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Periscope, Snapchat et consorts : comment les applications de vidéo live vont pousser la télévision à se réinventer ou mourir

Comme pour la plupart des grands événements télévisuels, le match PSG-Chelsea du mercredi 9 mars a été suivi sur Periscope et Snapchat par des milliers d'internautes. Ces applications permettent de diffuser en streaming des vidéos en direct de n'importe où, donnant le sentiment à l'utilisateur d'être dans les coulisses du spectacle.

La minute tech

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Periscope, Snapchat et consorts : comment les applications de vidéo live vont pousser la télévision à se réinventer ou mourir

Atlantico : Quels avantages les utilisateurs trouvent-ils aux live vidéos par rapport aux chaines de télévision? 

Christophe Benavent : L'avantage n'est pas par rapport aux chaines de TV, mais plus à des pratiques de selfies, de photos, de vidéos partagées. Les applications de live streaming combine la logique des réseaux sociaux et du live : partager l'instant, l'évènement avec ses proches. Le live, c'est ce qu'il y a de plus fort. Voilà pour l'aspect "makers", ceux qui filme et diffusent. Du côté du spectateur, et bien c'est une autre sorte de spectacle, encore plus direct que les mots de Twitter, qui lui est offert. C'est clairement excitant.

 

Donc, a priori, aucun rapport de substitution puisque ce sont deux consommations complémentaires.

Il faut signaler au passage que la durée moyenne d'exposition TV a peu variée ces dernières années, et qu'elle semble faiblement attaquée par l'Internet. Une des raisons est que les deux pratiques peuvent être simultanées : on twitte beaucoups sur les émissons de TV par exemple. Dans l'autre sens, la TV peut beaucoup emprunter à Periscope ou Snapchat. Ce sont de nouveaux moyens d'interagir, et sûrement une nouvelle esthétique.  

 

Les chaines de télévision peuvent-elles souffrir du développement des live vidéos ? 

Sur le plan de l'audience, il y a assez peu à craindre. Jusqu'à présent, la consommation télévisuelle n'a pas baissé en terme de temps. Il s'agit plutôt d'applications complémentaires qui viennent en contrepoint de la diffusion TV, et anime le deuxième écran.

 

Le problème des chaines de TV réside plutôt dans les cibles et le degré d'attention qu'elles peuvent capter. Même si la durée d'audience s'effrite à peine, l'attention qui lui est portée change de nature : elle n'est plus la reine du salon, mais est reçue en fond ; moins un spectacle et plus une tapisserie. La question pour les chaînes est plutôt de prendre prendre place dans un ecosystème médiatique.

 

Pour ce qui est de la publicité, c'est une autre question. Les investissements croissent dans le digital, tandis qu'ils restent stagnant ou se réduisent ailleurs. La bataille de l'audience se poursuit : elle est en faveur des médias qui cultivent le terminal que chacun a en main, c'est-à-dire, le mobile. 

 

Est-ce que les applications vidéo vont changer notre façon de suivre un évènement: un œil sur la télé, un autre sur son téléphone?

Oui très clairement. Dans la même lignée que les réseaux sociaux ont changé le rapport à l'information. On risque de développer un regard multiple. De la même manière que dans le cas des grands événements, on zappe d'une chaine à l'autre pour avoir des points de vue différents.  

Ce ne sera pas que la manière de recevoir les contenus, mais aussi celle de les produire. Et jusqu'à présent, la TV a montré sa capacité à absorber, ingérer les trouvailles du Net, dans ses dramaturgies et la réalisation. Le live streaming risque d'inséminer la TV et de lui apporter ses nouveaux codes narratifs.

Pour le spectateur, c'est un spectacle multi-source, multi-écran, polyperspectivistes en quelque sorte. Il y aurait beaucoup à dire sur cette hypothèse forte d'un rapport à l'événement qui multiplie les points de vue. C'est déjà le cas, cela sera sans doute exacerbé. Si dans le travail de la TV le réalisateur est roi parce qu'il choisit les caméras et décide de passer d'un point de vue à l'autre, dans le nouveau monde de la vidéo, l'initiative revient au consommateur qui pourrait ainsi devenir son propre réalisateur.

Avec le développement  de toutes ces applications de live vidéo, les chaines de télévision sont-elles appelées à changer ou à disparaître?

A disparaitre aucunement. A changer certainement : en développant d'autres dramaturgies, en favorisant l'interactivité, en intégrant des clips. Après, c'est largement une question de spectacle : du sport, du spectacle musical, des talk-shows, des cérémonies... Chaque genre risque d'en bénéficier à sa manière.

 

La TV, qui porte l'esprit d'une voie officielle, va devoir apprendre à dialoguer avec la foule des productions vidéo. C'était déjà le cas avec le différé (pensons aux Youtubeurs), ce sera le cas avec les livestreamers.

 
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Christophe Benavent

Professeur à Paris Ouest, Christophe Benavent enseigne la stratégie et le marketing. Il dirige le Master Marketing opérationnel international l.

Il assure aussi la responsabilité de la rubrique "Digital" de la revue Décision Marketing, et est globalement passionné par les nouvelles technologies et les enjeux de leurs utilisations. 

Il dirige l'Ecole Doctorale Economie, Organisation et Société de Nanterre, ainsi que le Master Management des Organisations et des Politiques Publiques.

 

Le prochain ouvrage de Christophe Benavent, Plateformes - Sites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux : comment ils influencent nos Choix, (FYP editions, 2016), paraîtra le 16 mai prochain. 

 

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