur institutionnel en France,à part deux organismes travaillant en miroir... à comparer avec le Quebec, qui en a plusieurs dizaines...

  • Par courageux_anonyme - 07/12/2013 - 21:52 - Signaler un abus Bla-Bla-Bla-Bla bureaucratique

    Si une innovation est bonne, elle n'a nullement besoin de fonctionnaires pour trouver des investisseurs. Lisez le mensuel Capital de décembre. Le pays le plus innovant en Europe est la Suisse, un pays qui n'a pas tous ces organismes bureaucratiques de la France énarchique. Quant à Madame Lauvergeon, avec la casserole d'Uramin qu'elle traîne derrière elle, elle ferait mieux de se faire oublier. Mais peut-être que Jean-Yves Haberer du Crédit Lyonnais n'était pas disponible.

  • Par Alby - 08/12/2013 - 21:46 - Signaler un abus La rupture ou plutôt la fracture

    Mme Lauvergeon defend des intérêts en priorité de multinationale et d'un cercle de décideur, en aucun cas une stratégie pour sortir du gouffre que le pays est en train de prendre. Analyse stratégique: http://anthonylegoff.com/2013/12/07/anne-lauvergeon-cette-erreur-strategique/

  • Par Thibs - 09/12/2013 - 00:33 - Signaler un abus 2 millions d'euros pour une poignée de projets

    4 millions d'euros pour l'Humanité!!

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Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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