Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 21 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Des victimes du jihadisme à la psychologie de la terreur : rencontre avec l’écrivain Pierre Rehov, spécialiste israélien de l’anti-terrorisme

Pierre Rehov est reporter de guerre, réalisateur de documentaires, chroniqueur dans la presse française et américaine et romancier. Il vient de publier : « Tu seras si jolie », un roman qu’il décrit comme « féministe » et qui explore l’exploitation de l’image de la femme en occident, tout en dénonçant sa condition dans la culture islamiste. Cette histoire à la fois sérieuse et légère, dont le ton oscille entre humour et gravité, nous fait également vivre les dessous des émissions de télé réalité. Un livre indispensable pour les plages, cet été.

Géopolitico-Scanner

Publié le - Mis à jour le 25 Juin 2018
Des victimes du jihadisme à la psychologie de la terreur : rencontre avec l’écrivain Pierre Rehov, spécialiste israélien de l’anti-terrorisme

 Crédit Pierre Rehov

Atlantico : Pierre Rehov, on vous connaît davantage comme réalisateur de documentaires « engagés », dont certains ont récemment défrayé la chronique, notamment pendant les émeutes de Gaza. Avant de parler du roman que vous venez de publier chez Belfond, pouvez-vous nous décrire quel est exactement cet "engagement" ?

Pierre Rehov :  Je n’ai commencé à m’impliquer politiquement et en tant que réalisateur qu’au tout début des années 2000. Il est vrai que j’étais déjà passionné de géopolitique, tout en avouant humblement un certain amateurisme en la matière. J’ai suivi avec attention les conflits résultant de l’éclatement de la Yougoslavie, et j’ai alors réalisé qu’il y avait, en France, comme un filtre à l’information. D’une certaine manière, la position officielle du gouvernement français était suivie par une grande partie des médias, sans véritable analyse de fond, ce qui a entrainé, chez moi, une profonde frustration.

Ma grille de lecture du monde contenait des nuances que je ne retrouvais pas, notamment sur les chaines de télévision. Les images, sélectionnées, parfois censurées, ou présentées hors de leur contexte avaient toujours un coté tendancieux car il fallait absolument que le spectateur accepte un point de vue manichéen, où les Serbes étaient forcément méchants, et les Bosniaques ou les Kosovars systématiquement des victimes, sans que l’on se préoccupe d’évoquer la mafia albanaise qui sévissait pourtant sur le terrain, ni les fonds alloués par plusieurs pays du golfe aux organisations terroristes islamistes pourtant coupables d’excès comparables à ceux des milices serbes. Ce malaise s’est accentué quand, en septembre 2000, j’ai découvert sur France 2 la pseudo mort en direct du petit Mohammed Al Durah, faussement attribuée à des tirs israéliens et qui allait déclencher la seconde intifada, avec son cortège d’attentats suicides et de représailles. D’instinct, j’ai immédiatement su que l’armée israélienne était accusée à tort, ou du moins sans preuves, si ce n’est l’affirmation du cameraman palestinien Talal Abu Rahme, neveu d’un des fondateurs de l’OLP, qui a affirmé sous serment le lendemain que l’armée israélienne avait tiré volontairement sur cet enfant pendant 45 minutes... Une exagération qui en dit long sur sa neutralité. J’ai donc voulu en savoir plus et, bille en tête, sans aucune connaissance particulière du reportage, car je viens du monde de la fiction, je suis parti sur le terrain où j’ai rencontré la plupart des protagonistes de ce drame télévisuel. C’est ainsi que j’ai découvert comment Israël était en train de devenir, aux yeux d’un nombre grandissant de médias, le coupable par essence et par définition, souvent accusé à tort. Je me souviens par exemple de cette couverture de Libération, en pleine intifada, où l’on voyait un policier israélien se ruer sur un jeune homme blessé à terre. La légende laissait entendre que la victime était un Palestinien que ce policier venait de matraquer. Il s’est cependant avéré par la suite, que le jeune homme blessé était un touriste juif américain qui venait de recevoir une pierre lancée par un terroriste palestinien et que le policier se ruait à son secours. C’est ainsi que j’ai découvert ma vocation de réalisateur engagé pour la vérité. Car c’est mon seul véritable engagement. On pourra me reprocher des tas de choses, y compris mon parti-pris pro-israélien - que je considère davantage comme un parti-pris pro-occidental, attaché aux valeurs de démocratie et de liberté que notre civilisation véhicule – mais jamais de manipuler les informations ou les images. Depuis l’affaire Al Durah, qui a été à l’origine de mon premier film et de la publication de mon magazine « Contre Champs », j’ai réalisé 12 documentaires long métrage et une vingtaine de courts. Le dernier, intitulé « Derrière l’écran de Fumée » a fait beaucoup de bruit, car il démontrait la réalité des émeutes sanguinaires organisées par le groupe terroriste Hamas depuis la bande de Gaza. Le film a été traduit en une dizaine de langues et vu près de trois millions de fois. 

On vous a vu et entendu intervenir dans de nombreuses émissions, notamment invité par Polony, Ardisson ou encore sur Radio Brunet, en tant qu’expert en contre-terrorisme. D’où vous est venue cette expertise ? 

Comme je vous l’expliquais précédemment, je me suis impliqué progressivement dans les conflits du Moyen Orient, en réalisant des documentaires censés explorer leur complexité. En 2005, j’ai entrepris la réalisation d’un film sur les victimes du terrorisme quand j’ai été frappé par la façon dont les survivants décrivaient les auteurs de leur malheur. Il était toujours question d’un regard froid, d’un sourire extatique, mais jamais de rage, de colère... Une jeune fille d’origine russe à Haïfa m’a même raconté que le terroriste-suicide qui voulait faire sauter le café dans lequel elle travaillait s’était présenté devant elle, avait ouvert sa chemise et montré sa ceinture d’explosifs en lui disant : « Tu sais ce que c’est, ça ? » Cette exhibition macabre a sauvé la vie de pas mal de monde, car elle s’est mise à hurler et, avant que le terroriste ne fasse exploser sa ceinture, le patron du café l’a assommé avec une chaise. Mon intérêt pour les victimes, mêlé d’une immense compassion, s’est alors orienté vers les terroristes. J’ai obtenu, dans un premier temps, l’autorisation d’en rencontrer plusieurs dans les prisons israéliennes. Des adultes, des femmes, des enfants. Puis quelques autres à Gaza, à Djénine, des familles de militants à Bethlehem, et, plus tard, en Irak, où j’ai été admis comme reporter de guerre par l’armée américaine. Les gens me demandent souvent comment j’ai fait pour m’entretenir avec tous ces extrémistes. Rien, pourtant, n’est plus simple. Il suffit d’engager un « fixer » palestinien et d’exprimer sa volonté de rencontrer des « combattants ». Les terroristes surfent sur l’indulgence des médias. Ils aiment s’exprimer. Ils veulent exister, se montrer. Une fois qu’ils ont débité leur propagande, souvent reprise hélas telle quelle par certains journalistes, on peut rentrer dans le personnel, comprendre leur histoire, connaître leurs désirs, leurs fantasmes. Cela m’a permis de développer certaines théories assez freudiennes sur le comportement, les motivations et tout compte fait la psychopathologie des terroristes-suicide. J’ai réalisé un documentaire intitulé « Suicide Killers » qui a connu un grand succès aux USA, m’a valu d’intervenir régulièrement sur une multitude de médias et m’a même permis de donner des conférences au FBI. Le documentaire en question fait désormais partie du programme d’étude du contre-terrorisme de l’Université d’Herzlia, dont j’ai d’ailleurs moi-même suivi le cursus et reçu un diplôme. La liaison que j’ai établie entre frustration sexuelle instrumentalisée dans une société oppressive et détestation de la chair conduisant à l’acte meurtrier suicidaire semble avoir convaincu beaucoup de monde outre-Atlantique. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par kelenborn - 23/06/2018 - 13:51 - Signaler un abus oui TB

    Mais on aurait aimé en savoir plus: par exemple, expliquer le terrorisme islamiste par une peur exacerbée des femmes n'explique pourquoi des femmes se font exploser à moins d'avoir intériorisé leur statut ( ce qui est possible) mais c'est cela qui est intéressant. Quand je vais faire mes courses et que je vois des corbeaux j'ai été frappé par le fait que très souvent il s'agissait de pouffiasses locales converties...Quel mécanisme peut les conduire à cette posture alors que défroquées elles iraient raconter à qui veut un discours féministe!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€